Promeneurs, pêcheurs, cyclistes, kite-surfeurs… Un scientifique du Muséum d’histoire naturelle est venu mesurer les “sources de pression” sur les espèces d’oiseaux marins ou laro-limicoles protégées comme la sterne naine, “population d’enjeu national”. Ces données pourront servir in fine à réglementer ou interdire l’accès à des colonies sensibles.
Sternes naines, hérons, gabians, aigrettes, échasses, avocettes, gravelots à collier ininterrompu, mouettes mélanocéphales… Sète, et plus largement l’étang de Thau, sont l’un des spots préférés en Méditerranée française de nombreuses espèces d’oiseaux marins ou laro-limicoles, tous classés ; certains même apparaissant sur la liste rouge des espèces menacées. Protégés eux aussi parce que sensibles, ces îlots de sable, dans l’étang de Thau, ont parfois une origine artificielle. Les oiseaux y nidifient volontiers sur ces tocs où ils se sentent davantage en sécurité, éloignés du bruit et de la berge. En Méditerranée, les sites de Leucate et de Villeneuve-les-Maguelone pourraient rejoindre dans cette étude celui de Sète.
Centre d’études du Muséum d’histoire naturelle
Ces oiseaux aiment notamment les “tocs”, ces bancs de sable naturel, également appréciés des Sétois qui y plantent volontiers leur parasol pour pique-niquer. Mais la cohabitation n’est pas simple ; ces oiseaux qui nichent au sol peuvent être dérangés C’est dans ce contexte que le Syndicat mixte du bassin de Thau a fait appel au Muséum d’histoire naturelle. Antoine Chabrolle est animateur du Réseau national oiseaux marins (Resom) et responsable thématique oiseaux marins pour la directive-cadre stratégie pour le milieu marin et les conventions régionales (Ospar/Barcelone). Il travaille au Cesco, Centre d’écologie des sciences de la conservation de Concarneau, dépendant du Muséum d’histoire naturelle de Paris.

Il élabore un protocole national qui tiendra compte au total de 11 sites similaires partout en France. “Notre but c’est qu’une fois cette base scientifique scientifique, baptisée BirDistance, et que notre protocole établis, nous en fassions bénéficier les acteurs locaux, en l’occurence la chargée de mission Natura 2 000 du syndicat mixte de Thau qui s’en empare”, précise Antoine Chabrolle. “Si par exemple il existe un chemin qui passe à 50 mètres d’une colonie d’oiseaux, notre étude dira sachez qu’une colonie comme celle-là est dérangée par un promeneur à 100 mètres ou 150 mètres par exemple.”
“Vigilance”, “fuite”, “envol”…

Antoine Chabrolle détaille : “J’ai fait des observations opportunistes avec un bordereau pour y porter mes observations et j’avais aussi avec moi cette semaine un télémètre. Il s’agissait de mesurer les distances de réaction des oiseaux de ce littoral. Quand un promeneur passe par là ; un cycliste ; un drone qui les survole ou un kite surfeur qui s’approche ; un pêcheur qui le dérange, etc.” Et ce niveau de dérangement se décline en trois parties : le seuil de “vigilance” franchi, quand l’oiseau change d’activité, qu’il arrête de se nourrir, entre autres, à cause d’un promeneur, par exemple. La seconde étape, c’est quand il est vraiment dérangé, là c’est la “fuite”, à la nage, en courant. Et, enfin, quand l’oiseau “s’envole”, quand il rend la poudre d’escampette par peur.
“Conflits d’usage”, “conciliations”, “préconisations”

Cette étude dure six mois. Lancée dans le cadre du programme Life Espèces marines mobiles piloté par l’Office français de la biodiversité, cette étude permet d’évaluer les potentiels “conflits d’usage” et d’imaginer, parfois, des “conciliations” avec les usagers. In fine, cela peut aller jusqu’à des “préconisations” de fréquentations de ces lieux encore sauvages et de protéger les fonctions essentielles de ces oiseaux, comme la reproduction. On peut imaginer, à Sète ou dans un autre site des restrictions dans des zones aussi sensibles, des horaires ou des périodes à respecter pour s’approcher ou non des volatiles particulièrement craintifs dont certaines espèces, craintives, ont cessé de se reproduire sur certains sites comme le ban d’Arguien, à Arcachon. “Sur certains sites, on peut en conclure au bout du bout que s’approcher à moins de 100 mètres d’une colonie, ça la dérange ; à 200 mètres pour d’autres, en Bretagne, par exemple.”
Sterne naine, oiseau sensible
Les dynamiques de populations d’oiseaux marins varient en fonction des espèces. Là aussi, le réchauffement climatique est à l’oeuvre. “Certaines espèces sont stables, sont dans une dynamique de développement très forte comme la mouette mélanocéphale mais pour d’autres ce n’est pas le cas. La sterne naine est un oiseau très sensible ; il y a très peu de sites de reproduction. Et quand elle décide qu’un lieu n’est plus approprié, ce sont 1 000 ou 2 000 couples qui ne se reproduisent plus. Il y aussi le risque de prédation entre espèces d’oiseaux anthropiques. A Sète, certains sont inquiets à cause de la pluie qui est tombée en abondance depuis des semaines : les tocs sont sous l’eau” et ne peuvent pas forcément servir à la nidification de certaines espèces…
Olivier SCHLAMA