Le Cercle Occitan, que préside Miquelà Stenta, sort son nouvel opus 2025-2026. Avec des textes élaborés, remplis de solidarité et d’authenticité. Loin d’être passéiste, l’Almanac évoque la riche identité de Sète au travers son patrimoine malmené par une gentrification à marche forcée. Un petit bijou.
Saviez-vous que le fameux félibre Joseph Soulet, poète, père de l’Alamanac Sétori et ami de Frédéric Mistral, en 1893, avait une baraquette sur le Saint-Clair ? Magali, de son nom, une barraqueta sçngulara. “O, Magalí mai tant aimada, mete la tèsta au fenestron, e baraqueta (let ase Solet torne un pour ; arriva escota un pauc aquesta aubada de tamborins e de violons : “Es plen d’estelas apeiramont, l’aura es tombada, e lis estelas paliràn quand te veiràn.” Quau a pas jamai ausit aquesta.” C’est justement, l’un des sujets-phare de cette nouvelle édition. Il est à apprécier avec gourmandise !
Nous parlons des barraquettes de Saint-Clair, autrefois lieux de convivialité simple, aujourd’hui marque de suffisance…”

Présidente du cercle occitan de Sète et chroniqueuse sur Dis-Leur !, Miquelà Stenta le dit clairement, celle qui a hanté durant sa vie tous les chemins de Sète le dit : “Cette fois-ci, dit-elle dans un “coup de gueule” bien à propos, nous parlons des barraquettes de Saint-Clair, autrefois lieux de convivialité simple, aujourd’hui marque de suffisance “belle villa avec piscine et vue sur la mer” ; mais aussi des noms de quartiers porteurs de sens historique remplacés par des appellations artificielles, et de l’origine de certains patronymes. Des textes d’auteurs évoquent des questions de société. Dans sa marche vers l’avenir, Sète ne serait-elle pas en train de se couper de son Histoire ? Les villes autour de l’étang de Thau ne succomberaient-elles pas à l’appel des sirènes touristificatrices” ? À vous, lecteurs, d’en juger ! » Elle s’attriste : “La ville est en train de perdre son âme.”
A Qui Siem Ben !
Les barraquetas avaient des noms magnifiques comme A qui siem ben !, l’Ensoleihada ; la Roucas blanc ; Lou Gabel (le sarment), la Mandroune, Biscam pas ou encore Languissèm pas… ! La barraqueta, c’est un état d’esprit. Mais tous deux s’étiolent. Sans être passésites, les auteurs de cet Almanac pointent évidemment la gentrification de Sète ; sa boboïsation ; sa population de moins en moins “popu”. Cela se traduit par moins de convivialité et des références vernaculaires moins authentiques, se résumant à la macaronade, au pastis et à la désormais triste Saint-Louis… “Aujourd’hui, à la place il y a des… Welcome”, soupire Miquelà Stenta…
Tout Saint-Clair était pour moi, avec une seule limite, au fond : la ligne d’horizon…”

Jean-François Stenta, l’un des auteurs de ce dossier, l’évoque avec justesse dans des tranches de vie : “(…) C’est là, dans une de ces barraquettes blotties tout au fond d’une impasse que je suis né, un début d’après-midi de juillet, un jour de chaleur étouffante. Quel privilège d’avoir fait mes premiers pas et commencé à grandir là, dans un confort réduit à sa plus simple expression, certes, mais nous n’avions pas besoin de grand chose pour être heureux. Tout Saint-Clair était pour moi, avec une seule limite, au fond : la ligne d’horizon (…)”
Lieu jadis des convivialités familiales

Complémentaire du premier, un autre sujet est lui aussi particulièrement intéressant sur les noms de ces barraquettes, celui de Josiana Ubaud, lexicographe et etno-botaniste. Qui remarque, en substance, que lorsque l’on nomme mal, on existe moins bien. Nommer les choses, c’est donner les contours à un monde et prendre conscience de celui que nous habitons. Cela permet aussi d’identifier les choses avec clarté. De plus en plus, nos barraquettes perdent de leur identité avant carrément de disparaître. Or, c’était le lieu des convivialités familiales par excellence. C’est comme l’on apposait les noms des mazets de Montpellier ou Nîmes.
“Chagrin faï ta malla, naustres volèm nos amusar…“
À propos de nommer, il y a aussi les surnoms que l’on donnait jadis aux “figures”, SDF ou non de Sète. A l’image de Titole (qui servait de modèle aux Beaux-Arts !), l’Américain, Nanou, Matsole, Baltimore… Toujours dans sa veine d’authenticité, l’Almanac s’apesantit sur les figures de Sète. Ces anarchistes qui s’ignoraient et qui donnaient tout son sens au mot fraternité.
Dans cet Almanac, qui est un petit bijou, on trouve aussi une histoire de femmes rebelles ; un texte sur : rampe des Arabes ou montée des Bédouins. Loin du passéisme, on y entend même ses lecteurs entonner in petto l’hymne de Sète allegreto : “Chagrin faï ta malla, naustres volèm nos amusar…” dont on apprend à la lecture l’origine d’un rare unisson.
Olivier SCHLAMA
- Association sétoise historique créée par le Félibrige et affiliée à l’Institut d’estudis occitans (IEO), le Cercle occitan sétois organise des activités et manifestations régulières, des publications, etc.
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Joan Larzac et Marie Rouanet lors de l’hommage à Yves Rouquette, 23 mars 2019.
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