Présidente du Thau Kite Club, à Frontignan, Delphine Termignon est à l’origine de l’initiative pour que ce lieu, déjà labellisé Natura 2000, bénéficie de vrais moyens et d’une vraie gouvernance pour que la richesse marine d’antan ne reste pas qu’un souvenir.
Sans colère, Delphine Termignon, présidente des associations Thau Kite Club, à Frontignan et Terreau de Vic, a pris l’initiative d’une pétition soutenue par 21 autres associations, de Greenpeace à la LPO en passant par France nature environnement (1). Son but : interpeller les pouvoirs publics pour que cette zone magnifique, abritant autrefois une riche biodiversité, le redevienne.
La période choisie n’est pas anodine, à deux mois des municipales et alors qu’un sondage éclairant vient de sortie à l’initiative du Réseau Action Climat où se dégage une majorité de Français favorables à la poursuite des actions écologiques. Ces associations interpellent la ville de Frontignan, la préfecture de l’Hérault, la préfecture maritime de Méditerranée, l’Office Français de la biodiversité, et la DIRM Méditerranée (Direction Interrégionale à la mer). Son titre ? Redonnons vie au plateau des Aresquiers avec une aire marine vraiment protégée ! Publiée sur les réseaux, elle a déjà recueilli en une heure 260 signatures.
“C’est déjà une aire marine protégée. Mais de protégée, elle n’en a que le nom”

Delphine Termignon explique que l’herbier de Posidonies du plateau des Aresquiers est parmi les derniers de l’Hérault. Le lieu était d’une richesse rare pour les poissons et la biodiversité qu’ils abritaient, utiles qu’ils sont également dans la dure lutte contre le réchauffement climatique. « C’est déjà une aire marine protégée. Mais de protégée, dit-elle, elle n’en a que le nom. La seule protection concrète qu’il y a aujourd’hui, c’est d’interdire les ancres dans l’herbier mais dans le sable. Cela ne va pas au-delà.»
Pour un processus de concertation
Le but n’est pas d’en faire un sanctuaire où tout serait interdit “mais qu’il y ait une vraie gouvernance, des mesures et des moyens. » Pour cela, « nous demandons officiellement l’ouverture immédiate d’un processus de concertation pour une aire marine véritablement protégée ». Cela aurait une autre vertu : que les poissons aient suffisamment de ces oasis sous-marines, de points de relais, pour quand ils migrent d’une réserve à une aire marine et à une autre le long de la côte, ils puissent survivre et se reproduire. “L’OFB a identifié ce plateau des Aresquiers comme un enjeu majeur.”
Grand de plusieurs kilomètres carrés, “le plateau des Aresquiers, est-il expliqué dans la pétition, était connu pour la richesse de ses milieux. Au fil des années, il a été fortement altéré par les activités humaines. En l’espace de 40 ans, riverains, plongeurs, pécheurs de loisir… témoignent tous de l’effondrement de la biodiversité. D’un lieu qui regorgeait de vie (poissons, crustacés, mollusques…) il ne reste plus grand chose ! Pourquoi faut-il agir maintenant ?”
La protection du plateau des Aresquiers une priorité pour la préservation des espèces marines de tout le Golfe du Lion”
De quoi lutter contre la chute vertigineuse de biodiversité. “De nombreux juvéniles d’espèces marines sédentaires y trouvent refuge, viennent s’y nourrir et y grossir (loup, daurade, rascasse…). Malheureusement ces herbiers ont régressé de plus de 50% au cours des dernières décennies ! De plus, tous les scientifiques, y compris les services de l’Etat, s’accordent à dire que dans les courants migratoires des espèces ce plateau rocheux est identifié comme stratégique pour leur survie, en particulier celles qui sont menacées d’extinction. Ces caractéristiques rares font de la protection du plateau des Aresquiers une priorité pour la préservation des espèces marines de tout le Golfe du Lion. L’intérêt de protéger ce milieu est connu depuis longtemps. La vie peut revenir si on la protège : augmentation de la densité, de la taille et de la diversité des espèces marines présentes. Il n’est pas trop tard mais il y a urgence d’agir !”
Dans la région, il y a des exemples plutôt réussis : les réserves marines protégées d’Agde et de Cerbère-Banyuls qui ont nécessité des phases de concertation et les pêcheurs ont même le droit d’y travailler – pas dans le coeur de la réserve – et ne changeraient même pas leur place tant ils la Méditerranée a en ces endroits des espèces.
“Il est grand temps de se préoccuper de ce sujet qui préoccupe beaucoup de monde”
Delphine Termignon est une défenseure quotidienne de l’environnement. Elle organise régulièrement des ramassages de déchets – dont un le 25 janvier -, notamment en Zone Natura 2000 pour sensibiliser la population. L’idée d’une pétition puissante s’est déclenchée naturellement. Par un ras-le-bol progressif.
« Je fais aussi partie d’un club de plongée, à Frontignan. On se rend compte qu’il y a de moins en moins de poissons ; l’été quand on va naviguer en kite, on part à vélo et puis on passe dans les parties sauvages où il y a des oiseaux ; ça me permet, là aussi, de faire de la sensibilisation à l’environnement. Tous les gens l’ont remarqué : quand ils étaient jeunes, il y avait bien plus de poissons aux Aresquiers, de coquillages… Les pêcheurs diront que c’est la pollution, d’autres la surpêche… On ne demande pas qu’il y ait un cantonnement de la pêche ou interdire quelque chose. Il est grand temps de se préoccuper de ce sujet qui préoccupe beaucoup de monde.” Delphine Termignon n’entre pas dans ces considérations. Même si elle sait que les étangs et les Aresquiers ont été jadis braconnés avec des plongeurs en bouteilles.
Olivier SCHLAMA
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Cette pétition est portée par un collectif de 21 associations et professionnels : d’habitants (Association des riverains de Frontignan-plage, Entre mer et étangs), d’usagers de la mer (AKLR, Aresquiers subaquatiques, CDVL34, Kayak Med, Kite-Wing-Maguelone, Muscat rames, Thau Kite Club, Tiki Center) et de protection de l’environnement (Ailerons, FNE Occitanie-Méditerranée, Greenpeace Montpellier, LPO Occitanie, Maguelone Gardiole, Nature Academy, Océan Protection France, Planet Citizen, Surf Rider Hérault, Swim4sea, Terreau de Vic).