Aveyron : à la rencontre de « Femmes d’action » des Grands Causses

Martine Rouquette présente son gîte à Marie-José Paliès, Magali Lacube et Christine Fabresse. Photo Béatrice VIGNETTE

Après la Haute Vallée de l’Aude et le Pays catalan, dans le sillage de l’Observatoire régional de la parité d’Occitanie pour un nouveau périple à la rencontre de « femmes d’action » dans les Grands Causses aveyronnais.

La deuxième Assemblée régionale des femmes d’Occitanie, à Saint-Affrique, a servi de contexte à ce parcours qui a mis en avant des femmes volontaires et imaginatives et mis en relief leurs capacités à exercer pleinement, sans tapage, leurs responsabilités dans les domaines de l’entreprise et de la politique. « Des exemples parmi d’autres, concrets, parlants », souligne la présidente de l’Observatoire, Geneviève Tapié.

Après avoir été accueillie par Alain Fauconnier, maire de Saint-Affrique et président du Parc régional des Grands Causses, la délégation a fait une première étape dans une rue commerçante de la ville, à l’Epicerie del païs. Anne Dressayre, fière de ce lieux qu’elle a créé, raconte : « Après quinze ans dans le tourisme, j’étais désireuse de créer mon propre travail. J’ai choisi de commercialiser les produits locaux de qualité. Avec une associée, partie depuis, je me suis lancée, après six mois de préparatifs, notamment pour bien connaître les produits et les producteurs. Certains étaient sceptiques… »

Anne Dressayre a fait ses preuves, avec un mélange de passion et de professionnalisme. Au départ, elle a su susciter la confiance de Sud Aveyron Initiative et d’une banque qui ont soutenu son projet. Aujourd’hui, sept ans et demi après l’ouverture, son magasin s’approvisionne auprès d’une centaine de producteurs, regorge de belles et bonnes choses – plus d’un millier de références – et a conquis sa place dans l’offre commerciale de Saint-Affrique. Ce succès s’est traduit par l’extension de l’épicerie : « Nous choisissons de bons produits. Nous les aimons. Nous savons les mettre en valeur », insiste Anne.

Des yaourts  doux et des agneaux bio

Véronique Fanjaud, Geneviève Tapié et Anne Dressayre dans l’Epicerie … Photo Béatrice VIGNETTE

Parmi les fournisseurs de l’Epicerie del païs figure Véronique Fanjaud. Même enthousiasme et même détermination chez cette dernière que chez son amie Anne. Fille d’agriculteur, agricultrice à part entière à Peux-et-Couffouleux au sein du GAEC (Groupement Agricole d’Exploitation en Commun), avec ses frères Jean-Marc et Bruno, elle a décidé d’innover : « J’ai eu envie de créer. Nous vendons du lait bio. Mais il n’est pas valorisé. Il fallait le transformer. Je cherchais une idée. Elle est venue de mes amies qui me disaient ‘’tes yaourts sont délicieux ! ’’

Après trois ans de minutieux préparatifs, Véronique Fanjaud a donc lancé sa production de yaourts sous la marque Yadou. Ils sont vendus en grands pots en verre de 700 grammes, l’équivalent de cinq ou six pots du commerce. « Des pots consignés, pas de plastique et des étiquettes autocollantes faciles à enlever ! « , insiste Véronique. Des parfums – verveine ou miel – et des yaourts « Maigrichon » au lait demi écrémé diversifient la gamme. La production reste délibérément artisanale – 25 000 litres par an – dans le petit atelier que Véronique a aménagé.

La commercialisation se répartit entre les marchés paysans et quelques épiceries (à l’Epicerie del paîs, bien sur, mais aussi par exemple au Marché Paysan à Millau. Véronique Fanjaud ne s’en tient pas là, pour partager cette philosophie, elle participe à la réflexion collective sur la mise au point d’un étiquetage des produits locaux. Femmes d’action, on vous dit !

Après une savoureuse dégustation, en route pour la campagne ! Claudie Blanc a reçu la délégation dans sa ferme du Mas-de-Montet, à Belmont-sur-Rance. Cette chef d’exploitation incarne, insiste la présidente de l’Observatoire, « un bel exemple de ténacité et de courage. » Avec ses 36 hectares et son troupeau de brebis elle produisait du lait bio. Mais, en 2015, un grave accident à sa main droite lui porte un coup particulièrement cruel : impossible de traire, impossible de continuer la même activité. « Pourtant je ne me voyais pas ailleurs. Je voulais travailler dehors », raconte-t-elle paisiblement. « J’ai décidé de produire des agneaux pour la viande » et pour ce projet, « j’ai pu compter sur la solidarité de mes voisins », précise-t-elle.

Sur le rythme soutenu d’une sportive qui a déjà parcouru les 100 kilomètres de Millau, Claudie fait visiter sa bergerie tambour battant : « Quand ils pèsent 35 à 40 kilos, je vends, 110 à 130 euros pièce, mes agneaux bio au groupement de producteurs Agrovia… »

Etape suivante dans les beaux paysages du Sud-Aveyron, le hameau du Brugas, commune de Saint-Juéry. A la force du poignet – au sens propre comme au sens figuré – Martine Rouquette y a créé un gîte où les amateurs trouvent, en pleine nature, calme et convivialité. Pendant cinq ans, elle avait acquis l’expérience de la gestion d’entreprise avec une affaire de luminaires à Avignon. Puis, en 2004, elle s’est lancée dans une nouvelle aventure, à la fois personnelle et professionnelle : « La création d’un gîte, c’est un projet de vie plus que du seul commerce. »

S’ensuivent des années d’efforts : deux ans pour monter le projet en conquérant des soutiens, notamment de la Région, du Département et de l’Adefpat (Association pour le Développement par la Formation des Projets, Acteurs et Territoires), puis deux ans de travaux jusqu’à l’ouverture du gîte en 2008. Pas facile pour une femme seule, qui a réalisé elle-même la plus grande
partie des travaux avec une rénovation écologique : murs en grès rouge et matériaux traditionnels (chaux, chanvre, bois).

Gîte écolo et vocations politiques

L’aménagement du Brugas s’est poursuivi avec de nouveaux travaux. Il compte aujourd’hui « Le Grand Gîte », « Le Petit Gîte » (21 lits au total), la salle d’activités pour séminaires et réunions de famille et un salon de détente avec salle de massage et spa en bois. Martine Rouquette a enraciné son engagement dans le territoire : elle est conseillère municipale de Saint-Juéry et membre du conseil syndical du Parc naturel régional des Grands Causses.

La journée « Femmes d’action des Grands Causses » a aussi été l’occasion d’un coup de projecteur sur une élue locale, Anne-Marie Constans, maire de Calmels-et-le-Viala. Elle a été élue conseillère municipale en 2001. « Ca m’intéressait beaucoup. En 2008, comme le maire ne se représentait pas, j’ai pris la tête d’une liste que j’ai constituée. J’ai été élue, puis réélue en 2014. Je ne le regrette pas. C’est un mandat passionnant : les rencontres avec la population, le montage des projets et l’aboutissement des réalisations.. » énumère l’édile.

Anne-Marie Constans fait bénéficier les 236 habitants de sa commune de son expérience professionnelle au sein du service Urbanisme de la mairie de Saint-Affrique. Et elle s’applique à faire avancer la cause des femmes, avec une femme pour première adjointe, la parité dans le conseil municipal. Elle est par ailleurs la seule femme maire au sein de la Communauté de communes du Saint-Affricain, Roquefort et Sept Vallons.

Anne, Véronique, Claudie, Martine, Anne-Marie… les « Femmes d’action » ne manquent pas en Aveyron. De quoi réjouir Geneviève Tapié, présidente de l’Observatoire régional de la parité d’Occitanie qui n’a pas lâché son bâton de pélerin afin de poursuivre son combat de tous les instants…

Femmes d’action et de terrain autour d’Anne-Marie Constans (pantalon rose au centre). Photo Béatrice VIGNETTE