Antivax, dérives… : Aux Thermes de Balaruc-les-Bains, on lutte aussi contre la “fake” médecine

DR

L’interniste Jérôme Larché (qui s’intéresse à la santé du patient dans sa globalité) a fait de l’Occitanie la région pilote dans la prise en charge du covid long très présent avec 2 000 nouveaux patients chaque année et dont le coût social et économique est affolant. Conseiller médical à l’ARS et médecin à la clinique du Parc, fort de sa riche expérience, le médecin lance une série de conférences en partenariat avec les Thermes de Balaruc sur la “fake” médecine.

Plusieurs années après la crise sanitaire traumatisante, où en est-on du covid long ?

Le dispositif, créé il y a quatre ans, est toujours en place. Il s’est structuré dans la durée. Avec 26 établissements de santé et des coordinations dans chaque département, en lien avec les généralistes. Résultat, on a pu diagnostiquer chaque année entre 1 500 et 2 000 nouveaux patients souffrant de covid long en Occitanie (1). Ce qui fait que notre modèle, appelé désormais modèle occitan parce que nous avons été pionniers dans cette région {y compris grâce à l’aide de la Montpelliéraine et ex-ministre Patricia Mirallès, Ndlr}.

Photo : Olivier SCHLAMA

Nous sommes une référence nationale. Ce dispositif, on en a fait quelque chose de structurant et de pérenne. L’objectif est d’en faire un dispositif à mettre en place dans toutes les régions françaises. Car il y a encore beaucoup de patients, dont le nombre n’a pas faibli, qui sont dans des parcours d’errance diagnostique. On fait tout cela aussi pour des raisons économiques.

C’est-à-dire ?

Un gros rapport vient de sortir sur les soins mais aussi l’impact économique du covid long {un rapport affolant, dire ci-dessous, Ndlr}. A l’échelle des pays de l’OCDE, c’est un frein structurel et économique qui nous ampute de 0,2 % à 3 % du PIB. Cela représente plusieurs milliards d’euros par an. Cela inclut toute la question de la productivité, le maintien dans l’emploi compliqué…

Pourquoi le nombre de covid long est-il resté important alors que cette maladie s’est banalisée ?

Jérôme Larché, médecin interniste, spécialiste du covid long. DR

Les cas de covid longs, eux, n’ont pas baissé : nous avons des milliers de patients et des milliers de patients qui n’ont pas été diagnostiqués. Deux millions de personnes ont été évaluées à ce jour en France dont 700 000 sont des cas très invalidant et handicapant. C’est pour cela que je continue à intervenir. C’est une population à 75 % en âge de travail actif. Même s’ils n’ont pas tous arrêté de travailler, ils n’ont pas la même productivité d’avant le covid.

Nous venons de publier une tribune dans les Echos ; nous en préparons une pour le Monde. Les covid longs impactent sur les arrêts de travail. Et puis, la société avait envie de passer à autre chose. On a tous envie de vivre comme avant mais ce n’est plus comme avant… L’actualité est chargée… Mais nous gardons le cap. L’ARS Occitanie reste mobilisée sur ce sujet.

Nous travaillons que les marqueurs biologiques du covid long à l’échelle nationale et à des protocoles thérapeutiques de fond avec des antiviraux, etc. Aujourd’hui, on ne guérit pas du covid long. On peut améliorer dans une certaine mesure la vie des patients. On travaille à un traitement de fond.

Aujourd’hui, fort de cette expérience, vous oeuvrez pour décrypter la “fake” médecine ?

Les patients atteints de maladies chroniques cherchent des solutions. Et c’est légitime. Le problème, c’est que dans cet espace, viennent s’insérer un certain nombre de propositions avec des promesses de guérison simplistes ; des médecines naturelles présentées comme des solutions globales, une défiance envers les traitements validés et, dans un contexte très fort de cette défiance envers traitements et vaccination, les patients covid long apparaissent vulnérables comme le sont d’autres patients avec des pathologies chroniques.

Vous vous lancez dans la bataille en partenariat avec les thermes de Balaruc. Pourquoi…?

Thermes de Balaruc-les-Bains. Photo : Olivier SCHLAMA

Le gouvernement s’est saisi de cette question. Et c’est une bonne chose. En janvier 2026, a été déclinée une stratégie nationale de lutte contre la désinformation en santé. Un rapport a été publié avec des actions et des pistes d’action. On n’en est qu’au tout début. On a réfléchi, par exemple, avec les Thermes de Balaruc-les-Bains à ce que l’on pouvait faire comme action concrète, de terrain, pour traiter cette question.  Envers les patients que je traite et ceux que voient les thermes : ce sont des curistes qui viennent pour des douleurs chroniques ; des covid longs ; des post-cancers.

Nous allons ainsi commencer avec eux le 6 mai un cycle de conférences sur la désinformation en santé. Deux ou trois conférences en trois semaines, le temps de la cure avec une conférence-socle et une ou deux sur des thèmes précis comme les compléments alimentaires. Le but : il ne s’agit pas de dire aux patients ce qu’ils doivent penser mais à leur donner les moyens face aux peurs, aux manipulations et aux promesses de ces médecines alternatives proposent mais surtout leur donner la capacité d’exercer son esprit critique.

Avec ces 50 000 curistes par an, les thermes de Balaruc, c’est la première station en France et un véritable acteur de santé publique. Qui viennent de nombreuses régions. Ils sont là pour trois semaines : il y a du temps pour échanger avec eux sur cette thématique et créer un cycle d’information sur la désinformation en santé. On leur donnera les outils pour exercer leur esprit critique. L’objectif sera d’agréger d’autres acteurs locaux et régionaux. Nous y testons cette proposition. Et dès que nous pouvons l’élargir, nous le ferons.

Quels sont les outils que vous proposez ?

DR

Cela peut être des choses simples. Par exemple, Quels sont les trois signaux à avoir en tête face à une information sur la santé ? Déjà les promesses miracles, il faut se méfier. Cela paraît évident mais quelqu’un qui souffre et qui cherche une solution, si quelqu’un affirme moi j’ai de quoi régler l’entièreté de votre problème, beaucoup peuvent y plonger. Il faut que les gens aient une réflexion active.

Ensuite, est-ce que je peux tracer le produit que l’on veut me vendre ? Si cela apparaît comme ça sur un réseau social ou sur le Net sans autre forme d’explication… Si on me dit que le produit s’achète en pharmacie et qu’il ne coûte pas 500 € par mois, ok. Enfin, le troisième point, c’est l’aspect financier. Il y a aussi l’aspect financier, quand un patient est confronté au paiement de sommes, non remboursées par la Sécu, là aussi on passe notre chemin.

C’est de l’éducation à la santé. C’est pour cela que de donner ces repères dans le cadre d’une cure, c’est intéressant : les gens sont dans un contexte où ils viennent pour des raisons médicales ; ils sont là dans un état de détente. Il y a ce temps de disponibilité qu’ils n’ont pas forcément à d’autres moments.

 On ne parle plus aujourd’hui des seuls “coupeurs de feu”… Les médecines alternatives, c’est quoi ?

DR

Le phénomène des réseaux sociaux qui véhicules beaucoup de choses. C’est ce que l’OMS avait appelé “l’info délit”. Il y a tellement de choses que l’on n’arrive plus à trier le vrai du faux. Et toute la question des influenceurs… Ceux qui se mettent sur ce terrain-là, il y a des intérêts financiers conséquent derrière et en plus une grosse majorité de ce qu’ils vantent est faux…

Il y a plein de publications fausses. Plus d’un tiers des “publications” sur le cancer, par exemple, contenaient de la désinformation. C’est encore plus vrai pour la vaccination. Et c’est un marché colossal pour ceux qui véhiculent ces fake news. Et abusent de la vulnérabilité des patients qui expriment un besoin de solutions. Notre rôle en tant que soignants et institutions, il faut expliquer que certes on ne peut pas répondre à tout mais il faut faire attention à ne pas céder à des choses encore plus délétères pour eux. Que ce soit sur le plan de la santé ou sur le plan financier. Ou des deux.

Et in fine c’est le système médical qui va récupérer ces malades qui auront été dupés…

DR

Oui et s’il y a eu un retard d’accès aux soins validés, le système et les patients sont doublement perdants.

De quelles pratiques “parallèles” parlons-nous ?

Des fameux “compléments alimentaires” ; des médecines alternatives très variées. Certaines sont problématiques qui retardent l’accès aux soins quand ils sont nécessaires. D’autres qui imposent aux patients d’acheter des produits qui coûtent cher et bien sûr ne sont pas remboursés. Et pour des patients que leur situation médicale a déjà mis dans une précarité financière. C’est important de lutter contre la désinformation. C’est aussi pour cela que la Mivilude est souvent impliquée la dedans qui compte plus de 4 500 saisines en 2024 sur la fake médecine, le double de ce qui existait en 2015. C’est dire combien le phénomène est exponentiel. Et plus d’un tiers de ces saisines sont liées à la question de la santé et du bien-être.

Olivier SCHLAMA

(1) Selon la définition de la Haute autorité de santé, ce sont des malades qui ont des symptômes qui persistent au delà de quatre semaines après leur apparition. Et pour lesquels on n’a pas besoin d’avoir un test PCR positif et pour lesquels on a pu éliminer les diagnostics possibles d’autres maladies. Il peut y avoir de très nombreux symptômes. Parmi les plus fréquents : une grosse fatigue, mais pathologique, ce n’est pas un coup de mou ; c’est une fatigue permanente qui vous empêche de vivre. On peut avoir de l’essoufflement ; des douleurs articulaires et/ou neurologiques et neuro-cognitifs diffus (problèmes de concentration et de mémoire, etc.) ; des troubles du rythme…
  • “Un rapport récent de l’OCDE, écrivent Jérôme Larché dans une tribune avec l‘économiste Cécile Philippesur les conséquences socio-économiques et sanitaires du covid long rappelle qu’en 2021 environ 75 millions de personnes étaient touchées, soit 5,3 % de la population de l’OCDE, et qu’entre 3 et 8 % des adultes continuent de vivre avec des symptômes prolongés. On parle donc d’un phénomène suffisamment fréquent et durable pour produire des effets macroéconomiques et institutionnels massifs. Selon ce même rapport, le Covid long a représenté 680 milliards de dollars de pertes dans les pays de l’OCDE en 2021, soit environ 1 % du PIB, et pourrait encore peser entre 0,1 et 0,2 % du PIB par an entre 2025 et 2035. Ces chiffres expriment une réalité simple : l’inaction n’est plus une prudence, elle est inefficiente.

À lire également sur Dis-Leur !

Santé : Avec 15 000 covid longs, l’Occitanie se dote d’un parcours de soins inédit en France

rapport_information desinf ormation en santé 2026
rapport OCDE Covid long 8 avril 2026