Occitanie : “81 % des habitants de la région sont inquiets pour leur revenu à la retraite”

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Selon le baromètre d’Harmonie Mutuelle, un pouvoir d’achat plus faible qu’ailleurs et un manque d’information et de conseil sont les principaux freins pour l’épargne retraite, comme l’explique à Dis-Leur Frédéric Malfilatre, directeur régional de la mutuelle. Par ailleurs, “moins de 6 % des entreprises de moins de 10 salariés ont ouvert un Percol, plan d’épargne retraite collective”.

Ah, la présidentielle ! L’âge de la retraite ; certains candidats qui poussent vers davantage de capitalisation ; la démographie négative… Le sujet, central, vient peu à peu appesantir la campagne électorale qui commence à fredonner. Certains candidats en font la mère de leur programme en expliquant qu’il faut une refonte permettant à tout un chacun de “choisir” l’âge de départ. Et plus on aura capitaliser, plus l’Etat, in fine, pourra s’en désengager d’une manière ou d’une autre…

Les premiers euros collectés pour la retraite et de façon régulière dans un dispositif le sont en moyenne à partir de 30 ans”

“La protection sociale, que ce soit la santé, la prévoyance, la retraite est au coeur des préoccupations des Français”, résume Frédéric Malfilatre, directeur régional d’Harmonie Mutuelle. C’est dans ce contexte, Harmonie Mutuelle, leader en France, est allée sonder les âmes occitanes sur l’épargne retraite dans la sphère privée (1). Que dit le sondage de son observatoire révélé aujourd’hui ? On s’en doutait mais il est massif : que la très grande partie des habitants de notre région sont inquiets de ce que sera leur futur revenu à la retraite : 81 % d’inquiets. Un plébiscite pour l’angoisse. Et pourtant 57 % d’entre eux épargnent. “Les premiers euros collectés pour la retraite et de façon régulière dans un dispositif le sont en moyenne à partir de 30 ans.”

Revenu médian plus faible qu’ailleurs

Les équipes d’Harmonie Mutuelle et le directeur pour l’Occitanie, Frédéric Mafilatre, au centre. DR.

Ce baromètre existe ailleurs. “On a 81 % d’inquiets en Occitanie sur leur revenu à la retraite et, en moyenne, en France nous avons 78 % de citoyens inquiets. Les deux statistiques sont proches”, souligne Frédéric Malfilatre, directeur régional d’Harmonie Mutuelle. On est même dans la marge d’erreur. “Mais aussi haut, 81 %, c’est aussi un chiffre propre à la région Occitanie.” Avec, peut-être, aussi un biais lié à la surreprésentation de retraités dans notre région ? “C’est surtout parce que le revenu médian, qui en Occitanie est de 21 900 € euros, par habitant y est plus faible qu’ailleurs. C’est la 11e des 13e régions les plus pauvres ; elle n’est pas très riche, hormis à Toulouse et Montpellier.”

Seconde région où le taux de chômage est le plus élevé

Le pouvoir d’achat est le principal frein pour capitaliser en vue de la retraite. Les salariés ont davantage de mal, ici, à capitaliser une fois réglées toutes leurs dépenses. Il y a donc moins de capacité d’épargne en Occitanie. “60 % des gens qui épargnent via des dispositifs avec au moins un produit, ils ont, disent-ils, la capacité d’augmenter leur capacité d’épargne dans les douze mois. Sauf que l’étude a été faite en janvier 2026, juste avant la crise. Pas sûr que cette statistique, assez haute, soit la même aujourd’hui.” Seconde statistique parlante : “C’est la deuxième région française où le taux de chômage est le plus élevé”, après les Hauts de France”, rappelle-t-il. Le taux de chômage en Occitanie s’établissait au 4e trimestre 2025, selon l’Insee, à 9,4 % de la population active (+ 0, 7 points en un an).

“Fort besoin d’information et de conseil”

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Parmi les freins, il y aussi un “fort besoin d’information et de conseil”, appuyant : “D’abord, la culture financière, réglementaire et fiscale en France ; la Banque de France nous a noté 12 sur 20 parmi les 39 pays de l’OCDE consultés. Elle n’est pas forcément développée en France, décrypte Frédéric Malfilatre. L’information ; la bonne information ; la législation évolue régulièrement – la réforme de la retraite a été mise en pause, par exemple – il faut prendre rendez-vous avec plusieurs administrations, etc. “On est face à une nébuleuse”, formule-t-il, même si certains sites sont très bien faits. “Le conseil est très important dans la bancassurance ou les mutuelles. L’un des principaux leviers, c’est la transparence et la proximité avec le conseil pour un bon niveau d’information.”

Il ajoute : “Globalement, les dispositifs d’épargne retraite par capitalisation plutôt bien installés mais inégalement répartis parmi la population. Que l’on soit employés, ouvriers ou cadres. Que l’on soit dans une grande ou une petite entreprise. Les comportement d’épargne sont plutôt actifs mais avec des montants plutôt modestes : quand ils épargnent, les Occitans le font à 74 % à hauteur de 200 € par mois.”

“Vrai sujet sociétal au coeur des préoccupations”

Harmonie Mutuelle s’est lancée depuis trois ans sur ce “vrai sujet sociétal, au coeur des préoccupations des Français. On assure, aujourd’hui, sur la partie complémentaire santé, cinq millions de personnes en France, ce qui fait de nous l’opérateur numéro un de complémentaire santé, cofondateur en 2017 du groupe VyV, conglomérat de mutuelles. Nos clients nous font confiance. Nous avons un très bon niveau de satisfaction. Et on a onc développé des produits d’épargne retraite qui marchent très bien. Une des demandes principales, c’est ma clarté des explications. C’est le rapport de confiance entre l’adhérent et le conseiller : dans 61 % des cas, comme le dit notre baromètre, c’est la clarté des explications qui fera la différence et dans 50 % des cas, c’est la transparence sur les frais. Sans oublier la proximité physique ; 80 % des gens ne veulent pas le faire par téléphone ou via le net mais face à un conseiller.” 

57 % des habitants ont un produit d’épargne retraite

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Il existe aussi un dispositif collectif en entreprise. Il existe un Percol, Plan d’épargne retraite collectif. Frédéric Malfilatre décrypte :“L’entreprise ouvre ce Percol – dispositif de placement, un peu la même mécanique que l’assurance-vie mais dans l’entreprise – pour l’ensemble des salariés. Ceux-ci versent, s’ils le veulent une partie de leur intéressement, leur participation ou des sommes volontaires. C’est entouré d’avantages fiscaux. L’intéressement, si on ne le perçoit pas, et si on l’épargne dans ce Percol, il n’est pas fiscalisé. On ne paie pas d’impôt dessus.”

En tout, 57 % des habitants d’Occitanie disposent d’au moins d’un produit d’épargne-retraite comme une assurance vie, un Périn (Plan d’épargne individuel) ou, donc, un Percol, peu connu et qui est un vrai plus pour certains salariés avant de rejoindre une entreprise. “Et, 85 % à titre individuel : ils ont fait la démarche d’aller voir leur banque, leur mutuelle pour y ouvrir un Périn et 15 % à titre d’un Percol, précise-t-il. Cela veut dire qu’il y a de la marge. Pour autant, en janvier 2025, une loi a été promulguée, dite de Partage de la valeur qui va obliger les entreprises à partir de 11 salariés et qui ont fait au moins 1 % de bénéfice lors des trois dernières années, de partager de la valeur avec leurs salariés : participation, intéressement, ou de redistribuer une prime dite “Macron” à leurs salariés.”

“Moins de 6 % des entreprises de moins de 10 salariés ont ouvert un Percol, plan d’épargne retraite collective”

Cette loi a-t-elle été un accélérateur pour l’épargne collective ? Frédéric Malfilatre répond : “Oui, en partie, c’est le cas. Il n’y a que 6 % des entreprises de moins de 10 salariés qui ont ouvert un Percol. Au-delà ce taux monte à 15 %.” Il ajoute : “Ce dispositif Percol n’est utilisé que dans 30 % des cas.” A peine. Toujours la même chose : “Dans un contexte de crise, les gens préfèrent garder l’argent et le placer sur un livret A, par exemple, que l’investir dans la retraite.” Autre frein, là également : “Le manque de pédagogie et de culture des salariés qui n’ont pas bien compris les tenants et aboutissants. Quand nous ouvrons Harmonie un dispositif d’épargne retraite, nous ne sommes pas à 30 % mais on avoisine plutôt les 60 %- 70 % d’utilisation, parce que nous faisons oeuvre d’une vraie pédagogie auprès des salariés. Pourquoi on l’utilise ; pourquoi c’est efficace…”

C’est un dispositif peu connu, pas assez utilisé malgré ses avantages. Il permet de fidéliser, de recruter des profils pointus, de valoriser la partie RH. 46 % des cadres ont un dispositif d’épargne retraite contre 23 % parmi les employés et ouvriers.

Olivier SCHLAMA

  • (1) Enquête réalisée en ligne du 28 au 30 janvier 2026. 39 questions dont 6 de profilage. Échantillon de 1000 salariés répondants âgé de 35 à 65 ans en région Occitanie, salarié(e), indépendant(e), en recherche d’emploi ou retraité.