Museum de Toulouse : Noël au balcon, Pâques aux expositions

L'île de Pâques, en vedette à travers l'Occitanie et actuellement à Toulouse. ©Musées royaux d'Art et d'Histoire de Bruxelles.

Des Moai ont poussé en Occitanie ! Le Muséum d’histoire naturelle de Toulouse, le musée Fenaille de Rodez et le musée Champollion – Les Écritures du Monde de Figeac se sont associés pour proposer depuis l’été 2018 trois expositions complémentaires qui rassemblent un ensemble rare et unique d’objets issus des principales collections publiques et privées sur l’île de Pâques…

Chacun pourra découvrir les multiples facettes de cette île par le prisme des thèmes développés dans les différents lieux : l’univers fascinant des représentations sculptées à Rodez, l’énigmatique écriture rongorongo et les récits d’explorateurs à Figeac,  l’histoire ancienne et contemporaine de l’île dans ses dimensions naturelles, culturelles et sociétales à Toulouse (*). Les expositions de Figeac (dans le Lot) est Rodez (Aveyron) sont malheureusement terminées. Mais celle de Toulouse (Haute-Garonne) se poursuit, quant  elle, jusqu’au mois de juin 2019.

A la découverte du « nombril du monde »

L’île de Pâques, support de rêves et de mystères supposés… ©Musées royaus d’Art et d’Histoire de Bruxelles

Depuis l’aventure polynésienne jusqu’à nos jours, l’île de Pâques et ses habitants ont traversé une histoire mouvementée et très commentée mais peu connue en réalité. Comment l’insularité extrême a-t-elle façonné ce territoire si singulier ainsi que ceux qui y vivent ? Comment les hommes ont-ils pu édifier les fameux moai , si connus dans le monde entier ? Pourquoi ces édifications se sont-elles interrompues ? Pourquoi cette île est-elle, pour certains, aussi emblématique des relations complexes entre les humains et leur environnement ? Le Muséum de Toulouse propose de raconter cette histoire en présentant des pièces uniques issues de collections rarement réunies en France. L’exposition propose un nouveau regard nourri des témoignages actuels des Pascuans eux-mêmes et des dernières avancées de la science sur l’histoire naturelle et culturelle de Rapa Nui.

Le « nombril du monde »… Issu d’une erreur de traduction, ce nom entretient la réputation de l’île de Pâques, perdue dans le Pacifique et à laquelle, depuis le XVIIIe  siècle, on ne cesse d’attacher une réputation de mystère, tant l’histoire et les savoir-faire de ses habitants paraissent exceptionnels. Mais les mystères servent d’abord à masquer les ignorances. Cette exposition propose un autre regard sur la civilisation pascuane dont l’originalité tient exclusivement aux initiatives des générations successives qui l’ont formée. Peuplée il y a près de mille ans par des Polynésiens forts d’une histoire déjà longue, l’île poursuit son destin, dorénavant ancré dans le monde global. Loin d’être le « nombril du monde », le lieu est d’abord singulier et captivant.

L’île de Pâques, culture et environnement au Museum

Une exposition diverse, ludique, passionante ! ©Museum de Toulouse

Cette exposition, par la diversité des thématiques abordées, s’ouvre vers de nombreuses disciplines : environnement, biodiversité, géographie, géologie, botanique, climatologie, linguistique, ethnologie, anthropologie, archéologie, art… Jusqu’en juin 2019 elle est au centre d’une programmation culturelle ponctuée de rendez-vous réguliers tout au long de l’année. Des rencontres, conférences des « jeudis du Muséum » faisant intervenir les spécialistes sur l’actualité de la recherche, mais aussi animations, spectacles, ateliers pour toute la famille, etc.

« Le Muséum de Toulouse avait à cœur de réaliser une exposition sur l’île de Pâques depuis de nombreuses années. Ceci à la suite de l’acquisition à la fin des années 1980 d’objets issus de la collection de Pierre Loti provenant de sa venue sur l’île en 1872. Les équipes du Muséum s’étaient d’ailleurs ensuite rendues en 1990 au Musée de l’Homme de Paris pour y mouler un moai qui devait être l’une des pièces maîtresses de cette exposition », explique le directeur du Museum, François Duranthon…

Pour lui, « l’île de Pâques est un concentré de réflexions scientifiques et philosophiques sur notre devenir » et dans ce contexte, « l’île de Pâques peut être entrevue comme un laboratoire scientifique nous renseignant sur l’état du monde aujourd’hui. Face à la raréfaction des ressources et de la biodiversité, quels rôle sont joué et joueront demain les êtres humains ? »  La science a progressé ces derniers années et l’histoire du peuplement de cette île éloignée du monde « s’est aujourd’hui précisée », souligne François Duranthon, « remettant en question les théories les plus partagées. La question du réchauffement climatique s’est aussi affirmée, interrogeant sur le devenir des îles du Pacifique… »

Les fantasmes et  la réalité

S’intégrer à l’univers de Rapa Nui… ©Museum de Toulouse

L’exposition toulousaine est divisée en six « zones » allant de « La chambre des illusions » qui répond aux nombreux « mystères » supposés ayant accompagné l’érection des Moai (900 ont été recensés sur l’île) jusqu’à « L’avenir en héritage », qui souligne l’ancrage des 6000 habitants restants sur l’île -dont beaucoup sont les descendants directs des Polynésiens qui édifièrent ces grandes statues- dans le monde contemporain.

Au fil de ces zones, on découvre notamment que si l’île de Pâques est aujourd’hui une vaste steppe, lors de l’arrivée des premiers colons polynésiens, elle était couverte d’une forêt composée de milliers de palmiers. Hommes et climat contribuèrent au déboisement dont le parachèvement remonte au début du XXe siècle avec l’introduction, par une compagnie écossaise, de milliers de moutons. Mais aussi la passion de Pierre Loti, l’écrivain et officier de marine français (1850-1923) qui fut l’un des derniers témoins de la vie traditionnelle des Pascuans. Dont il fit le récit dans la revue L’Illustration, puis dans son roman Reflets sur la sombre route.

L’île de Pâques, comme l’écrivait Pierre Loti, garde dans l’imaginaire occidental l’image « d’un pays à moitié fantastique, d’une terre de rêve. » L’île de Pâques fascine par ses réalisations singulières, matérialisées par ses sculptures en pierre monumentales, l’invention d’un système d’écriture unique dans le Pacifique ou la réalisation de sculptures en bois d’une extraordinaire liberté formelle. Un voyage extraordinaire qui mérite largement de s’attarder un moment du côté de Toulouse… C’est quand même moins loin que de se rendre sur cette île chilienne dont le nom signifie « le centre de la Terre » en rapanui… Belle concurrence pour la gare de Perpignan !

Philippe MOURET

(*) Chacune de ces expositions est reconnue d’intérêt national par le ministère de la Culture/Direction générale des patrimoines / Service des musées de France. Elles bénéficient à ce titre d’un soutien financier exceptionnel de l’État. Museum de Toulouse, 35 allées Jules-Guesde, ouvert tous les jours de l’année, du mardi au dimanche, de 10h à 18h. www.museum.toulouse.fr  Renseignements : museum@toulouse-metropole.fr 05 6773 84 84

Quelques réponses…

L’île de Pâques, vestige d’un continent englouti ? Dans les années 1920, l’écrivain britannique James Churchward créa la mystification du continent englouti de Mu. L’argument le plus élémentaire à l’encontre de cette folle hypothèse tient de la géologie. Les îles du Pacifique se forment grâce à des volcans sous-marins. Ce n’est donc pas à la perte de continents que l’on assiste mais à la poussée de nouvelles terres. Toutes ces îles sont ensuite rongées par les flots pendant des millions d’années. Il n’y a donc aucune place dans cette dynamique pour des cataclysmes ou de vastes pays brusquement disparus.

Et si des extraterrestres avaient fabriqué les moai ? On prête souvent aux monuments de l’île de Pâques des dimensions fabuleuses, hors des possibilités humaines, surtout au regard des moyens techniques limités de jadis (ni roue, ni métal). Mais qui oserait prétendre que les églises gothiques tiennent de
l’inconcevable ? Pourtant, les clefs de voûte des cathédrales pèsent parfois plus que les statues (moai) et sont placées en équilibre à des hauteurs étonnantes. Force est de constater que l’érection au sol de blocs de quelques tonnes est une opération d’une banalité certaine de par le monde.

Les grands moai de pierre Les dimensions parfois très impressionnantes de quelques statues ont, de tout temps, suscité des récits plus ou moins fabuleux, certains considérant même que les moyens de leur fabrication et de leur
transport relevaient de l’impossible, voire du surnaturel. Il faut raison garder et, si les techniques exactes des temps jadis sont aujourd’hui oubliées, il n’y a rien là qui sorte de l’ordinaire et du possible. Les grands moai sont d’ailleurs en tuf, roche constituée de cendres volcaniques agglomérées, matière facile à travailler et de faible densité.

Le transport des Moai Les hypothèses les plus folles ont été émises quant au transport des moai, car on a toujours pensé que les Pascuans ne déplaçaient que des géants entièrement sculptés, soit des œuvres assez fragiles. Mais ce sont des ébauches qu’ils ont probablement transportées. Aussi, cordages et chemins de rondins étaient-ils suffisants. Des expériences ont montré qu’un bloc de dix tonnes tiré sur un traîneau de bois par une soixantaine de personnes pouvait parcourir
15 km en une semaine. Or, la plus grande distance entre les carrières et un monument est de 25km, soit quinze jours de travail !