Distinction : Un Montpelliérain reçoit le prix Albert-Londres

Tristan Waleckx, 3e à partir de la gauche, a reçu le prix cet après-midi. Photo : DR.

Agé de 33 ans, Tristan Waleckx, un journaliste de Complément d’enquête sur France 2, a obtenu ce 4 juillet après-midi à Paris le plus prestigieux prix décerné par la profession chaque année depuis 33 ans dans la catégorie audiovisuel pour son enquête Bolloré, Un Ami qui vous veut du Bien diffusé le 7 avril 2016.

« Je n’ai pas pu aller aux obsèques de Louis Nicollin à cause de la remise des prix Albert-Londres à Paris, cet après-midi. » C’est la blague d’un très sérieux journaliste qui revendique ses racines montpelliéraines  : Tristan Waleckx. Il est Montpelliérain. Il a 33 ans. Et vient d’être distingué du prix Albert-Londres, la plus haute distinction de la profession en France pour son reportage sur Vincent Bolloré, le milliardaire, diffusé sur France 2 dans l’émission Complément d’enquête. Il a été félicité par Delphine Ernotte, présidente de France télévision en personne, qui l’a qualifié de « journaliste d’investigation de talent ».

« J’ai grandi à Montpellier, j’ai été scolarisé au lycée Joffre ; après, je suis allé en faculté d’histoire à l’université Paul-Valéry. Après la maîtrise, j’ai alors intégré l’école de journalisme de Lille », commente-t-il Son diplôme en poche en 2007, Tristan Waleckx débute comme rédacteur télé sur TF1, avant d’intégrer la prestigieuse émission de France 2, Complément d’enquête.

Tristan Walexcx, le rédacteur, et son confrère JRI Mathieu Régnier. Tous deux ont eu la plus prestigieuse distinction de la profession : le prix Albert-Londres. Photo : DR

Bolloré avait tenté d’en empêcher la diffusion

« Ce prix albert-Londres est aussi une récompense toute particulière de la profession. Je le prends comme un soutien. » Cette enquête de Tristan Waleckx et de Mathieu Régnier, son camarade  JRI (journaliste reporter d’images) de 34 ans, celui qui a filmé, avait largement défrayé la chronique : le tycoon Vincent Bolloré avait tenté d’en empêcher la diffusion. « On a même reçu trois plaintes dont deux pour diffamation  : en France, au Cameroun et une troisième devant un tribunal de commerce », précise Tristan Waleckx. L’homme d’affaires n’arrivera pas à contrer l’audace des journalistes très bien documentés. Les millions de télespectateurs ont pu voir le travail de cette équipe de journalistes qui ont décrypté la réussite de l’homme d’affaires. « On a cherché à faire sa biographie en expliquant qu’il a commencé dans la papèterie, avec OCB, la marque pour papier à cigarettes à rouler. Puis, comment il s’est lancé dans les affaires en Afrique et les plantations d’huile de palme dont les sous-traitants avaient des soucis avec les conditions de travail des ouvriers. On a aussi montré comment en Afrique il a obtenu des concessions portuaires, entres autres. Il y a eu aussi la façon dont il s’y est pris avec Canal  Plus et iTV. « C’est tout cela  qui ne lui a pas plu, ajoute Tristan Waleckx. Encore une fois c’est très courageux de la part du jury du prix Albert-Londres qui, en plus, est en recherche de mécènes. »

Sur son site internet, l’organisation du prix Albert-Londres dit : Tristan Waleckx et Matthieu Rénier ont choisi un sujet plus périlleux et plus difficile qu’il n’y parait : l’industriel français, homme d’affaires et patron de médias, Vincent Bolloré. Autant dire qu’ils ont bourlingué, de la Bretagne natale du tycoon aux sièges de Vivendi et de Canal +, sans oublier l’Afrique (d’où proviennent 80 % des bénéfices du groupe), ses installations portuaires et ses plantations d’huile de palme ; et que le voyage visant à saisir la personnalité, mais aussi les méthodes, aspirations et ressorts de  Vincent Bolloré fut compliqué. Le jury a apprécié la rigueur de ce travail qui illustre l’indépendance et l’audace de la télévision de service public en matière d’investigation ».

Dans un clin d’oeil sur Twitter, la CFDT de Canal Plus conclut : « Si vous faites un épisode 2, on est là. »

Olivier SCHLAMA