Camp du Larzac : Quand les légionnaires font bouillir la marmite

l’implantation de la 13e DBLE génère 1 408 emplois en 2017, dont 91 % se situent dans le bassin de vie de Millau : ils représentent sur ce territoire 11 % de l’emploi salarié total" ! Photos : Benjamin Coureu/ Centre Presse LE

Il est loin le temps, 1971, de la révolte non-violente contre l’extension du camp militaire du Larzac… Les 3 200 hectares de ce camp historique, en Aveyron, abritent ce qui est considéré désormais comme une manne pour le commerce local : un bon millier de légionnaires y séjournent parfois en famille, représentant 11 % de l’emploi du secteur, selon l’Insee Occitanie. Qui font donc tourner l’économie locale. Et accéléré l’ouverture d’une maison de santé, de la création d’un nouveau collège et même, hausse de la natalité aidant, l’ouverture d’une crèche…

« Après Djibouti et les Emirats arabes unis, elle s’est installée, ici, dans l’Aveyron. Et en deux ans, elle a, fidèle à la tradition légionnaire, trouvé toute sa place dans un lieu complètement nouveau et a su construire une relation intense avec les habitants du plateau du Larzac (Aveyron). Ne mentons pas, nous savons que l’arrivée de la Légion étrangère ici avait un brin… surpris. Mais vous avez prouvé que les hommes de valeurs savent se faire adopter. Vous êtes aujourd’hui, comme vos familles, aveyronnais. Vous faites partie intégrante de cette région, vous en faites vivre les rues, les écoles et les commerces (…) » C’est Florence Parly, la ministre des Armées qui s’exprime ainsi à propos de l’installation de légionnaires sur le Larzac. Nous sommes le 17 juillet 2018.

Sept mois plus tard, l’Insee Occitanie publie une étude intéressante. Montrant que la présence de ces militaires fait bouillir la marmite du commerce local. Même si ce n’est pas une surprise de constater, depuis les Romains, qu’une garnison a un de locomotive sur l’économie, pour le Larzac, c’est important. La 13e DBLE compte 1 047 personnes en 2017 sur le plateau du Larzac. Une étude qui sera officiellement remise au gouvernement via Geneviève Darrieussecq, secrétaire d’État auprès de la ministre des Armées, justement en visite ce mardi sur place.

« Nouvellement installée sur le plateau du Larzac, dit l’étude, la 13e demi-brigade de Légion étrangère (13e DBLE), rassemble 1 047 militaires et civils fin 2017. Les commandes passées auprès d’établissements locaux pour assurer le fonctionnement quotidien du camp et pour adapter son infrastructure à la montée en puissance de l’effectif de la 13e DBLE occupent l’équivalent de 71 salariés. Ces derniers, comme le personnel du camp, consomment et investissent pour faire face à leurs besoins et à ceux de leurs familles. Ces achats en alimentation, logement ou divers services mobilisent l’équivalent de 290 salariés. Au final, l’implantation de la 13e DBLE génère 1 408 emplois en 2017, dont 91 % se situent dans le bassin de vie de Millau : ils représentent sur ce territoire 11 % de l’emploi salarié total » !

Les PME, principales bénéficiaires des travaux d’infrastructure pour atteindre 8,7 millions d’euros, répartis dans 40 établissements. Cette hausse des commandes profite davantage aux PME qu’aux microentreprises.

Entraînement au tir de la 4e compagnie de la 13e DBLE en vue de leur évaluation au CEITO.

En tenant compte des familles, 1 550 personnes dépendent ainsi directement de la 13e DBLE en 2016 et 2 083 en 2017. « Les PME, principales bénéficiaires des travaux d’infrastructure pour atteindre 8,7 millions d’euros, répartis dans 40 établissements. »Cette hausse des commandes profite davantage aux PME qu’aux microentreprises. Même si une grande partie des dépenses nécessaires pour faire fonctionner le camp et répondre aux besoins du personnel relèvent en effet de marchés publics nationaux. C’est par exemple le cas pour l’alimentation dont 80 % du budget est régi par un marché national.

À cheval sur les communes de La Cavalerie, Millau et Nant en Aveyron, le camp du Larzac existe depuis 1902. Après avoir abrité la centaine de militaires et civils du Centre d’entraînement de l’infanterie au tir opérationnel (CEITO), il accueille depuis 2016 la 13e demi-brigade de Légion étrangère. Leurs consommations génèrent l’emploi de 290 personnes (emplois induits). Au total, la 13e DBLE génère ainsi 1 408 emplois dans sa zone d’influence.

Le ministère des Armées s’est attaché à privilégier dans ses dépenses les petites et moyennes entreprises (PME), notamment locales.

Geneviève Darrieussecq, secrétaire d’Etat auprès de la ministre des Armées, était ce mardi dans l’Aveyron pour rencontrer les légionnaires cu camp du Larzac. Photo : DR.

L’installation de la 13e DBLE nécessite des travaux majeurs d’infrastructure, d’une part pour pouvoir loger l’ensemble des légionnaires, d’autre part pour adapter et moderniser les installations en place et en créer de nouvelles. Bien que d’envergure, cette extension se fait à périmètre constant, sur les 3 200 hectares historiques du camp. Compte tenu de leur ampleur, les travaux débutés en 2016 s’étaleront jusqu’en 2023. Le ministère des Armées s’est attaché à privilégier dans ses dépenses les petites et moyennes entreprises (PME), notamment locales. Elles sont sollicitées non seulement pour les travaux d’infrastructure, mais aussi pour les dépenses courantes, d’alimentation ou d’entretien des locaux par exemple.

Entraînement au tir de la 4e compagnie de la 13e DBLE en vue de leur évaluation au CEITO.

Cette étude mesure l’impact de l’implantation de la 13e DBLE sur l’emploi local en 2016 et 2017 soit lors de ses premières années de présence sur le plateau du Larzac. L’inscription économique est mesurée sous deux angles : l’installation même du camp, au travers des travaux conséquents d’infrastructure qu’elle a nécessités et qui sont par nature transitoires, et les dépenses de fonctionnement courant, qui s’inscrivent sur du long terme. Deux études complémentaires permettront de suivre la montée en charge sur l’année 2019 puis 2023, jusqu’à l’atteinte d’un régime de croisière.

Les temps changent… La lutte du Larzac est de 1971 à 1981 un mouvement de désobéissance civile non-violente contre l’extension programmée d’un camp militaire. Elle fit grand bruit. La vive opposition s’est en premier lieu organisée autour d’une centaine de paysans qui ont refusé d’être expropriés de leurs terres. Au final, François Mitterrand, juste élue président de la République, en abandonna l’idée.

Les militaires ne vivent plus en vase clos. Ce n’est plus une ville dans la ville. Les unités s’ouvrent et les villes s’ouvrent à elles. »

Bernard Moncoucy, conseiller de Geneviève Darrieussecq, secrétaire d’État auprès de la ministre des Armées.

Signe des temps et preuve que la garnison est parfaitement intégrée, l’installation des légionnaires sur le Larzac a « accéléré l’ouverture d’une maison de santé (prévue dans le courant de 2019) ; celle de la création d’un nouveau collège par le Conseil départemental – avec un gymnase dont l’utilisation pourra être partagée avec les habitants – et même, hausse de la natalité aidant, ouverture d’une crèche « qui ne sera pas réservée aux enfants de militaires mais au moins à 40 % pour la population locale » (1), explique Bernard Moncoucy. Conseiller projets, patrimoine et communication auprès de la Secrétaire d’Etat, il précise, en substance, qu’effectivement « une garnison apporte un plus indéniable pour l’économie locale. A contrario, on a bien mesuré bien sa présence économiquement parlant quand on a fermé des casernes… »

De la même manière, à la 13e demi-brigade de Légion étrangère (13e DBLE), « on prévoit d’importants travaux dans 18 bâtiments auxquels ont pu concourir les PME locales parce que nous avons rédigé l’appel d’offres de telle manière qu’elles puissent le faire. Les militaires ne vivent plus en vase clos. Ce n’est plus une ville dans la ville. Les unités s’ouvrent et les villes s’ouvrent à elles. Ce n’est pas tout. « Grâce aux clauses sociales des appels d’offres (4 000 heures leur sont réservées), poursuit Bernard Moncoucy, certains publics très éloignés de l’emploi vont pouvoir participer aux chantiers que nous lançons. Et ça marche. Le taux de réussite de réinsertion est élevé pour ces publics-là. Ils réapprennent ainsi à travailler, se lever le matin, à retrouver une estime de soi… » Enfin, sur le Larzac, la Légion est à la pointe du développement durable.

« En France, l’armée est déjà le premier propriétaire foncier, le premier consommateur d’énergie et le plus gros gestionnaire d’espaces classée Natura 2000, 43 000 hectares (1/5e). Sur le Larzac, les légionnaires disposent d’une chaudière biomasse au bois qui s’approvisionne dans la filière locale de bois. L’unité dispose d’un gros parc de panneaux photovoltaiques pour chauffer l’eau, ce qui rend les militaires autonomes en énergie. Elle récupère les eaux pluviales pour les sanitaires et la lutte contre les incendies. » De quoi faire des économies bienvenues. Et fidéliser ses militaires.

Olivier SCHLAMA

  • (1) En 2016, sur les 266 naissances, 13 proviennent de familles de militaires, soit 4,9 %. En 2017, on compte 14 naissances au sein des familles de légionnaires sur les 260 de la maternité, soit 5,4 %.
  • À sa création en 1940 pour combattre au sein des Forces françaises libres, la 13e DBLE regroupe des effectifs issus de l’ensemble des régiments de la Légion étrangère. Il en est de même en 2016, lors de son installation sur le plateau du Larzac.
  • Spécialisée dans le combat débarqué, la 13e DBLE est un régiment d’infanterie intégré à la 6e brigade légère blindée (Nîmes). Elle possède les mêmes missions que les autres régiments (engagement opérationnel, hors ou sur le territoire national) et les mêmes place et statut que les autres régiments étrangers au sein de la Légion. En s’implantant sur le plateau du Larzac, la 13e DBLE s’installe pour la première fois de son histoire en France métropolitaine.
  • Sources : ministère des Armées ; DRFiP Occitanie, données 2016 et 2017 ; Insee, Epure 2016 et 2017, recensement de la population 2015.
  • Dans le cadre de la poursuite de la formation FACQ TELD, la base arrière de la compagnie d’appui de la 13e DBLE effectue un entraînement au camp de Caylus. En parralèle, le 2e REP forme également ses nouveaux TELD et entraîne ses équipes en vue du challenge national des TELD qui se déroulera en juin 2018 au camp du Larzac.