Consommation : Des Toulousains créent le 1er label longue durée !

Comment va fonctionner ce label qui épouse joliment la forme du signe de l'infini ? "Nous avons élaboré 40 critères. Le cahier des charges, nous l'avons élaboré grâce à des consultations avec des fabricants, des réparateurs, des associations de consommateurs et de défense de l'environnement", explique Elsa Lomont, co-fondatrice de la coopérative avec Florent Preguesuelo. Photos : DR.

Votre futur smartphone ou votre prochain aspirateur afficheront peut-être un signe de l’infini du plus bel effet. Ce sera le logo de Longtime qui certifiera que votre acquisition est faite pour durer. C’est une idée aussi simple que lumineuse et à laquelle personne n’avait pensé. La coopérative toulousaine Ethikis l’a fait, répondant ainsi à la préoccupation de nombreux consommateurs : comment reconnaître des produits réparables et dont la durée de vie n’est pas bridée ? Soutenu par l’Ademe et la Région Occitanie et lauréat de Mon Projet ma Planète, Longtime apporte une vraie réponse grâce à une labellisation indépendante.

 On a failli attendre ! Longtime est une marque qui labellise les produits de constructeurs qui luttent contre l’obsolescence programmée. C’est une start-up de Toulouse, Ethikis, une coopérative, qui s’attaque à ce fléau… mondial. Selon l’Ademe, qui accompagne cette jeune pousse de la région, 88 % des Français changent leur smartphone alors qu’il est encore en très bon état ! (1) Alors que l’on pourrait économiser sur son budget, des émissions de gaz à effet de serre, des matériaux rares… En 2017, plusieurs plaintes ont par ailleurs visé des fabricants mondiaux d’imprimantes, et même le géant Apple, soupçonnés de brider la durée de vie de leurs produits. Et donner vie à des collectifs comme Halte à l’obsolescence programmée. La concrétisation d’une prise de conscience. Greanpeace a déjà inventé un indice de « réparabilité » mais du point de vue du consommateur et que sur ce seul paramètre et seulement pour quelques marques-phares de smartphones.

Nous avons élaboré 40 critères. Le cahier des charges, nous l’avons élaboré grâce à des consultations avec des fabricants, des réparateurs, des associations de consommateurs et de défense de l’environnement. »

Elsa Lomont, cofondatrice de Longtime.

Comment va fonctionner ce label qui épouse joliment la forme du signe de l’infini ? « Nous avons élaboré 40 critères. Le cahier des charges, nous l’avons élaboré grâce à des consultations avec des fabricants, des réparateurs, des associations de consommateurs et de défense de l’environnement », explique Elsa Lomont, co-fondatrice de la coopérative avec Laurent Preguesuelo. Un peu à la façon du label Bio ou label Rouge dans l’alimentation. Ces 40 critères se divisent en « trois piliers » : robustesse et fiabilité ; la « réparabilité » du produit (avec un focus sur le prix et la disponibilité des pièces…) et la garantie et le service après-vente. « Notre grand atout, c’est que nous nous adressons à une large gamme de produits : des appareils domestiques, électroniques, électroportatifs, ameublement, matériel de loisirs, matériel professionnel… de la trottinette électrique à la perceuse, en passant par la machine à café ou le smartphone », précise Elsa Lomont.

C’est une démarche volontaire. N’importe quelle entreprise peut être candidate. Une fois que nous avons fait labelliser l’un de ses produits, et de façon impartiale, peut y apposer notre logo visible par le consommateur. »

Elle ajoute : « C’est aux entreprises de demander – ou pas – notre labellisation « longue durée ». « C’est une démarche volontaire. N’importe quelle entreprise peut être candidate. Une fois que nous avons fait certifier l’un de ses produits, et de façon impartiale, peut y apposer notre logo visible par le consommateur. » Afin de proposer aux futurs candidats au label le choix de son organisme de certification, nous collaborons avec l’organisme Apave, référence dans le monde de la certification. »

Pour l’instant, le concept est en phase d’amorçage. Seul un fabricant régional, une « référence mondiale de détecteurs de métaux très impliqué dans la thématique » est une entreprise « pilote », sur la voie de cette certification. Mais d’autres marques seraient en négociation. On sent possible qu’une marque de smartphone sera peut-être parmi les premières à être labellisées. A 25 millions d’unités achetées et renouvelées chaque année en France, ce ne serait pas une niche à ignorer… Sacro-saint smartphone, dont l’écran est parfaitement vulnérable, à la moindre chute. D’ici à penser que les fabricants ne font pas tous le nécessaire pour en améliorer la solidité… Il y a aussi le paradigme de l’appareil domestique, l’aspirateur, qui pourrait, qui sait, être concerné.

60 Millions de consommateurs c’est une association dont les tests visent à prouver la performance d’un produit. Nous on va s’attacher à en définir la durabilité. On a effectivement vocation à travailler ensemble »,

Longtime-60 Millions de consommateurs, même combat ? « 60 Millions de Consommateurs c’est une association dont les tests visent à prouver la performance d’un produit. Nous on va s’attacher à en définir la durabilité. On a effectivement vocation à travailler ensemble », confie Elsa Lomont. Comme le confirme Véronique Tatry, de l’Ademe Occitanie.

« Nous, à l’Ademe, nous croyons beaucoup à ce label, confie Véronique Tatry. C’est une belle idée qui a d’ailleurs été déjà récompensée. Ce label est lauréat du concours 2018 citoyen Mon Projet ma planète. Ses deux concepteurs sont également très impliqués dans le groupe de travail national sur l’économie circulaire lancé par Brune Poirson, secrétaire d’État auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire) et coordonné par l’Ademe. Et qui consiste à établir un indice de « réparabilité » sur les biens de consommation pour mieux informer les consommateurs. »

Quatre ans après la loi Hamon sur l’obsolescence programmée, consistant à réduire volontairement la durée de vie d’un bien pour que l’on en achète un autre de façon anticipée.

Cette initiative répond à un réel besoin : selon Ethikis citant les chiffres de l’Ademe et le Cese, 92% des consommateurs souhaitent une information sur la durée de vie des produits alors que seulement 44 % des produits qui tombent en panne sont réparés. Ce concept intervient quatre ans après la promulgation de la loi Hamon sur l’obsolescence programmée, cette pratique qui consiste à réduire volontairement la durée de vie d’un bien de consommation pour que le consommateur en achète un autre de façon anticipée. En clair, certains fabricants feraient exprès de programmer leurs produits pour qu’ils tombent en panne au bout de quelques années et surtout qu’ils soient irréparables.

« Cette loi est une avancée mais seulement un premier pas », analyse Elsa Lomont. Elle a permis notamment d’allonger à deux ans la garantie d’un produit (au lieu souvent de six mois), avec une information théoriquement obligatoire sur les pièces pouvant être remplacées. Dans les faits, cette loi est plus compliquée à faire appliquer : « L’obsolescence reste souvent à prouver. Pour l’année prochaine, la France prépare un indice de « réparabilité ». Qui permettrait de créer des filières de la remise en état et des milliers d’emplois.

Olivier SCHLAMA

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