Vin : mobilisation languedocienne face à la « confusion » sur les origines

vin Photo Olivier Maynard

« Vérité en deça des Pyrénées, erreur au-delà »… Blaise Pascal, qui savait apprécier le bon vin, disait aussi que « Trop et trop peu de vin interdisent la vérité ». La vérité, justement, c’est tout juste ce que réclament les producteurs languedociens face à la « confusion » sur l’origine des vins contenus dans les bib (Bag-in-Box) vendus par la grande distribution…

La polémique n’est pas nouvelle. Mais cette fois, les différents acteurs de la filière viticole s’avancent unis face au négoce et à la grande distribution. C’était tout le symbole de la conférence de presse conjointe donnée au Domaine de Manse (Hérault) par Boris Calmette (Coop de France), Jacques Gravegeal (Pays d’Oc IGP) et Jean-Marie Fabre (Fédération des vignerons indépendants). Au banc des accusés, les vins espagnols qui remplacent de plus en plus souvent les IGP de Pays d’Oc dans les Bag-in-box de marque de distributeur.

« Copiés, comme Vuitton »

De gauche à droite : Boris Calmette (Coop de France), Jacques Gravegeal (Pays d’Oc IGP) et Jean-Marie Fabre (Fédération des Vignerons Indépendants). Photo D.R.

Packaging quasi-identique, homonymie, mention d’origine des plus floues… « C’est le consommateur qui est le premier trompé, il doit savoir s’il achète français, ou pas », insiste Jacques Gravegeal, en première ligne sur ce combat. Il est vrai que la « confusion » ainsi générée impacte très directement l’IGP Pays d’Oc dont 85% des volumes sont vendus en vrac au négoce. Le préjudice aurait été de 55 000 hl en 2016 ! « Ce n’est pas la concurrence étrangère qui nous dérange. C’est que le maillot de chacun ne s’affiche pas clairement », poursuit Jean-Marie Fabre.

La Direccte Occitanie (répression des fraudes) mène des investigations sur l’aspect frauduleux que pourraient revêtir certains cas. Mais, c’est d’abord sur le terrain économique que la filière vin languedocienne veut mener le combat. « Je n’aurai jamais cru qu’un jour on serait copiés, comme Vuitton, plaisante Jacques Gravegeal, qui explique plus sérieux : Nous évoluons. Nous avons su faire un pas les uns vers les autres et des concessions pour faire face au défi économique. Pour qu’il y ait un gain pour tous et pour assurer l’avenir des jeunes qui veulent s’investir dans ce métier… »

C’est l’explosion inattendue du Bag-in-Box, de plus en plus présent, qui a nourri la polémique. Il pourrait représenter 50% du vin vendu par la grande distribution en 2020 (source RVI Rayon Boissons). Certaines enseignes de la grande distribution semblent déjà  décidées à jouer la transparence. « Les autres suivront (…) Dès le printemps, on devrait gagner en clarté sur les linéaires de produits en bib. Entre français et étrangers, le consommateur saura ce qu’il achète », précise Jacques Gravegeal.

Terres du Midi, nouvelle IGP

photo D.R.

« Pour les grandes enseignes, cette transparence constituera une plus-value à long terme », affirme Boris Calmette qui évoque par ailleurs le « projet Terres du Midi » afin de partir à la reconquête du marché d’entrée de gamme grâce à cette nouvelle IGP qui regrouperait les IGP départementales (Aude, Hérault, Gard et peut-être Pyrénées-orientales…) avec pour objectif de pouvoir contractualiser avec le négoce « l’engagement à produire les volumes nécessaires de façon régulière, quelles que soient les circonstances… ». 

La difficulté restera bien sur de pouvoir assurer un coût concurrentiel. « Nous sommes conscients qu’il faut se mettre en phase avec les marchés », reconnaît Jacques Gravegeal qui ne prétend pas pouvoir s’aligner mais proposer tout de même des prix attractifs. « La marge de manoeuvre est étroite, mais elle est là », affirme-t-il.

« Notre souhait, c’est que tout cela se mette en place en 2017 », souligne Jacques Gravegeal qui insiste sur la nécessité que ces décisions soient entérinées par les différents conseils d’administration, avant de mettre en place une gouvernance commune. C’est donc une carte à la fois ambitieuse et réaliste que jouent les vignerons languedociens. Une carte qui devra s’avérer maîtresse compte tenu de la part essentielle de l’économie viticole pour l’Occitanie…

Philippe MOURET