Job dating… sportif : La reconversion, l’ultime épreuve de l’athlète de haut niveau

Lors d’un job dating de la Fondation du sport français, à Lyon. Ph. DR

À Font-Romeu, le 6 décembre, la Fondation du sport français organise un job dating peu ordinaire, destiné aux sportifs de haut niveau. Le but, dans l’optique des JO d’hiver de 2030 : financer sa carrière et gérer au plus tôt sa retraite souvent source de grandes difficultés. Le principe : une entreprise mécène verse une bourse annuelle au sportif qui pourra ensuite intégrer la société. Et ça marche : 700 athlètes en bénéficient déjà. Explications de la déléguée Charlotte Féraille.

Une vie-marathon. Pour assurer ses arrières, tout le monde n’est pas aussi connu que le Romeufontain et biathlète Martin Fourcade, le plus titré des JO d’hiver, ou le Frontignanais Nicola Karabatic, multi-champion de hand ; ni autant que le fantasque Edgard Grospiron (ski de bosses) ou l’habile Tony Estanguet, ex-champion de canoë-kayak et ex-patron des JO de Paris…!

Pourtant même pour les champions les plus médiatiques, l’après-carrière n’est pas rose. Le cycliste Luc Leblanc explique à qui veut l’entendre que l’après haut niveau a été un vide absolu. Mortifère. Que passer des lumières des podiums à la situation d’un père intranquille comme l’a vécu l’ex Maillot jaune du Tour de France et qui a réalisé une belle carrière de 1987 à 1998, a été “très très dur”. Imaginez pour le sport de haut niveau inconnu…

“Après les flonflons de la carrière, il n’y a plus personne…”

Stéphan Caron. DR

Il n’est pas le seul non plus à avoir pensé au suicide. Par exemple, le nageur américain, Michaël Phelps, le plus médaillé de l’histoire des JO, l’a aussi frôlé. Un ancien international de la même discipline claque : “Il n’y a aucun accompagnement pour l’après, même pour les sportifs de haut niveau qui ont quand même représenté leur pays. Après les flonflons de la carrière, il n’y a plus personne… On a tout sacrifié pendant quelques années, et maintenant, plus rien…” On est malheureusement loin de la reconversion réussie dans la haute finance du nageur Stéphan Caron, comme Dis-Leur vous l’a expliqué ICI.

Des qualités qui servent dans le monde de l’entreprise

Chaque année, quelque 3 000 sportifs de haut niveau expérimentent cette incompréhensible petite mort touchant des athlètes qui n’ont pas eu le temps de penser, dans leur période active, à autre chose qu’à leurs performances et leurs entraînements. Quelquefois, ils n’ont même pas le bac en poche… Le changement de vie est si brutal qu’il est souvent vécu sans aucune transition. Du jour au lendemain. Certains sportifs arrivent, certes, à préparer leur fin de carrière et rebondir mais c’est toujours une épreuve délicate psychiquement et physiquement. Sans doute la plus dure de leur vie. Surtout qu’à force de n’être que sportif, ils ont de fait négligé le reste de leur identité. Et appauvrit leur vie. Sans forcément avoir mis en évidence des qualités qui peuvent servir (dans) une entreprise.

Jobs dating pour sportifs de haut niveau

Job Dating à Paris. DR

Mettre en valeur les qualités intrinsèques du sportif de haut niveau, c’est justement ce que propose de faire l’encore peu connue du grand public Fondation du sport français qui existe depuis 2011, dont l’un de ses jobs dating pour sportifs de haut niveau se déroule le 6 décembre à Font-Romeu (1). Il y aura des entreprises qui souvent ne sont pas encore mécènes à venir à la rencontre des athlètes (lire ci-dessous). “Ce seront essentiellement des entreprises d’Occitanie et de Font-Romeu. Il y aura des banques, notamment la Caisse d’Epargne Midi-Pyrénées”, explicite Charlotte Féraille, déléguée de cette fondation créée et présidée par l’ancien ministre des Sports, Thierry Braillard.

Il y a une prise de conscience dans la société. On peut se féliciter du nombre de sportifs accompagnés et des montants qui leur sont consacrés”

Charlotte Féraille, de la Fondation pour le sport français

Ancienne judokate, Charlotte Féraille est la déléguée de la Fondation du sport français (20 M€ de budget en 2024), qui “détient une forme de service public”. Cette fondation d’utilité publique accompagne les sportifs de haut niveau. Et pose peu à peu les jalons dans le but de créer un vrai parcours allant jusqu’à la reconversion. Selon la BCPE, à peine 27 % des sportifs qui ont représenté la France savent à quel saint se vouer pour la suite de leur carrière… Elle confie à titre personnel : “À moment donné, il a fallu faire un choix entre sport et études. Et comme je n’étais pas du niveau de l’Equipe de France – j’étais loin d’être l’équivalent de Teddy Riner…- j’ai choisi les études comme mes parents m’y poussaient. Et j’ai ensuite trouvé un job.” Mais pour les sportifs de haut niveau, la reconversion, ce n’est pas la même musique.

Même nos meilleurs espoirs n’ont pas d’argent ; ils ne mangent pas tous les jours et, quand c’est le cas, ils se nourrissent d’un kebab, parce que ça remplit l’estomac…”

Charlotte Féraille, déléguée de la Fondation pour le sport français. DR

Heureusement, les temps changent. “Il y a une prise de conscience dans la société, admet Charlotte Féraille. On peut se féliciter du nombre de sportifs accompagnés et des montants qui leur sont consacrés : 9 M€ par l’Etat pour 700 athlètes, ce qui a permis le doublement de l’aide personnalisée aux sportifs de haut niveau. Et nous, nous y ajoutons 12 M€ à travers nos pactes de performance. Cela a donc un impact très positif. Cela n’est possible parce qu’il est admis dans la société que les sportifs de haut niveau ne sont pas riches. En 2014, on pensait que grâce aux sponsors, ils n’étaient pas à plaindre. Mais, grâce au rapport Karaquillo de 2015, on sait que plus de 50 % des sportifs vivent sous le seuil de pauvreté, soit en dessous de 800 € par mois, souligne-t-elle. Ils se rendent même compte qu’à l’Insep, même nos meilleurs espoirs n’ont pas d’argent ; ils ne mangent pas tous les jours et, quand c’est le cas, ils se nourrissent d’un kebab, parce que ça remplit l’estomac… On a des champions qui se nourrissent de kebab alors que la qualité de l’alimentation a un impact primordial sur les performances.” Alors que dans le sport amateur où sévissent nombre de bigorexiques, de drogués du sport, ils en sont à une diététique poussée…

Le Pacte de performance concerne 700 athlètes. L’objectif est d’en accompagner bien plus dans l’optique des JO d’hiver de 2030″

La Fondation pour le sport français propose dans “l’un de nos dispositifs, le Pacte de performance qui permet l’accompagnement des sportifs de haut niveau. Il a été créé au ministère des Sports par Thierry Braillard et transféré chez nous en 2017, contextualise Charlotte Féraille. Jusque-là, l’Etat subventionnait des contrats d’image avec des sportifs. La volonté a été d’élargir le nombre des sportifs bénéficiaires des aides, en considérant que cela relevait davantage du mécénat que du sponsoring ; ces sportifs aidés sont peu connus mais confirmés, ils sont membres d’une équipe de France, même s’ils souffrent d’un déficit de notoriété parce qu’ils pratiquent des sports “cacahuètes”, peu connues… Pour participer à son financement, la Fondation ponctionne 10 % de frais de gestion sur chaque Pacte.

Job dating pour sportifs de haut niveau à Paris, DR.

Aujourd’hui, ce Pacte concerne 700 athlètes. L’objectif est d’en accompagner bien davantage dans l’optique des JO d’hiver de 2030, d’où ce job dating à Font Romeu le 6 décembre, appelé Pacte Dating. “Si on peut doubler leur nombre, c’est bien. Cela consiste à “marier” des entreprises et des sportifs. De créer un lien entre les deux mondes. Et, quand le sportif arrive au moment de la reconversion, il peut se voir proposer un emploi. Qu’il pourra ou non accepter. L’entreprise mécène s’engage à donner une bourse à l’athlète, 20 000 € par an en moyenne.”

Accompagner le sportif dès son plus jeune âge jusqu’à la reconversion dans un parcours cohérent.

Il ne s’agit pas d’un emploi détaché – de moins en moins pratiqué car il augmente la masse salariale et bloque des recrutements à plein temps – ou d’un contrat de travail : pas besoin, désormais, pendant ses années d’activité sportive, déjà à temps plein, de passer du temps aussi en entreprise entre deux compétitions. Il y a aussi le problème des carrières précoces ou celle d’étudiants qui, pour faire un BTS, “ont besoin de cinq ou six ans. Ils ne peuvent pas faire en même temps sportif de haut niveau, salarié et étudiant ; c’est la triple peine”.

Job dating pour sportifs de haut niveau à Paris, DR.

Outre la Fondation pour le sport français, il “existe d’autres fonds de dotation pour sportifs de haut niveau. Il se trouve que le versement de bourses intuiti personae fait figure d’exception juridique dans nos statuts. Certains s’amusent à nous copier.” Il peut y avoir d’autres structures, mais la Fondation abrite d’autres fondations, notamment de fédérations (handball, judo, badminton…) “La Fondation Mercato de l’emploi, elle, créée par une entreprise, spécialiste de l’insertion professionnelle avec des recruteurs indépendants, est placée sous notre égide, confie encore Charlotte Féraille. Elle a vocation à être l’étape suivante de notre Pacte de performance. Mercato prend en charge gratuitement les sportifs de haut niveau en reconversion. Parfois, en passant par la case formation, ce qui est, pour nous, la prochaine étape. On s’apprête justement à abriter une fondation dédiée à la formation.” Ce qui permet d’accompagner le sportif dès son plus jeune âge jusqu’à la reconversion dans un parcours cohérent.

Se rapprocher de la Fondation pour le sport français

Charlotte Féraille, déléguée de la Fondation pour le sport français. DR

Pour une première approche, Charlotte Feraille conseille aussi aux athlètes intéressés “de se rapprocher du délégué territorial de la Fondation du sport ; de sa propre fédération sportive qui, normalement, connaît les dispositifs existants. Ou interroger la maison régionale de la performance dans son territoire où il y a des relais dédiés”.

La Fondation du sport a également déjà aidé 700 sportifs de haut niveau. Avec un autre dispositif, baptisé Soutiens Ton Sportif : ce sont 800 athlètes supplémentaires que nous accompagnons : des jeunes en devenir. Qui vont amorcer leur carrière par le “cagnottage”. Ce dispositif passe par une plateforme style HelloAsso où le sportif peut s’inscrire et en espérer des dons qui sont défiscalisables pour l’entreprise qui les aura versés.

Olivier SCHLAMA

  • Sportifs présents à Font-Romeu  :  Zoé Boutang (Kitefoil), Ilona Martin Laemle (kayak-slalom), Estelle Causse (Taekwondo), Lohane Gerbier (Athlétisme), Romane Boudes (Sauvetage sportif) Marions Couturier (Planche à Voile), Noémie Bosc (Équitation), Laurie Phipps (Para Surf), Emilie Bondi ( Moto GP), Margaux Billy (Voile Nacra 17), Lola Barrau ( Beach tennis), Nora Koubatif (Kayak de descente), Victoria Chevalier (Parapente de descente), Valentin Fourcadier (Para snow), Naoya Pordie (snowboard freestyle), Sono Pordie ( snowboard freestyle), Maël Bernole (biathlon). Et cinq jeunes espoirs de 2030 du pôle France de ski freestyle : Jonhatan boyer, Amélie Cancel, Hugo Picouet, Tao Richasse Milo Vautier. Entreprises : Betclic, Altiservice, Nutripure, Caisse d’Epargne Midi Pyrénée, Aushopping Perpignan, Groupe Convisports, Moongy, Cenor Groupe, Elite Athlètes, Cryocontrole
  • (1) A Font-Romeu, cela s’appelle Objectif 2030 : soutenons nos champions, samedi 6 décembre 2025 – 18h30 au Centre de ressources, d’expertise et de performance sportives (CNEA) 3-5 Avenue Pierre de Coubertin, 66120, Font-Romeu-Odeillo-Via. Cet événement rassemblera une vingtaine de sportif.ves de haut niveau et plusieurs entreprises de la région autour d’un même objectif : accompagner les talents en route pour les Jeux olympiques et paralympiques d’hiver en 2026 à Milano-Cortina et en 2030 dans les Alpes françaises. Nos futurs champions, souvent confrontés à des difficultés financières, matérielles ou liées à leur reconversion, pourront bénéficier de ce moment de rencontre pour nouer des liens essentiels avec le monde économique et institutionnel.

À lire également sur Dis-Leur !

Dossier : Ces drogués du sport enfermés dans leur passion-prison

Noyades : Pour Stéphan Caron, “il y a un besoin de davantage de piscines et de pédagogie”