Le budget qui sera soumis au vote ce jeudi s’établit à 3,54 milliards d’euros dont 1,15 milliard d’euros d’investissement et ce, malgré la baisse historique des dotations de l’Etat. Et grâce à des économies et un bel autofinancement.
Le budget a été “complexe à boucler mais nous allons arriver à surmonter cette situation budgétaire et continuer à être la première région française en matière d’investissement”. Veille de vote du budget, la présidente de la Région Occitanie, Carole Delga a tenu à expliquer la situation financière de la collectivité “dans un contexte international déroutant”. Un budget établi à 3,54 milliards d’euros pour l’année dont 1,15 milliard d’euros d’investissement (11 milliards d’euros investis par la Région depuis 10 ans).
Ce budget a été difficile à mener principalement à cause d’une décision injuste du gouvernement, dans la loi de finances, demandant aux régions des efforts importants. Pour la Région Occitanie, c’est du simple au double : cela représente au total un manque à gagner de 144 M€, dont 34 M€ en 2026 pour l’Occitanie. Et sur les quatre derniers exercices un total qui n’est pas indolore de 500 M€ de dotation que l’Etat a retiré à l’Occitanie, l’une des régions les plus impactées par cette décision comme les Hauts-de-France et la Normandie.
La manoeuvre du patron des députés LR…
La raison de cette décision ? Elle est à trouver dans la manoeuvre de Laurent Wauquiez, président des députés LR de l’Assemblée, qui a mis dans la balance la non-censure du gouvernement contre une baisse de dotation qui, par ailleurs, impacte davantage l’Occitanie. En fait, Wauquiez a obtenu une baisse de 150 M€ sur ce que versaient les régions, dont la sienne, Auvergne-Rhône-Alpes. Mais, pour compenser, il a demandé et obtenu la réduction de la dotation de compensation de la réforme de la taxe professionnelle qui affecte davantage les régions les plus pauvres dont l’Occitanie (lire ci-dessous). “Le groupe PS à l’Assemblée a d’ailleurs saisi le Conseil constitutionnel ».
“Culture, éducation, agriculture sanctuarisées”
Pour autant, Carole Delga le certifie : certains budgets sont sanctuarisés. “On ne touchera pas à la culture, à l’éducation, l’agriculture. Nous participons par exemple au plan d’urgence de 20 M€ pour les conchyliculteurs” qui ne peuvent plus vendre leur production depuis le début d’année. Tout en gardant le plus haut niveau d’investissement par habitant du pays, avec 177 € (moyenne nationale : 152 €). Alors, comment ? « Nous avons le sens du collectif ; nous savons mettre au maximum à profit les aides de l’Europe ; nous sommes là aussi la première région de France pour les crédits européens. »
Investissements étalés, fonctionnement sobre de la collectivité, diminution des agences régionales
Il y a aussi la diminution des agences régionales qui ne sont plus que trois après des fusions. La présidente de la région ajoute : « En 2025, on avait indiqué aux maires que seuls les projets urgents seront aidés. Nous avons aussi pu étaler des investissements dans le temps. Ce qui a été utile pour acquérir de nouvelles rames TER pour 217 M€. » La région, qui met aussi en avant son autofinancement sait aussi serrer les boulons et renégocie à son avantage de coûteux contrats sur l’énergie ou les contrats d’assurance ainsi que des « mutualisations » et met en oeuvre “un fonctionnement très sobre de la collectivité avec une baisse des dépenses de 0,8 % ». La région a fait le calcul : 170 M€ d’économies en dix ans.
Avant de redire que la question du pouvoir d’achat et les mesures de rentrée scolaire ; le TER à bas prix ; le billet à 1 € ne seraient pas touchés par des économies. S’agissant du billet de train à 1 €, avec cette politique agressive, “cela a fait bondir la fréquentation de 67 % depuis 2019. » Et puis l’endettement de la Région est contenu à sept ans quand le seuil d’alerte est de neuf ans. « La Région consolide son autofinancement brut pour atteindre 509 M€ en 2026 (soit une progression de 11,3% par rapport à 2024). Ainsi, elle finance aujourd’hui 73% de ses investissements avec ses ressources propres.”
Olivier SCHLAMA
Dotations et compensations baissent
Dans le cadre de la loi de finances 2026, l’impact total pour la Région Occitanie est estimé à 144 M€. Cet effort résulte de plusieurs mesures cumulées qui réduisent directement les marges de manœuvre des régions : 108 M€ qui correspondent à la baisse de dotations et à la diminution de compensations fiscales et contributions spécifiques demandées aux collectivités. Cette baisse vient s’ajouter aux décisions successives qui ont déjà diminué les ressources régionales depuis 2023 ; 36,7 M€ qui correspondent à la baisse de la dotation de compensation de la réforme de la taxe professionnelle. Cette baisse ne concerne que les régions dont le revenu par habitant est le plus faible. Certaines régions ne sont nullement concernées par cette décision. Carole Delga dénonce un choix injuste du gouvernement. Elle indique que cette décision pèsera de manière inégale et durable sur les Régions et frappera particulièrement celles déjà confrontées à de forts besoins sociaux et territoriaux.
15 régions saisissent le Premier ministre
Carole Delga, aux côtés de 14 autres présidents de Région, a adressé un courrier au Premier ministre le 4 février dernier : « Première raison de notre fort mécontentement : la décision d’accepter un amendement qui réduit de 180 M€ les dotations de six Régions métropolitaines sur douze introduit une rupture manifeste du principe d’équité territoriale.”
Dans son rapport transmis à la Région le 19 janvier 2026, la Chambre régionale des comptes Occitanie (CRC) souligne la gestion rigoureuse des finances régionales entre 2020 et aujourd’hui dans un contexte marqué par des crises successives, une inflation élevée, la baisse des recettes liées aux réformes fiscales et les multiples contraintes budgétaires imposées par l’État. La Région a ainsi limité la hausse de ses dépenses de fonctionnement à 3% entre 2022 et 2024 avec une inflation de 5,9% pour la même période, soit une baisse en volume de près de 3%.
Dans le même temps, la CRC souligne que « la Région a stabilisé ses effectifs » et que l’évolution de la masse salariale résulte « principalement de mesures extérieures ». Cette trajectoire maîtrisée permet de maintenir une « politique d’investissement soutenue », avec près de 1,2 milliard d’euros investis par an entre 2021
et 2024, dans un cadre d’endettement jugé « soutenable ».