Pesant de tout son poids, Carole Delga réclame un meilleur prix de rachat de l’électricité pour l’une des dernières usines françaises de papier, située à Saint-Gaudens. En espérant avec de nombreux politiques et syndicalistes que la réunion de mercredi permette d’actionner des leviers d’action pour éviter une fermeture imminente. Un millier d’emplois directs sont en jeu.
Risquant une fermeture imminente, les usines papetières de Fibre Excellence – jadis La Cellulose – sont en sursis, celles de Saint-Gaudens (Haute-Garonne) et de Gardanne (Bouches-du-Rhône). Mais tout n’est pas perdu. Carole Delga vient de décrocher, à la suite de plusieurs semaines de lutte aux côtés des salariés menacés, du ministre délégué à l’Industrie, Sébastien Martin, l’organisation d’une table ronde au sommet ce mercredi en début d’après-midi.
Celle-ci, qui se fera en visio, mettra, entre autres, autour de la table : Carole Delga, Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT ; Marylise Léon, ses homologues de la CFDT ; et de FO ; Sébastien Vincini, président du département de la Haute-Garonne ; le maire de Saint-Gaudens, Renaud Muselier, président de Paca ou encore Nicolas Mayer-Rossignol, président de la Métropole de Rouen.
Des milliers d’emplois sont concernés
“Près d’un millier d’emplois directs sont en jeu ainsi que plusieurs milliers d’emplois indirects potentiellement impactés dans la filière bois-papier”, alertait le courrier en “urgence” à Sébastien Martin du 28 février dernier signé de l’ensemble des protagonistes politiques mobilisés. Evoquant les conséquences en termes également “d’aménagement du territoire” de “souveraineté industrielle”. Cette table ronde est censée mettre sur la table des leviers d’intervention. Dont principalement celui qui permettrait d’agir sur un prix de rachat du mégawattheure révisé à la hausse.

Le coût réel de production de la pâte à papier blanchie (essuie-tout, feuille de papier…) et écrue (carton d’emballage) dont elle est l’une des dernières usines en France est une activité à l’équilibre avec presqu’un millier de salariés. Ce qui plombe ses comptes, c’est la revente de l’électricité, une activité complémentaire mais qui lui coûte beaucoup d’argent : 30 M€ en 2025 ! L’électricité qui sert à faire fonctionner ses turbines lui revient quelque 180 € le mégawattheure (MGXh) alors qu’EDF le lui rachète maximum 120 € le MGWh… C’est comme vendre une baguette 1 € alors qu’elle coûte 1,50 € à fabriquer. Pour Fibre Excellence, c’est pareil.
Réviser le prix de rachat de l’électricité
L’électricité, qui est produite à partir de résidus de bois brûlés à très haute température, est revendue à EDF dans le cadre de contrats et d’appels d’offres émis par l’Etat qui fixent les tarifs respectifs de 120 € le MGWh pour Saint-Gaudens et 105 € pour Tarascon. Or, ces tarifs ne tiendraient pas compte de la hausse du prix du bois de trituration français (+ 50 % entre 2021 et 2025). L’actionnaire majoritaire, l’Indonésien Jackson Widjaja, espère que l’Etat français révisera le prix de rachat du MGWh à 180 € minimum. Il faudra en passer par la résiliation des contrats.
Carole Delga : “Deux poids, deux mesures”

Originaire de ce territoire, Carole Delga pèse de tout son poids dans cette affaire, elle qui a défilé le 14 février et vendredi dernier, 6 mars. La présidente de la région Occitanie et présidente de Régions de France a rappelé, à cette occasion, que la centrale à biomasse de Gardanne (Bouches-du-Rhône), exploitée, elle, par GazelEnergie du groupe du milliardaire tchèque Daniel Kretinsky avait obtenu cet automne la garantie d’un rachat d’électricité à 250 € le MGWh d’électricité. “Deux poids, deux mesures”, a-t-elle dénoncé sur les réseaux.
Depuis des mois, salariés et politiques sont mobilisés face à une fermeture qui serait inéluctable si l’Etat n’augmente pas le prix d’achat de l’électricité que ces usines produisent. L’ultimatum avait été lancé le 21 janvier lors d’un comité social et économique (CSE) extraordinaire.
Olivier SCHLAMA