A Bram (Aude), au milieu de quelque 2 500 sympathisants acquis à sa cause, et après le traditionnel cassoulet, l’eurodéputé, candidat à la primaire socialiste des 9 et 10 octobre, en vue de la présidentielle, était invité par Carole Delga qui le soutient. La présidente de l’Occitanie, qui veut “chasser le défaitisme“, n’a pas “intégré la défaite”.
Une arrivée triomphale sous de tonitruants décibels ; une nuée de sympathisants ; des selfies ; et mêmes des embrassades entre deux apartés. Durant de longues minutes, Raphaël Glucksmann, qui a rapidement tombé la veste, même dans ce magnifique parc obombré des Issarts, à Bram (Aude), ne boude pas son plaisir de se faire acclamer par une bonne part des quelque 2 500 personnes, d’une “gauche populaire”. Ils n’ont pas en tête les caricatures de plus en plus nombreuses sur la Toile, signe d’une certaine popularité ; ni même celle aiguisée de certains médias laissant entendre que Hollande tirerait in fine les marrons du feu, une fois la primaire socialiste passée en octobre. “Je ne crois pas à cette prophétie”, a sobrement commenté Carole Delga.
Goûter à cette “fenêtre de l’espoir”

En terrain visiblement conquis où une majorité de militants et de futurs votants lui seraient acquis, le champion de la gauche, hors LFI, et de Carole Delga, son plus indéfectible soutien pour la présidentielle, a passé ce samedi dans ce grand parc de ce grand village pour participer aux désormais fameuses Rencontres de la Gauche, mi-think tank grandeur nature, mi-laboratoire d’idées. Et comme dirait Devos, mi-autre chose. C’est ce petit truc en plus qu’est venu chercher le possible vainqueur de la primaire socialiste.
Rampe de lancement
Lui l’intello, est venu goûter, en plus du cassoulet (deux tonnes y ont été englouties), à “cette fenêtre de l’espoir”, comme l’a joliment défini la présidente de la Région Occitanie. Une rampe de lancement. Certes, il y avait deux autres candidats à la primaire présents, Jérôme Guedj et Emmanuel Maurel, mais tous les yeux étaient tournés vers “Raphaël“, venu mettre les mains dans la glaise, au contact des vrais gens, servant même le cassoulet bramais, manches retournées. Ségolène Royal, elle, a dû décliner l’invitation pour raison “d’événement familial”. Hollande ? Il remettait une médaille en Normandie… Sa compagne, Julie Gayet, était bien présente qui suscita la curiosité.Olivier Faure n’est pas venu.
Raphaël Glucksmann n’est pas un homme éthéré. Il connaît la réalité de la France ; il a fait de nombreux déplacements ; il a une vraie capacité d’écoute. Il connaît ses sujets”
Carole Delga

Venir rencontrer une “gauche populaire”, hors Paris ; fendre l’armure et être plus proche des gens : “C’est un sujet à travailler pendant la campagne”, a consenti Carole Delga. Pour montrer sa capacité à écouter peut-être davantage que parler. “Oui, Glucksmann, c’est un intello ; ses parents aussi. Mais il est ancré à gauche.” Refusant qu’on “l’enferme” comme jadis on aurait pu enfermer Carole Delga comme “paysanne des Pyrénées. C’est sûr qu’entre ses parents et les miens, il y a une différence. Mais ce n’est pas un homme éthéré. Il connaît la réalité de la France ; il a fait de nombreux déplacements ; il a une vraie capacité d’écoute. Il connaît ses sujets ; il a une bonne connaissances des mécaniques européennes…” Elle a loué sa “clarté”, sa “cohérence” et sa “sincérité”.
“On a besoin d’éviter la bascule de la France vers l’extrême droite”

“On a besoin d’éviter la bascule de la France vers l’extrême droite et pour cela il faut refonder la gauche ensemble“, a ainsi affirmé Raphaël Glucksmann, cofondateur de Place publique. “À tous ceux qui se sentent abandonnés par la gauche, cette primaire est l’occasion de la refonder, a-t-il lancé. Nous allons constituer un mouvement d’une force irrépressible et nous allons gagner la présidentielle. Mais pour cela j’ai besoin de vous”, au milieu de drapeaux français, occitans et européens brandis. Son projet ? “Refonder, régénérer, reconstruire sur tous les territoires, la République”. Le candidat à la primaire socialiste et député européen a renchéri : “Quand vous n’avez plus accès à un médecin, quand l’école ferme ; quand vous avez un problème de mobilité et que les prix du pétrole explosent, quand vous avez peur de sortir à cause d’un trafic de drogue en bas de chez vous, vous ne savez plus où est la République…”
“Bram, c’est où s“e bâtissent des propositions pour un projet pour la France”

“C’est une belle journée pour la gauche, pour la République”, avait entamé Carole Delga. La présidente de région avait décrypté dès 10 heures, la nécessité d’un “récit positif pour la France” à opposer aux “déclinistes et autres populistes”… “Ces Rencontres, dont c’est la 6e édition, ont été créés pour donner un espoir à ceux et à celles qui désespèrent de cette gauche qui ne parle qu’à elle-même” (…) Bram, c’est où s“e bâtissent des propositions pour un projet pour la France (…)” Delga et Glucksmann, un ticket politique dans ce “Midi” un peu “turbulent” qui fut si “Rouge” pour mettre l’accent sur “les territoires oubliés” de la République depuis dix ans de macronisme et ces quartiers défavorisés et ces zones rurales où tout est si difficile. “Où l’on n’arrive pas à vivre de son travail. “Après la suppression de l’impôt sur la fortune et la baisse des APL, on sait vers où penche Macron…”
“Les quartiers populaires ne sont pas l’apanage de LFI et la ruralité n’est pas l’apanage du RN”
A l’heure où les ronds-points menacent de se parer à nouveau d’un jaune revendicatif, Carole Delga insiste pour prendre en compte cette “moitié de Français” qui se sentent “oubliés“. Et : “Les quartiers populaires ne sont pas l’apanage de LFI et la ruralité n’est pas l’apanage du RN.” Il va falloir être plus de deux pour accepter de faire face aux “populistes“. Tout ou presque éloigne LFI du reste de la gauche : sa position sur l’Ukraine, la marche de l’Europe…
Une primaire réussie, ce serait pour Carole Delga réussir à faire voter “au moins 50 % en plus du total des militants”. Pour autant, ce ne sera qu’un tour de chauffe, avec selon les estimations, pas bien davantage que 100 000 votants, sans aucune garantie pour la suite. Vainqueur de la primaire il y a dix ans, Benoît Hamon, n’avait récolté que 6 % des voix au premier tour de la présidentielle.
“Il n’est pas trop tard, il y a espoir”

Pour Carole Delga, il n’est pas trop tard pour le PS {pour remporter la présidentielle, Ndlr}. Il y a espoir. Il y a surtout une urgence.” Elle a répété comme un “mantra” que “rien n’est écrit”. “Nous devons refuser l’esprit de défaite.” Sous entendu de son camp avec Glucksmann à sa tête.
La présidente de la Région Occitanie a même esquissé, en creux quelques lignes de ce que pourrait être le futur programme présidentiel. Elle ne souhaite pas la suppression des départements mais que leurs missions soient clarifiés. “A l’Etat les missions régaliennes, police, justice, armée…”
Aux département qui a la “bonne distance”, davantage que villes, région et intercos, tout le volet social, le soin en particulier, la petite enfance, le handicap et le grand âge. Et surtout davantage d’autonomie aux régions qui s’occuperaient de l’orientation scolaire, ce qui est cohérent avec ses programmes de formation tout au long de sa carrière et les relations avec les entreprises. “Une nouvelle décentralisation est essentielle.” Mais pas question pour le moment en tout cas d’imaginer d’ici cinq ans un état fédéral à la manière de nos voisins d’outre-Rhin. “Nous n’en n’aurions pas les moyens et nous avons d’autres urgences.” La présidente Delga a aussi évoqué la nécessité d’une “révolution écologique”.
Olivier SCHLAMA