Romanité : Narbonne se prépare à tourner la page

L'une des images de l'album Quadratura... à découvrir bientôt... (éd. Passé Simple).

Le musée Narbo Via ouvrira ses portes en 2020, avec l’ambition de faire revivre la cité antique de Narbo Martius, en rassemblant l’ensemble du patrimoine romain de la ville de Narbonne, aujourd’hui éparpillé entre 3 musées et plusieurs réserves et dépôts archéologiques. Et pour se replonger dans l’Histoire, l’architecte, archéologue et ancien chercheur au CNRS, Jean-Claude Golvin crée une BD avec Narbo-Martius pour toile de fond…

C’était parfois l’oubliée de la romanité en Occitanie. Pourtant, face aux « monuments » que sont Nîmes et Arles, la voisine provençale, Narbonne a de fort beaux atours à faire valoir. Ainsi, attentive à valoriser ce patrimoine, la Ville de Narbonne a fait le choix de confier de nombreuses pièces exceptionnelles de ses musées pour constituer les collections présentées dans le futur musée de la romanité Narbo Via.

Un transfert d’oeuvres par étapes

A Narbonne, on déménage pour mettre en valeur l’Histoire …

Dans ce contexte, une grande opération de transfert d’oeuvres a débuté au mois de septembre, entraînant la fermeture du Musée archéologique pendant plusieurs semaines, pour la deuxième phase d’une grande opération de transfert d’oeuvres, dont la première étape s’était déroulée au printemps.

Cette fois, une grande quantité de pièces ont été retirées des salles du Musée archéologique par les équipes du Narbo Via : lapidaires, enduits peints, mosaïques, petits objets, etc. Après leur restauration ou leur nettoyage, elles sont placées dans les réserves du futur musée, où elles bénéficieront d’une nouvelle muséographie mettant en lumière l’histoire romaine de Narbo-Martius, première colonie fondée hors d’Italie en -118 avant J.-C.

A noter que le Musée lapidaire est à son tour, concerné par une opération similaire depuis le 8 octobre, date à laquelle il a fermé ses portes. Après ces transferts, le Palais-Musée des Archevêques pourra installer, à partir de janvier 2019, sa nouvelle muséographie, qui valorisera ses exceptionnelles collections (45 000 pièces) autour de quatre axes majeurs : « Monumental », autour de la découverte de l’ensemble palais-cathédrale; « Préhistoire et Protohistoire »; « Moyen Âge », avec les riches collections wisigothiques et médiévales de la Ville; enfin, « Arts », consacré aux collections de peintures, arts décoratifs et arts extra-européens.

Celui qui n’a pas oublié la gloire antique de Narbonne, c’est l’architecte, archéologue et ancien chercheur au CNRS, Jean-Claude Golvin, considéré comme le premier spécialiste au monde de la restitution par l’image des grands sites de l’Antiquité.

Narbo-Martius, comme si vous y étiez…

Lorsqu’il était enfant, Jean-Claude rêvait de devenir dessinateur de bandes dessinées. Pendant des décennies, ses restitutions ont inspiré les plus grands dessinateurs travaillant sur l’Antiquité, Jacques Martin (Alix), De Gieter (Papyrus), Laurent Sieurac (Arelate) ou Philippe Delaby (Muréna). Ce dernier déclarait : « J’ouvre Voyage en Gaule romaine (un des nombreux ouvrages illustrés par Jean-Claude Golvin, NDLR) et en avant ! » En 2017, ses aquarelles ont même servi à reconstituer les décors de l’Égypte antique pour le célèbre jeu Assassin’s Creed Origins.

Aujourd’hui, ce grand archéologue et illustrateur a décidé de se jeter à l’eau en dessinant sa première BD. En collaboration avec la scénariste Chantal Alibert (docteur en Histoire, auteure de romans policiers et spécialiste de Narbonne), il a conçu une intrigue captivante se déroulant au IIIe siècle de notre ère, avec pour théâtre Rome et la première capitale de la Gaule, Narbo-Martius.

Un cahier spécial de 16 pages, regrouant planches et crayonnés de l’auteur, l’un des contreparties de l’opération de financement participatf. (éd. Passé Simple)

Premier tome d’un dyptique qui se terminera en Egypte, Quadratura (c’est le titre) se déroule sous le règne du cruel et sanguinaire empereur Caracalla. De Rome à Narbo-Martius, des conspirateurs, un mathématicien poignardé, une secte d’adorateurs du Dieu Seth, une jeune romaine adepte de la déesse Isis… Et le jeune Cassius qui, avec son ami Lucius tente de démêler le trouble écheveau de cette riche intrigue sur fond de réalité historique, avec au centre le port de Narbo-Martius, l’un des plus grands de l’antiquité (après Rome) aujourd’hui enseveli sous les étangs…

L’album fait l’objet d’un financement participatif sur le site Ulule (y accéder en cliquant ICI) et mérite tout l’intérêt des amateurs de BD, comme des amateurs d’Histoire. Il est encore temps d’y participer, avant la fin de la semaine…

Une BD pour « rêver » à Narbo-Martius

Laissons la parole à Jean-Claude Golvin qui explique sa démarche sur Ulule : « Je n’ai jamais considéré la BD comme un art mineur mais comme un moyen d’expression complémentaire de bien d’autres et fort utile. La BD permet d’aller plus loin dans l’évocation des villes anciennes car c’est un genre qui autorise de faire largement appel à la proposition et à l’imagination. C’est bien là, le problème posé par la ville antique de Narbonne qui sert de cadre à nos personnages (…) On connaît trop mal Narbonne antique pour en faire une représentation d’ensemble détaillée scientifiquement solide (…) Mon seul but est d’offrir un décor architectural suffisamment crédible à notre histoire. (…) Nos images permettent simplement de rêver à Narbo-Martius.. » et c’est déjà beaucoup !

Pour découvrir toute la palette de l’artiste, le site perso de Jean-Claude Golvin : en cliquant ICI.

Philippe MOURET