Centres-villes : Ce dispositif qui dynamise les projets locaux

Photo : Ville de Frontignan.

La région Occitanie a créé il y a un an un dispositif sur-mesure pour aider les petites villes à l’élaborer des projets. Ces contrats Bourgs-Centres font l’unanimité. Dis-Leur fait le point en prenant l’exemple de Frontignan, 23 000 habitants, entre Sète et Montpellier.

Centres-bourgs, bourgs-centres, centres-villes, coeurs de ville, contrats de ville, contrats territoriaux, contrat de plan, les aides Anru, Fisac… Quel que soit le résultat des élections municipales en mars 2020, le mille-feuille de dispositifs qui se penche sur les âmes désespérées de nos villes persistera. Trop d’enjeux. Où l’équanimité des politiques sur ce sujet domine.

C’est dans ce contexte que le conseil régional d’Occitanie a créé son propre dispositif, bourg-centre, qui s’adresse aux communes de plus de 1 500 habitants et qui, aux côtés de l’intercommunalité et du Département dont elles dépendent, cofinance des projets locaux. Exemple : sur le projet de halte fluviale de Frontignan, la Région apportera entre 15 % et 30 % du coût total estimé à 5 millions d’euros ; idem pour la passerelle menant au futur cinéma d’un coût de 500 000 euros. En fait, la Région contractualise avec une Agglo, un Pays, un PNR, etc., à l’intérieur duquel certaines communes peuvent bénéficier – ou pas – de cette démarche. Le but : soutenir l’attractivité de ces petites villes comme c’est le cas de la cité muscatière, à mi-chemin entre Montpellier et Sète. Comme cela a été répété vendredi dernier lors de la signature, à Frontignan. Une ville symbolique pour ce genre de dispositif qui a fait l’unanimité malgré les tensions politiques habituelles entre son maire et le président de l’agglo. Un bon exemple d’un contrat bien partagé.

François Commeinhes, Pierre Bouldoire, André Lubrano. Photo : Olivier SCHLAMA

Quatre axes ont été définis pour quatre ans pour cette commune de 23 000 habitants qui va au-delà du cadre d’intervention du pur périmètre du centre-ville, arguant du fait qu’il tire sa vivacité : le renforcement de l’attractivité par l’amélioration du cadre de vie, de ses infrastructures de transports et la reconquête de ses friches industrielles.

Économie, espaces publics, habitat, patrimoine, etc.

L’argent de la Région Occitanie viendra ainsi compléter des tours de table, comme celui de la réfection de l’ancienne route nationale et sa requalification en boulevard urbain ; ou celui qui permettra de transformer une friche industrielle en un lieu de vie, comme c’est le cas avec l’ancien site Lafarge, etc. Ce contrat Bourg Centre interviendra aussi dans les domaines de l’économie, des espaces publics et de l’habitat et du patrimoine. Avec des projets majeurs à soutenir : création d’un pôle multimodal sur l’ex raffinerie ; réfections de rues et de places ; modernisation du port de plaisance ; création d’une maison des loisirs et d’un cinéma…

Halte Plaisance FrontignanLe président de l’Agglopôle et maire de Sète a souligné que ce genre de contrat, hormis Frontignan « avait été signé à Marseillan, et le sera bientôt à Mèze et Poussan ». A l’échelle de la région, sur 758 communes éligibles, 450 ont déjà fait connaitre leur intention de s’engager dans la démarche, 169 contrats ont déjà été approuvés concernant 188 communes (un contrat pouvant concerner plusieurs communes dans un objectif de cohérence territoriale) et 268 contrats sont en cours d’élaboration. Pour une enveloppe globale difficile à établir. François Commeinhes a rappelé que son intercommunalité avait, en précurseur, décidé, « avant ces contrats bourgs-centres de créer un fonds de concours de 1 million d’euros pour chaque commune », preuve de l’intérêt de redynamiser coûte que coûte tous les centres.

Faire du sur-mesure et aller plus vite

Ph. O.SC.

« Cette contractualisation va permettre à Frontignan de faire du sur-mesure », a souligné lors de la signature André Lubrano, conseiller régional représentant Carole Delga. « Cela va permettre d’aller plus vite sur la reconquête d’espaces comme les friches industrielles comme Frontignan en a beaucoup et qui grèvent notre budget. Cela nous apporte surtout de la visibilité à moyen et long terme » pour des projets que la commune ne ferait que petitement ou à petits pas. Ces contrats-là atténuent notre incertitude. »

Et, son grand avantage, c’est que l’argent de la Région qui complète un projet qui « peut venir sur des projets dans toute la ville, pas seulement sur le centre-ville », souligne Pierre Bouldoire. Ce sera ainsi le cas « d’une passerelle d’accès au futur cinéma »... Lequel ? On ne sait pas vu les polémiques autour des cinémas entre Sète et Frontignan. Mais le côté positif c’est que « quelles que soient les tensions – et c’est normal, c’est la démocratie – il y a aussi des axes essentiels qui nous rapprochent ». Idem pour le futur palais des sports « où l’enquête publique rapprochera nos positions ».

Il dynamise a priori des projets, oblige les communes à avoir une vue d’ensemble et permet des interactions globales »

Sylvie Glaizol, directrice-adjointe CAUE de l’Hérault
Frontignan, le centre ancien. Photo : Ville de Frontignan.

Sollicitée, Sylvie Glaizol, directrice-adjointe du CAUE de l’Hérault, ‘(Conseil d’architecture d’urbanisme et de l’environnement), dit : « Dans l’absolu, ce dispositif auquel nous avons été associés est une bonne démarche. Il dynamise a priori des projets, oblige les communes à avoir une vue d’ensemble et permet des interactions globales. D’autant plus que le département de l’Hérault est maillé de petites villes. Après, je reste prudente sur la qualité des projets. De la qualité paysagère et environnementale. Le CAUE est saisi ponctuellement par certaines collectivités ».

Mais pas toutes. Sylvie Glaizol ajoute : « Nous ne sommes pas en prise directe avec ce dispositif. Mais en soutien. » Comme d’autres métiers que la Région Occitanie a organisé « en bouquets » d’appui pour aider les collectivités dans l’aboutissement de leurs projets. « A Frontignan, par exemple, où nous sommes intervenus pour appuyer leur OPAH (opération d’amélioration de l’habitat) et où nous avons fait tout un travail de sensibilisation, c’est une collectivité très engagée. Et concernée par la qualité. »

Vice-présidente de la région Occitanie, en charge de l’aménagement du territoire et des politiques contractuelles, Florence Brutus,  explicite : « Ce qui a de nouveau avec ce dispositif c’est que les communes se penchent sur leurs besoins à trois, cinq ou dix ans. Certains demandent d’être accompagnées par un bureau d’études. Il n’y a pas d’enveloppe financière prédéterminée à proprement parler pour l’ensemble des contrats bourgs-centres. Ce que l’on peut dire c’est que notre pourcentage d’intervention sur un bourg-centre est entre 15 % et 30 % du coût total. Si on doit participer à la réalisation d’un plateau sportif, à une action culturelle, à la réfection d’une route, nous le faisons à cette hauteur en fonction des besoins. C’est du sur-mesure. »

Olivier SCHLAMA

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