En 2016, une statue était sauvée in extremis des intempéries dans un cloître de Saint-Affrique (Aveyron). Après restauration, elle s’est révélée être un chef-d’œuvre insoupçonné de la sculpture gothique du XVe siècle. Actuellement exposée au Musée Fenaille de Rodez (jusqu’au 22 novembre) dans le cadre de l’exposition “Le temps des images”, cette œuvre exceptionnelle s’apprête à retrouver cet hiver son écrin définitif : la chapelle de Notre-Dame du Désert, perchée au-dessus des spectaculaires Raspes du Tarn.
L’histoire de cette redécouverte digne d’un roman débute donc en 2016, dans le silence d’un cloître de Saint-Affrique délaissé par la congrégation des Sœurs de l’Adoration réparatrice. Vouée aux intempéries, une lourde statue de pierre, jusqu’alors considérée comme une œuvre sulpicienne banale, attire in extremis le regard d’une religieuse.
Un “sauvetage citoyen” inédit
Jean Capel, alors maire de Saint-Victor-et-Melvieu, prend la mesure de l’urgence et lance l’alerte. Dans un élan de solidarité exemplaire, les habitants et les bénévoles de l’Association des Amis de Notre-Dame du Désert déploient des trésors d’ingéniosité logistique pour extraire l’œuvre et lui offrir asile dans leur chapelle reculée.

Ce sauvetage citoyen inédit n’était que le prélude à une révélation esthétique majeure. Confiée aux experts de la DRAC (direction régionale des affaires culturelles), la statue se déleste de ses repeints grossiers du XIXe siècle pour dévoiler sa splendeur originelle : il s’agit d’une œuvre majeure du XVe siècle.
Une incarnation idéale du contrapposto
L’œuvre livre aussi les clés de son iconographie complexe. L’illusion visuelle d’une “Vierge enceinte”, qui a longtemps alimenté les légendes locales, y est scientifiquement décryptée. Ce ventre bombé n’est pas le fruit d’une métaphore sur la maternité, mais la conséquence magistrale du contrapposto, cette technique de déhanchement asymétrique qui projette le bassin vers l’avant et sublime la chute des tissus. L’Enfant Jésus, porté sans effort musculaire dans une lévitation presque divine, tient délicatement un oiseau symbolique préfigurant le drame de la Passion du Christ.
C’est pour admirer cette maestria technique et l’intensité de son regard qu’il faut absolument se rendre, cet été, au musée Fenaille de Rodez. (exposition “Le temps des images. La sculpture en Rouergue à la fin du Moyen Âge” jusqu’au 22 novembre).
“Le coeur battant d’un territoire qui refuse de laisser mourir sa mémoire”
Extraite de sa pénombre ecclésiastique, la Vierge s’y dévoile au sein d’une muséographie subtilement épurée. Débarrassée de tout artifice et isolée par un éclairage dramatique, la sculpture respire, permettant d’en apprécier chaque détail plastique. Dès la fin de l’exposition, en novembre, la statue amorcera son grand retour aux sources pour réintégrer le sanctuaire de Notre-Dame du Désert, perché à 160 mètres au-dessus des eaux émeraude des Gorges des Raspes du Tarn.
Sauvée des ruines en 1900 grâce à la détermination de l’abbé Rolland et rebâtie par ses paroissiens, la chapelle est aujourd’hui un haut lieu de rassemblement lors du pèlerinage de la Pentecôte. En allant y saluer Notre-Dame du Cloître, plus qu’une icône ressucitée, ce sera une rencontre avec “le cœur battant d’un territoire qui refuse de laisser mourir sa mémoire.”
Ph.-M.
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