Allergies : L’Occitanie, première région à se doter d’une météo des pollens !

Atmo Occitanie est le premier organisme en France à développer des bulletins de prévision qui s’appuient sur des millions de données botaniques, météo et sur l’IA sur les données anciennes. Pour mieux prévenir, affirme l’allergologue au CHU de Toulouse Alain Didier. Un enjeu de santé publique dans un contexte de réchauffement climatique qui démultiplie les risques.

Chaque année, à la même période, quand le calendrier se cale avec le retour des premiers agréables rayons du soleil et l’allongement des jours, on s’arracherait impulsivement les yeux tellement ils “grattent” ; on s’énerverait de ses poumons asséchés et produisant une toux persistante venue de nulle part ; on ne sait plus quoi faire face à un nez qui coule sans interruption… Avec les beaux jours, le moral revient mais… pas tout à fait. Dans les jardins, les plantes éclosent une à une ; le pollen, en nombre, sature l’atmosphère. Et revoilou les problèmes respiratoires, parfois aigus.

Floraison de 22 plantes et arbres suivies

C’est dans ce contexte qu’une innovation se fait jour. Depuis le 20 mars, on peut consulter gratuitement le site internet Atmo Occitanie pour connaître, au quotidien, la météo des pollens, sources de nombreux maux. Le printemps est la saison la plus redoutée par de plus en plus de monde. L’outil qui utilise des millions de données botaniques et météo du terrain, permet cette prévision unique en France.

Il s’appelle Poll’Oc que vient de lancer Atmo Occitanie, l’antenne régionale de Atmo France qui fédère toutes les structures agréées par l’Etat pour surveiller la qualité de l’air. On peut immédiatement savoir dans quelles agglomérations se trouvent les plus importantes concentrations de pollens allergisants ; là où ils sont très présents dans l’air et ce, au niveau de 164 intercommunalités. Principalement des plantes et des arbres. En voici la liste : Ambroisie, armoise, aulne, bouleau, charmes, charmes-houblons, châtaignier, chêne, chénopodes, cyprès, filaires, frêne, graminées, hêtre, noisetier, olivier, pariétaire, peuplier, pistachier, plantain, platane, saule

“Prendre un traitement plus tôt et de bénéficier d’une meilleure efficacité”

Graminées (vous savez ces plantes des bords de route que l’on ne fauche plus, comme la fameuse plantain qui pollinise toute l’année et dont la concentration fabrique de nouveaux allergiques…!), ambroisie (peu présente en Occitanie sauf dans le Gard), cyprès, bouleaux (ces deux derniers sont respectivement redoutables dans l’Hérault et la Haute-Garonne actuellement). Les platanes le sont aussi mais surtout pour des personnes déjà allergiques.

Avec cette météo des pollens, on peut anticiper “un, deux ou trois jours avant” l’explosion de pollens d’une ou plusieurs plantes allergisantes qui relâchent leurs graines, “cela permet de prendre un traitement plus tôt et de bénéficier d’une meilleure efficacité”, explique l’allergologue et pneumologue au CHU de Toulouse Alain Didier, membre de Atmo Occitanie. “C’est mieux de prendre le traitement avant les symptômes ; dès qu’ils apparaissent, c’est très difficile de revenir en arrière.”

“Ce ne sont pas les mêmes plantes et arbres au pollen allergisant à Toulouse qu’à Sète ou Nîmes”

Les allergologues sont-ils au courant de cet outil ? Poll’oc reprend les données d’un précédent système, RNSA (Réseau de surveillance aérobiologique), une association qui se basait sur les résultats de capteurs. Mais ce système a disparu au profit d’Atmo justement (1). A tout malheur, quelque chose de bon. “On va avoir à la fois la météo des pollens et celle de la qualité de l’air et de la pollution. Le problème de l’Occitanie, qui est une très grande région, c’est la variété de ses paysages et de son couvert végétal. Ce ne sont pas les mêmes plantes et arbres au pollen allergisant à Toulouse qu’à Sète ou Nîmes par exemple.”

Le risque d’exposition au cyprès et plante est, par exemple, très élevé dans le montpelliérain et, à presque 300 km de là, toujours en Occitanie mais en Ariège, en plus du cyprès, les pollens de frênes et d’aulnes incommodent les allergiques. D’autant qu’avec Poll’Oc, on recense la concentration de pollens de 22 arbres ou plantes contre 16 avec l’ancien système. “C’est une première”, se félicite Dominique Tilak, DG d’Atmo Occitanie.

Pl@Net recense les plantes et leur floraison

Il s’agit d’un enjeu de santé publique dans la mesure où pollution et réchauffement climatique rendent les pollens très agressifs. Dans le cadre de la science participative, spécialistes comme tout un chacun peuvent également envoyer  des photos géolocalisées de plantes dès que commence leur floraison et les poster sur Pl@nNet, une application pour smartphone gratuite, internationale, qui identifie la flore. Là, c’est la participation du citoyen qui le rend acteur de cette problématique de santé et qui permet d’affiner la prévision. Les habitants souffrant de rhinites, crises d’asthmes, etc., pourront ainsi adapter leur comportement en cas d’alerte à des pollens, comme n’aérer sa maison que le soir ou éviter de le faire par grand vent, etc. Le siège de Pl@net est d’ailleurs à Montpellier.

Tout débute en 2021 avec l’ARS Occitanie

Directrice générale de Atmo Occitanie, Dominique Tilak souligne que “l’élaboration de ce modèle de prévision a débuté en 2021 avec l’ARS Occitanie. Nous avons eu beaucoup de difficultés à récupérer les données de mesures. Ce n’est qu’après la liquidation du RNSA que nous avons pu le faire.” Ce dispositif étudie 22 plantes et végétaux mais peut évoluer. “Ce sera en fonction de la demande des allergologues qui en ont déterminé la palette initiale, précise Dominique Tilak DG d’Atmo Occitanie qui dispose d’un budget de 3 M€, dont 0,1 % pour ces mesures de pollens. S’il y a de nouvelles espèces qu’ils souhaitent que nous suivions, nous pourrons le faire. Sur l’Occitanie, il y avait cinq capteurs mais qui ne fonctionnaient pas forcément en permanence. Là, nous allons remettre en place un dispositif avec entre cinq et huit capteurs. Avec un réseau fixe et des semi-fixes en place durant un ou deux ans pour affiner nos prévisions et les valider.”

D’autres régions de France réfléchissent à cet outil

Ce sujet est d’autant plus sérieux que le contexte météo favorise l’augmentation du nombre d’allergiques sensibles aux pollens surtout quand la pollution s’en mêle ; ce qui a été le cas récemment avec les particules fines dans notre région. Le réchauffement climatique génère en effet des floraisons précoces, de plantes allergisantes, notamment, et induit une période d’allergie plus long aussi.

Ainsi, la moitié de la population française pourrait être touchée en 2050. De quoi motiver les autres régions à s’emparer du dispositif Poll’Oc. “D’autres Atmo en France y réfléchissent. Ce que l’on espère c’est que notre modèle fasse tâche d’huile”, conclut l’allergologue Alain Didier, précisant qu’en reprenant les capteurs de l’ex-RNSA cela permettra de “vérifier que nos prédictions sont bonnes. Il ajoute : “Il y a une augmentation des allergies nasales, notamment au pollen, mais pour l’asthme, c’est un peu moins net. On remarque une stabilité autour de 7 % de la population, ce qui est toutefois très important.”

Avoir accès à un allergologue…

Reste un problème de taille : avoir accès à un allergologue… “Oui, c’est un problème. Soit vous êtes connu. Ce serait bien qu’ils transmettent l’info de cet outil que tout le monde peut consulter gratuitement. Les médecins généralistes sont aussi en première ligne sur ce sujet qui pourront eux aussi faire la promotion de ce site auprès de leurs patients. Les pharmaciens, également, pourraient être aussi des relais, qui ont le droit de délivrer des médicaments anti-allergiques en vente libre. Voire par anticipation, cela pourrait s’envisager s’il connaît votre dossier.”

Olivier SCHLAMA

  • Le projet, qui a été lancé en 2022, couvre 164 intercommunalités d’Occitanie et a déjà réalisé 800 observations.
  • (1) Ce RNSA, acteur principal de surveillance des pollens depuis sa création en 1996 a été placé en liquidation judiciaire après que les ministères de la Santé et de la Transition écologique eurent décidé, fin 2024 de lui couper les subventions publiques de 600 000 €, soit 85 % de son budget. Le tout, après un rapport peu amène de la Cour des comptes. Il a été depuis racheté par Atmo France.