Expo au Miam : Kinshasa Chroniques, la ville comme si vous y étiez…

La camionnette peinte par Moke Fils, dès l'entrée au Miam de Sète, on est prié de s'embarquer, direction Kinshasa ! photo Ph.-M.

Kinshasa Chroniques, c’est le titre de la nouvelle exposition au Miam (Musée international des arts modestes) de Sète. Un événement coproduit avec la Cité de l’architecture et du patrimoine. Plus de 70 artistes africains servent ainsi de guides pour une plongée au(x) coeur(s) de la capitale de la République démocratique du Congo…

Le groupe des artistes présents au Miam, mais en tout ce sont les oeuvres de 71 créateurs qui sont présentées à Sète. Photo Ph.-M.

Ne vous fiez pas à l’affiche, qui ne rend pas vraiment justice au foisonnement d’ambiances et de couleurs, à la formidable énergie qui s’expriment à travers ces Chroniques en ouvrant une porte sur la troisième ville d’Afrique. « Créer est un acte d’engagement, d’adhésion à la ville ; La pratique de l’art se comprend ici comme une pratique de construction de l’urbain… » La ville telle qu’ils la vivent, dans un parcours qui n’est ni exhaustif, ni rectiligne.

Dès l’entrée, la camionnette de Jean-Marie Mosengo Odia (dit Moke Fils) propose de vous embarquer pour un périple qui s’annonce plutôt chaotique ! « Souvent bondés, inconfortables, et dans l’expérience de nombreux Kinois (les habitants de Kinshasa, NDLR), dangereux. Pourtant, en raison des prix qu’ils pratiquent et parce qu’ils se rendent dans les quartiers les plus reculés ils [les « combis »] attirent une très importante clientèle… » c’est le sujet de prédilection de Moke Fils qui, pour le Miam, a substitué à la toile une authentique camionnette…

Un double-plan et des déambulations…

Mega Mingiedi, présente ses « plans », Kinshasa I et Kinshasa II… Photo Ph.-M.

En préambule, moment d’arrêt dans le couloir d’accès aux salles, pour un coup d’oeil aux superbes plans signés Mega Mingiedi… Un dyptique qui souligne la complexité de Kinshasa, cette cité de 13 millions d’habitants, qui s’étend sur environ 10 000 km2 (dix fois la surface de Paris !). Talent identique, mais visions différentes, voire opposées, entre Kinshasa I, qui reprend le « plan officiel » et Kinshasa II, ou la ville vue par les Kinois eux-mêmes…

Passé le rideau fait d’une immense photo, on entre dans le vif du sujet… L’exposition s’articule autour de neuf « chroniques », offrant chacune un panorama sur un thème. « Si les thématiques sont diverses (ville musique, ville paraître, débrouille, capitaliste, etc., NDLR), elles n’ont pas pour autant l’objectif d’offrir une vision englobante de Kinshasa. il s’agit plutôt de suggérer des pistes, ou encore des points d’entrée… » Les diverses étapes ainsi définies proposent des pistes que chacun peut choisir de suivre de façon linéaire, ou au contraire en déambulant au gré des sensations qui ne manqueront pas…

Découvrez La tour : une utopie concrète

Foisonnante, multiple… Il serait vain de vouloir énumérer tous les détails des oeuvres présentées. Alors, quelques coups de coeur, depuis les photographies de Gosette Lubondo (Imaginery trip) aux costumes délirants de « l’homme canette », l’homme capote » ou « l’homme cacahuète »… Ou la superbe troupe de petits robots de Bienvenu Nanga, horde de cyborgs créés pour l’expo. Un mot également des nombreuses bandes dessinées, présentées, en particulier celle signée Alain-Piazza Dinsundi (Kin, ville politique), du collectif Bulles africaines.

Une tour pour utopie concrète, comme un symbole de Kinshasa…

Enfin, ne surtout pas manquer la découverte de La tour : une utopie concrète, une vidéo réalisée en 2015 par Sammy Baloji et Filip de Boeck : à Limete, dans la partie est de Kinshasa, s’élève une tour de douze étages, inachevée et irrégulière, construite sans architecte par un médecin qui se dit spécialiste de l’aéronautique et de l’espace. « Tout ensemble gratte-ciel, pyramide et citadelle de douze étages, défiant les lois de la gravité et du zonage municipal, cette étrange proposition architecturale se lit comme une vision messianique d’un futur urbain plus vivable » nous dit-on…

Il y est question de terrasses vertes pour y faire paître des chèvres, d’espaces médicaux, de lieux pour les philosophes et les artistes et… de tour de contrôle aéronautique ! Mais pour l’instant, il n’y a pas d’eau, ni d’électricité et le béton nu demeure. Une belle illustration de cette folle cité de « K » – toute de couleurs et de démesure, de talents et de créativité – dans laquelle il est fortement conseillé d’aller se perdre en s’enfonçant dans les entrailles du Miam de Sète.

Philippe MOURET

L’exposition Kinshasa Chroniques est une coproduction du Musée international des Arts modestes de Sète (www.miam.org) et de la Cité de l’architecture et du patrimoine, à Paris (www.citedelarchitecure;fr).