Municipales : Une majorité de Français votent pour la poursuite des actions écologiques

Inondations après épisodes cévenols. Ph. Olivier SCHLAMA

Selon un sondage du Réseau Action Climat, “les Français disent qu’ils seraient gênés de voter pour un candidat qui reviendrait en arrière sur des mesures de transition écologique déjà engagées”. Et même qu’il faudrait y consacrer davantage d’argent. De son côté, la LPO, qui fait partie de ce réseau, publie dix propositions aux candidats aux municipales.

Un nouvel épisode méditerranéen débute. Le Languedoc-Roussillon est une nouvelle fois exposé aux risques de submersions et d’inondations. L’Agglopôle de Sète se dit « mobilisée » face « à des débordements ponctuels des réseaux d’eaux » qui avaient déjà conduit à la suspension des ventes d’huîtres ; une suspension qui pourrait être prolongée. A deux mois des élections municipales, les habitants d’Occitanie et plus généralement les Français – de droite comme de gauche – se disent, eux, préoccupés par l’écologie. Certes, la santé et la sécurité arriveraient en tête des préoccupations de nos concitoyens. Mais la transition écologique arrive immédiatement après. Ce que confirme le sondage Ipsos pour le Réseau Action Climat et le Secours Catholique-Caritas France : le regard des Français sur la transition écologique et sociale à l’échelle municipale.

Pour plus d’un Français sur deux, il faut poursuivre les actions en faveur de l’écologie

Ce sondage, que dit-il ? Responsable Climat et Territoires au Réseau Action Climat, Clara Sannicolo en fait la synthèse : “L’enseignement principal, c’est que presque deux Français sur trois disent qu’ils seraient gênés de voter pour un candidat qui reviendrait en arrière en matière de transition écologique. Cela signifie qu’il y a plus de risques pour les candidats que d’opportunité pour les candidats » tentés de ne pas poursuivre des actions en faveur de la transition écologique.

Dans le détail, ce sondage laisse apparaître de riches enseignements : 53 % des personnes sondées – plus d’un Français sur deux – estiment qu’il faut poursuivre les actions en faveur de la transition écologique, même s’il faut lui consacrer davantage d’argent. Un voeu qui est marqué, à 64 %, dans les villes de plus de 100 000 habitants et chez les résidants des quartiers populaires, à 60 %. Cet attachement décline un peu quand la taille des communes fait de même : 49 % dans les villes de moins de 20 000 âmes.

Renier la cause écologique, un casus belli

CANICULE
Boire, se rafraîchir… Tous le smoyens sont bons face à la vague de châleur… Photo Philippe MOURET

Mieux, les électeurs disent en masse (63 %) qu’ils seraient gêner de glisser le bulletin d’un candidat qui se renierait sur la question écologique. S’il arrêtait des mesures qui vont dans le bon sens. Cette opinion est la plus forte là aussi dans les grandes villes de plus de 100 000 habitants (72 %). Pire, revenir sur un train de mesures déjà lancées par une majorité exposerait les candidats à un risque de ne pas être (ré)élu.

Pleinement conscience du changement climatique

Pourtant, on ressent un paradoxe : l’écolo-bashing est à l’oeuvre… “C’est vrai. Il y a une tentation de certains de créer un clivage sur l’écologie, c’est certain. A minima par des narratifs contre des actions qui iraient trop loin. Mais ce que l’on constate, c’est que ce narratif ne marche par dans l’opinion publique ». Et pour cause, et ce sondage, le prouve : les Français ont pleinement conscience de la réalité du changement climatique. 78 % des sondés constatent qu’elles sont exposées à la pollution de l’alimentation et de l’air. « On ne peut plus le nier. Le premier toutes catégories confondues, c’est le nombre de jours de canicule. On subit ces impacts. On en est tous victimes. C’est aussi parce que l’écologie devient concrète. On achève un mandat où certaines municipalités en ont fait leur marqueur. Les gens voient concrètement ce que cela signifie. »

Photo DR

En effet, à 58 % (66 % dans les QVP), les Français déclarent avoir constaté les effets du changement climatique. Ils sont 72 % à avoir constaté une baisse de l’enneigement ; tout autant de voir se multiplier des épisodes climatiques extrêmes et des vagues de fortes chaleur. Face à ce constat, les personnes interrogées estiment à 52 % que leur commune est mal préparée aux impacts du changement climatique.

Il existe “plein de bonnes pratiques”

On pense à la dizaine de grandes agglomérations gagnées par les Écolos en 2020 : Lyon, Bordeaux, etc. Dans beaucoup de domaines, les villes peuvent être à la manoeuvre avec des actions concrètes comme le verdissement des cours de récréation. Développement des transports en commun. Végétaliser les espaces publics. Rénover les bâtiments. Développer les énergies renouvelables. Devéleopper les transports en communs avec de la fréquence, etc. « Il y a plein de bonnes pratiques qui ne se limitent pas aux grandes villes écolos. L’écologie est aussi rurale ; de préserver ou d’augmenter les espaces verts ; de sanctuariser des terres agricoles ; c’est le fait de passer les centres-villes à 30 km/h, etc. Ce n’est pas une action hyper-urbaine. Ce n’est pas non plus des décisions qui coûtent cher. Mais leurs bénéfices sont appréciés collectivement.”

Olivier SCHLAMA

La LPO interpelle les candidats

Pour le président de la LPO, Allain Bougrain Dubourg, “l’évidence s’impose : les solutions existent, les attentes aussi. Reste désormais à savoir quels candidats feront le choix de faire de la protection du vivant, un pilier de leur projet de territoire ».

La LPO appelle les futur(e)s maires à intégrer dans leurs programmes 10 propositions concrètes en faveur de la biodiversité. Des mesures réalistes et opérationnelles, déjà mises en œuvre avec succès par de nombreuses collectivités.

Carole Delga et Allain Bougrain-Dubourg relâchent des buses qui ont été soignées à Villeveyrac. Ph. Antoine Darnaud. Région Occitanie.

“Les exemples ne manquent pas. Ici, une métropole soutient activement l’installation des exploitations agricoles sur son territoire via un appel à projets permanent ; là des communes se regroupent pour déployer un Plan local d’éducation à la nature, fédérant les acteurs du territoire autour d’actions destinées aux enfants ; autre exemple, une commune instaure une ORE (Obligation réelle environnementale) afin de protéger durablement des milieux remarquables et soutenir le pastoralisme. Là encore, des élus modifient leur plan local d’urbanisme pour mieux protéger les espèces du bâti, comme les martinets ou les hirondelles.”

Voici les dix propositions de la LPO, membre du Réseau Action Climat, comme 27 associations nationales (France Nature Environnement, Greepeace, Oxfam, WWF….) et 10 associations locales comme Caponée (Aveyron) ; Ecolocal (Narbonne) ou les membres du Giec régional.

  • Réaliser des inventaires de la faune et de la flore avec un Atlas de la biodiversité communale ;
  • Protéger haies, arbres et forêts en classant les boisements dans son PLU ;
  • Promouvoir une alimentation locale et durable, en assurant au minimum 20% de bio dans les cantines scolaires ;
  • Éteindre l’éclairage de nuit pour réduire les dépenses énergétiques et limiter la pollution lumineuse ;
  • Développer des programmes d’énergies renouvelables sur les bâtiments de la commune ;
  • Appliquer le principe de Zéro artificialisation nette et protéger les trames écologiques de sa commune ;
  • Limiter la consommation en favorisant le stockage de l’eau de pluie via des récupérateurs dans les espaces communaux ;
  • Protéger la biodiversité du bâti lors des opérations de rénovation énergétique des bâtiments de la commune ;
  • Permettre à chaque habitant de bénéficier d’un espace de nature à moins de 15 minutes à pied de chez lui ;
  • Consacrer un espace vert de la commune pour “l’Ecole du dehors”.