Narbonne : L’insécurité s’installe… pour les étourneaux

Comme dans Les Oiseaux, le film d'Alfred Hitchcock, les étourneaux occupent les hauteurs de la ville... Photo D.-R.

Dans son film, Les Oiseaux (1963)Hitchcock avait su donner à de banals volatiles l’aura de créatures mortellement dangereuses. Sans susciter la terreur, le retour annuel des étourneaux est un véritable casse-tête pour de nombreuses collectivités. La ville de Narbonne a choisi de riposter… Peur sur la ville !

Des nuages formés de milliers d’étourneaux, qui cherchent châleur et sécurité dans les villes. Photo D.-R.

À l’automne, les étourneaux viennent chercher dans le cœur des villes un lieu pour passer la nuit en toute sécurité. Ils recherchent principalement de la chaleur, de la lumière et l’absence de prédateurs. Les « dortoirs » d’étourneaux  sont donc majoritairement des parcs urbains offrant l’opportunité à plusieurs milliers d’individus de passer la nuit ensemble. Mais de tels regroupements entraînent de fortes nuisances sonores mais également olfactives, à cause des fientes qui, d’autre part, dégradent le bâti et les carrosseries des véhicules. La cohabitation avec l’Homme devient ainsi difficile… Dans l’Aude, Narbonne a choisi la riposte aérienne : des rapaces contre l’invasion !

Eviter la pyrotechnie

« Soucieuse du confort de ses habitants, et afin de lutter contre les nuisances générées par les étourneaux en ville, la Ville de Narbonne renouvelle sa stratégie d’effarouchement de ces volatiles par le recours à des fauconniers spécialisés. Depuis 2015 et grâce à des rapaces spécialement entraînés, le service Hygiène et Salubrité, dont Guy Clergue est l’élu référent, tente de dévier les circuits de migration de ces volatiles, afin de préserver le patrimoine bâti et les véhicules des dégradations causées par cette invasion saisonnière », précise un communiqué.

Cette stratégie, qui a commencé lundi 24 septembre, vise également à « réduire les nuisances sonores générées par les tirs de feux d’artifices, habituellement utilisés pour faire fuir les étourneaux, en ayant recours à un nouveau mode d’effarouchement naturel et moins bruyant. » Des moyens pyrotechniques pourront cependant être utilisés ponctuellement, pour optimiser l’impact de
la campagne d’effarouchement. mais « leur utilisation sera limitée au
maximum. »

Une entreprise gardoise sollicitée

L’un des 5 rapaces sélectionnés par la société gardoise Eco-nuisibles… Photo D.-R.

Les services de l’entreprise nîmoise Eco-nuisibles ont été sollicités pour cette opération annuelle. Compte tenu de la grande taille du territoire à couvrir et de l’importance du nombre d’étourneaux présents, elle déploie d’importants
moyens : pas moins de cinq rapaces spécialisés sont lâchés par deux fauconniers. Ce fonctionnement permet d’optimiser l’efficacité de l’opération en agissant sur différents sites simultanément. Afin d’assurer l’efficacité de l’intervention, diverses espèces de rapaces sont utilisées : un autour des palombes (accipiter gentilis), un faucon pélerin (falco peregrinus) et trois buses de Harris (parabuteo unicinctus).

Le but de ces opérations est de « créer un climat d’insécurité au sein de la colonie implantée, avec un harcèlement des étourneaux effectué sur une période de quatre jours consécutifs… » Ce mode opératoire permet de déplacer la colonie en dehors de la collectivité. L’entreprise interviendra du lundi au jeudi soir pour faire fuir les étourneaux qui résident dans la ville. A noter que l’étourneau sansonnet, plus communément désigné comme étourneau en France, est une espèce classée comme « nuisible » (arrêté ministériel du 30 juin 2015). A ce titre, il peut être piégé toute l’année et en tout lieu.

Comme c’est le cas depuis 2015, c’est l’entreprise gardoise Eco-nuisible qui a été choisie. Cette société pratique la fauconnerie traditionnelle, qui s’applique à conserver l’instinct naturel de chasse des rapaces. Ces volatiles sont entraînés quotidiennement afin qu’ils ne se spécialisent que sur un seul type de gibier.
Les fauconniers disposent d’un certificat de capacité relatif à l’élevage de rapaces et à la pratique de l’effarouchement à l’aide d’oiseaux de proie, ainsi que d’un agrément pour le piégeage. Par ailleurs, l’équipe de fauconniers a suivi une formation militaire aux moyens pyrotechniques.

Philippe MOURET