Pour Dis-Leur !, la nouvelle présidente de l’agglomération évoque une gouvernance de “coopération” et “d’efficacité” avec ses homologues dont le maire RN d’Agde, ville qui doit “avoir toute sa place”. Parmi les priorités, un projet de territoire qui comprendra une ambition pour des formations qualifiantes pour les jeunes : économie bleue, énergies renouvelables, oenologie…
Maire de Portiragnes depuis 2012, Gwendoline Chaudoir (div. d.) est depuis le 7 avril la nouvelle présidente de l’agglomération Hérault Méditerranée qui réunit 80 000 habitant et comprend 20 communes : Agde (la locomotive), Pézenas (pôle historique et culturel), Portiragnes, Vias, Bessan, Florensac, Montagnac, Saint-Thibéry, Caux, Pomerols, Pinet, Tourbes, Nézignan, Lézignan-la-Cèbe, Adissan, Aumes, Castelnau-de-Guers, Cazouls d’Hérault, Nézignan-l’Evêque, Nizas.
C’est même la première femme à ce poste, succédant aux anciens maires d’Agde Sébastien Frey et Gilles d’Ettore. Ce territoire, qui a été marqué par l’élection comme maire RN d’Agde d’Aurélien Lopez-Liguori qui n’avait pas la possibilité de présenter avec succès sa candidature à la présidence de l’agglo, doit gérer plusieurs enjeux. Gwendoline Chaudoir, 52 ans, parle, pour Dis-Leur ! de méthode, d’engagement et de projets. Après une période de tensions, beaucoup espèrent une impulsion. Gwendoline Chaudoir parle d’abord de recherche de “coopération” et “d’efficacité” pour le bien des habitants.
Dans quel état d’esprit êtes-vous ?
Je suis extrêmement honorée de la confiance qui m’a été accordée. C’est fort. Je mesure la responsabilité qui est la mienne. Cela m’apporte beaucoup d’énergie, beaucoup de motivation. Je suis en forme ! (rire).
Une femme, que l’on dit “plus raisonnable” voit-elle les choses différemment d’un homme ?

Ce n’est pas un défaut d’être raisonnable ! Je ne sais pas ; je ne suis pas dans la peau d’un homme et je ne sais pas comment les hommes voient les choses dans leur tête ! Est-ce qu’être plus mesurée, on ne se lance pas vraiment…? Pas vraiment. En tout cas, ça n’empêche pas d’avoir de l’ambition pour ce territoire.
Depuis que vous occupez ce siège, voyez-vous les choses un peu différemment ?
Complètement. On prend de la hauteur sur les choses, sur les dynamiques à mettre en oeuvre. Je découvre encore. J’ai pris le temps d’aller dans des communes que je ne connaissais pas forcément bien. Cela va être l’une de mes priorités : d’arpenter le territoire, d’en prendre bien le pouls.
Le maire RN d’Agde n’était pas en position d’être le président de l’agglo, comment votre nom s’est-il imposé, seul, entre PS et RN ?
Nous n’avons justement pas pris de position politique. Nous nous sommes tous regardés droit dans les yeux ; on se connaît depuis un certain nombre d’années pour certains d’entre nous et de nouveaux élus nous ont rejoints. Nous avions l’envie de trouver un équilibre en dehors de ces clivages politiques et d’avoir une gouvernance réellement partagée. Et d’utiliser un outil de coopération territoriale ensemble. Nous sommes dans l’état d’esprit de la création de notre agglo issue de la fusion de la communauté de communes des pays d’Agde et de celle de Pézenas. Cet équilibre-là, on l’a discuté.
Avec le nouveau maire d’Agde, nous avons eu des échanges francs et sincères sur comment on voyait notre territoire demain et l’envie de travailler en dehors justement des clivages politiques en laissant de côté la politique. Avec les autres élus, on s’est tous parlés de notre envie de construire. Et que l’étiquette politique ne vienne pas polluer son avancement. Sinon, évidemment, ça aurait pu très vite devenir une tribune d’un côté comme de l’autre.
Quand la ville d’Agde portera un projet, comment cela va-t-il se passer ?
Je respecte la démocratie. La ville d’Agde doit avoir la place qui lui revient. C’est un moteur économique et touristique. Elle ne peut pas ne pas exister pendant sept ans quelles que soient les instances et les couleurs politiques. C’est des populations ; c’est des enjeux auxquels il faut répondre ; d’emplois ; de tourisme ; d’adaptation au dérèglement climatique, etc.
Allez-vous faire un audit des finances ?

Quand une agglomération s’installe, à chaque début de mandat, il y a un pacte fiscal. Avec une vue à l’instant T de l’état des finances. Je suis favorable à la transparence en la matière. Entre élus communautaires, on s’est parlés très très franchement. Cela sera pareil avec la gouvernance que l’on veut mettre en oeuvre. Chaque problématique sera totalement partagée et dès lors on sera amenés à faire des choix, à prioriser. Mais je souhaite que chacun ait le même niveau d’information que ce soit la plus petite ou la plus grande de nos communes.
Aurélien Lopez-Liguori a-t-il eu des exigences… ?
Je ne parlerai pas d’exigences. Il y a Agde qui est une ville touristique avec des problématiques en lien avec l’habitat, la politique de la ville, avec plus de 250 000 habitants pendant la période estivale et donc aussi des problématiques très spécifiques de propreté de voiries, entre autres. Donc, nous avons été très pragmatiques. C’était notre but : allons aux compétences et aux besoins de chaque commune. Dans nos échanges, on est arrivés à ce que la place de chacun soit la bonne et que l’on puisse faire un trait d’union, comme ça l’est géographiquement avec le fleuve Hérault, du nord au Sud ; le Canal du Midi, de façon transversale…
Quels sont les enjeux, la lutte contre l’érosion que vous connaissez bien dans votre commune… ?
C’est l’un des enjeux. On a beaucoup parlé du littoral parce que ma délégation était en lien avec la Gemapi et les risques naturels. On est sur un territoire très diversifié : le littoral, l’arrière-pays avec des villages de caractère ; des plaines viticoles et agricoles ; le fleuve Hérault et cette locomotive touristique du Cap d’Agde et Pézenas avec un patrimoine remarquable et une vraie centralité en zone de chalandise.
Parmi les enjeux prioritaires, je noterai l’économie. Pour faire venir des entreprises, il faut être attractif à plusieurs niveaux. L’un des points importants, c’est la formation de nos jeunes pour qu’ils puissent trouver des débouchés sur leur territoire. Et pour que des entreprises s’installent chez nous, il faut des jeunes formés. Il y a des projets, justement, pour mettre en oeuvre une ambitieuse politique de formations.
Dans quels domaines ?

On parle beaucoup d’hôtellerie-restauration, de tourisme, etc. Souvent, ce sont malheureusement des emplois précaires. Et saisonniers. Il faut ouvrir à d’autres métiers et des métiers de demain. Je pense aux énergies renouvelables ; nous avons Cameron non loin à Béziers ; il y a la nouvelle filière existante. Il y a aussi des métiers de demain autour de la transformation des modèles agricoles ; nous avons déjà des formations à Pézenas de ce type ; on peut imaginer des formations dans l’oenologie, etc. C’est un vrai chantier qu’il nous faut ouvrir. Et pour avoir, aussi, des formations beaucoup plus qualifiantes.
Je pense aussi beaucoup à l’économie bleue. Nous avons une façade littorale ; il peut y avoir beaucoup d’entreprises qui recherchent des qualifications très spécifiques. Des organismes ont déjà fait des études. Il faut un vrai diagnostic et travailler avec des universités…
Vous montrez beaucoup d’ambition pour ce territoire ?
Oui. Ce territoire a un potentiel extraordinaire. Et des atouts qui se situent à tous les niveaux. Nous avons un positionnement géographique assez exceptionnel : entre Montpellier et Béziers ; avec un aéroport ; un art de vivre tout aussi exceptionnel ; quand on prend son vélo pour sillonner nos villages, nos paysages divers et variés mais peut-être encore méconnus, nos domaines viticoles, on s’en rend compte. C’est un travail de réseau que nous voulons mettre en place. De proximité.
Y a-t-il des projets évidents à lancer ?

Il y a le projet du territoire dont la délégation revient à Armand Rivière, maire de Pézenas. Cela comprend la cohésion des territoires. C’est-à-dire que l’on puisse s’entraider entre communes de l’Agglo. C’était une demande forte. Par exemple, par la mutualisation de services. Comment, aussi, l’Agglo peut-elle venir aider comme support, en ingénierie, à des projets, etc. Cela permettrait de faire davantage d’économies et d’améliorer l’efficience de l’action publique. Ce projet de territoire, nous allons le définir avec les grandes priorités. Ensemble. La formation de nos jeunes s’y intègrera : c’est en lien avec l’économie, la transition énergétique et écologique, le monde agricole. Le patrimoine et le tourisme.
L’un des sujets aussi que j’aimerais voir se concrétiser, c’est la mise en oeuvre de la sécurité des personnes aussi bien vis-à-vis des risques majeurs qui demandent des aménagements face aux inondations, par exemple, ou l’érosion, mais aussi sur la protection de l’environnement ; la lutte contre les déchets sauvages.
Comment voyez-vous les relations avec vos agglos voisines, celle de Sète par exemple ?
Il faut que nous travaillons tous ensemble. La vie de nos concitoyens ne s’arrête pas aux frontières de nos territoires. En termes de transports, de bassins d’emplois, il y a plein de domaines où nous devrons travailler ensemble. J’ai rencontré les présidents des agglos voisines. Et nous allons échanger de la même manière que nous l’avons fait avec les élus communautaires de notre agglo.
Propos recueillis par Olivier SCHLAMA