Aude / Insertion : Un chantier qui donne vie à l’espoir et à « L’Espérance »

Annick et Jean-Louis, le binôme qu a pris en charge L'Espérance... Photo Ph.-M.

A l’occasion d’une semaine de sensibilisation aux emplois maritimes, le Parc naturel régional de la Narbonnaise en Méditerranée et Pôle Emploi Narbonne ont organisé la visite de l’exemplaire chantier d’insertion de charpenterie de marine du Parc naturel régional.

Constitué d’une équipe d’une dizaine de personnes en insertion professionnelle, le chantier de charpenterie de marine du Parc naturel régional de la Narbonnaise en Méditerranée est dirigé par un authentique passionné, Yann Pajot, charpentier de marine et expert auprès de la Drac (1). La semaine de l’emploi maritime a été l’occasion pour les partenaires économiques de la Narbonnaise de se rendre sur ce chantier pour rencontrer les bénéficiaires du programme et mieux comprendre les qualités développées dans ce cadre original.

Il existe 900 métiers liés à la mer

De G. à D. : Pierre Gouzy (Pôle Emploi Narbonne), Bernard Devic (président du Parc) et Yann Pajot, charpentier de marine; Photo Ph.-M.

Comme l’a précisé Pierre Gouzy, directeur de l’agence Pôle Emploi de Narbonne, l’idée de cette « semaineé a été « reprise, l’année dernière, d’une initiative menée en Bretagne (…) pour nous il est apparu évident qu’il était possibe de valoriser, ici aussi, les 900 métiers différents qui touchent à l’univers maritime. Et certains nécessitent une réelle technicité, comme ce qui se fait ici, ouvrant ainsi de belles perspectives d’insertion… »

Le chantier d’insertion de charpenterie de marine du Parc est emblématique en France. Son équipe travaille toute l’année entre le domaine du Grand Castélou et l’écluse de Mandirac, à Narbonne, pour entretenir et restaurer le patrimoine maritime et fluvial languedocien en mettant en œuvre des techniques traditionnelles de charpenterie de marine. Organisés en binômes, les équipes travaillent chacune sur une mission bien précise. Avec un(e) « ancien » et un nouveau venu, afin de faciliter la transmission des svoirs acquis.

Le dernier Bâteau boeuf de Méditerranée

En ce moment, il est par exemple possible d’y admirer la goélette Miguel Caldentey en fin de restauration (en partenariat avec le SIVU Pailebot Miguel Caldentey) et le dernier bateau bœuf de la Méditerranée Française L’Espérance propriété de la ville d’Agde. Un projet naissant devrait y voir la reconstruction d’une embarcation romaine de 14 mètres découverte lors de fouilles archéologique proches.

Yann Pajot, un passionant passionné, intarissable sur son sujet et l’histoire des bâteaux… Photo Ph.-M.

Porté par le Parc naturel régional, financé par l’Europe, l’État, le département de l’Aude et Le Grand Narbonne, ce chantier est axé sur la réinsertion socio-professionnelle au travers la restauration dans les règles de l’art d’une matière à la fois noble et fragile. Un travail exigeant, pas toujours facile comme l’explique Annick, une ancienne couturière qui a bien failli craquer dans les premiers temps…

« Ca n’a pas été facile au début. Heureusement que j’ai reçu le soutien dont j’avais besoin auprès de Pôle Emploi. Mais maintenant je suis très fière de cette expérience, fière d’être ici. J’ai particulièrement apprécié le travail de précision et l’esprit d’équipe. j’ai vraiment envie de rester jusqu’à l’achévement du bateau… » L’espoir d’Annick  se porte sur L’espérance, une carcasse de Bateau Boeuf (classée monument historique) qui ne paie pas de mine, mais connaîtra comme les autres une rénovation aussi impotrnate que minutieuse.

La reconnaissance des meilleurs professionnels

Car comme le précise Yann Pajot, « il s’agit vraiment d’un  programme complet. Le chantier d’insertion va au-delà de la découverte du métier. Il y a un réel travail de restauration, avec pour objectif final de pouvoir remettre le bâteau à l’eau  et qu’il puisse rejoindre un circuit économique d’échanges maritimes. c’est une véritable démarche de dévelopement durable… » Un travail de fond qui est reconnu par les meilleurs.

Ainsi, Pendant une semaine des experts du chantier du Guip, à Brest, sont venus à Mandirac pour réaliser des relevés sur des postes spécifiques du Miguel Caldentey (2). A Brest ils vont réaliser ces pièces, avant qu’elles ne soient définitivement installées sur la goélette qui prendra le large avant la fin de l’année. Cette collaboration avec le plus prestigieux chantier français constitue une belle reconnaissance pour Yann Pajot et ses équipes.

L’hommage appuyé de Bernard Devic

Annick et Jean-Louis au travail sur L’Espérance… Photo Ph.-M.

Si la goëlette catalane devrait bientôt sentir à nouveau les vagues sur sa coque, il n’en va pas de même de L’Espérance où il reste beaucoup de travail. Pas de quoi effrayer Annick, comme on l’a vu. Ni son équipier, Jean-Louis, arrivé en janvier sur le chantier. Cet ancien peintre en bâtiment n’a pas tardé à se laisser porter par l’enthousiasme ambiant : « Ici chacun apporte son savoir-faire, il y a un réel partage. Je découvre ce métier et au contact de passionnés, on a vraiment envie d’aller plus loin… Et plus tard, quand je repasserai par là, je pourrai me dire que j’ai participé »

Le président du Parc naturel régional de la Narbonnaise en Méditerranée, Bernard Devic, a tenu à souligner la qualité « exceptionnelle » du travail effectué par Yann  Pajot et l’originalité unique de la présence d’un tel chantier « loin de la mer », certes, mais qui permet aussi de mettre en valeur l’environnement du parc. Notamment l’écluse de Mandirac toute proche et le domaine du Grand Castélou où a d’ailleurs été retrouvée l’embarcation romaine qui sera prochainement confiée au chantier d’insertion….

Philippe MOURET

(1) La DRAC (Direction régionale des affaires culturelles) s’occupe également du patrimone maritime en occitanie.
(2) Mise à l’eau pour la première fois en 1916, la goélette a été construite par le maître charpentier Don Sebastien Llompart Mateu. Elle fait partie des derniers bateaux de charge construit uniquement pour une propulsion à la voile. Baptisée sous le nom de Miguel Caldentey, propriétaire, la goélette catalane assure le transport des agrumes, céréales et bois sur les côtes méditerranéennes. Ses principales destinations étaient Majorque, Valence, Barcelone, Port-Vendres, Sète et Marseille. La goélette est classée Monument Historique en 1988. Elle est aujourd’hui la propriété du SIVU Miguel Caldentey. En restauration sur le chantier de charpenterie de marine du Parc situé à Mandirac depuis 2007, sa mise à l’eau est prévue fin 2019.
Des outils qui en ont vu des navires !! photo Ph.-M.