L’entretien: Mathieu Madenian à Toulouse et Sérignan, cette semaine

Mathieu Madenian a fait parler de lui avec son livre  : « Allez tous vous faire enculer ». Il devait aussi être tous les soirs sur France 2 après le JT, avec son complice Thomas VDB mais le rendez-vous a été déprogrammé. Mais il est toujours sur scène, à Toulouse le 27 avril, Sérignan le 28….

Avouons-le, nous l’avons souvent pensé devant ces crétins qui disent « lol » à l’oral au lieu de rire simplement…, ces piétons qui traversent au rouge et qui te regardent en te faisant stop de la main : mec tu n’as pas de supers pouvoirs ! Je peux t’écraser si je veux !… ou du mec de chez Facebook qui s’est dit que ce serait sympa de nous proposer notre ex en ami… Et la lecture de ces aphorismes ne manque pas de nous rappeler des situations vécues. Mais n’oubliez pas qu’un jour ou l’autre, on est souvent l’enculé de quelqu’un d’autre ! Et puis, après le succès de son premier spectacle (230 000 spectateurs à travers la France), il reprend la route avec son deuxième on man show : Mathieu Madenian en état d’urgence (mise en scène de Kader Aoun). Il était à Lannemezan le 23 février. Il sera notamment à Toulouse le 27 avril, à Sérignan le 28 et à La Grande-Motte le 24 mai (toutes les dates  sur le site officiel http://mathieumadenian.com/) … Mais, aujourd’hui ce natif de Saleilles, dans les Pyrénées-Orientales, est sur Dis-Leur !

Comment des études d’avocat-criminologue mènent-elles à la profession d’humoriste ?

Mon père était tueur en série et quand il s’est fait attraper… non je déconne ! En fait, je suis de la génération du Silence des Agneaux, de Top Gun et soit tu devenais pilote d’avion, soit profiler comme Jodie Foster. J’étais passionné par le droit, je suis allé au bout des études ce qui représente un Bac+6. Mais à l’époque la profession de criminologue n’existait pas en France, c’était un complément du métier d’avocat. Il fallait partir aux Québec ou aux Etats-Unis. Je ne me sentais pas d’aller vivre là-bas, donc j’ai pris une année sabbatique pour réfléchir. Je suis parti six mois dans les Antilles puis quand je suis rentré en France, j’ai décidé d’aller faire un tour sur Paris avec l’idée d’essayer la scène. Plus jeune, j’avais rencontré Frédéric Lerner en village de vacances et il s’avère qu’au moment de mon retour il composait la musique de Un gars, Une fille. Il m’avait toujours dit de monter sur Paris pour tenter ma chance et il m’a permis de faire de la figuration pour la série télévisée. Premier jour de figuration, je sympathise avec Jean Dujardin et Alexandra Lamy et c’est comme ça que je me suis retrouvé à faire tous les rôles annexes non nominatif de Un gars, Une fille. Cette année sabbatique dure maintenant depuis 15/20 ans.

Vivement dimanche prochain sur France 2 de 2010 à 2014, puis Charlie Hebdo depuis 2014… C’est compliqué un tel éclectisme ?

J’ai fait Drucker, le Grand Journal, Charlie Hebdo, là je fais des pastilles sur France 2 et à coté j’ai la scène… Le dénominateur commun, c’est de pouvoir dire ce que je veux. Chez Michel Drucker, je n’aurai jamais pensé qu’on me laisse dire certaines choses et pourtant, j’ai pu le faire. Il n’y avait pas de contrôle de texte. Si j’ai accepté Canal+, c’est parce que c’était en direct. Pour Charlie Hebdo, j’ai la possibilité d’écrire en toute liberté. Et sur scène, je peux aussi faire absolument tout ce que je veux.

Vous avez aussi travaillé avec Morandini, l’avocat a-t-il quelque chose à dire sur l’affaire ?

Tout dépend, il y a l’avocat de la défense, l’avocat de l’attaque… Non pour moi, Morandini, c’est celui qui m’a donné ma chance à la radio. S’il est coupable, il sera puni, s’il n’a rien fait, il sera acquitté et puis voilà. Ce n’est pas une affaire qui m’intéresse plus que ça, ni en bien, ni en mal. Comme les autres, j’attends de voir.

Deux ans après les attentats de Charlie Hebdo et les terribles événements qui ont suivi, comment vivez vous ce que doit aujourd’hui affronter notre société ?

C’est délicat. Il faut être vraiment précis dans ces cas-là et je préfère en parler sur scène. Je ne suis pas un éditorialiste, je suis juste un humoriste qui essaie, avec ses propres armes, de faire passer son message. Je n’ai pas la légitimité de parler de Charlie Hebdo parce j’ai perdu des personnes que j’aimais beaucoup. Tignous, Cabu, Charb… Ce sont des hommes que j’admirais avant et que j’ai côtoyé ensuite, donc j’ai le regard du mec qui a perdu ses potes. Ensuite, avec ce qu’il se passe en France ou dans le monde, c’est vrai que je me lève le matin avec BFM ou I-télé en me disant : « Ouf ! Pas d’attentats ! ». Avant, quand on entendait qu’il y avait eu un attentat ailleurs que chez nous, on réalisait pas ce que c’était. Aujourd’hui, on réalise. Au moment des attentats de Charlie Hebdo, je me suis un peu senti comme Bourvil de La Grande Vadrouille mais dans Il faut sauver le soldat Ryan… C’est-à-dire que l’implication, le niveau des personnes qui sont tombées n’a rien à voir avec le mien. Les gens qui bossaient et bossent à Charlie sont et étaient prêt à mourir pour leurs idées. Ce n’est pas rien ! Et personnellement, je ne sais pas si j’en suis capable. Mais ce qui est incroyable, c’est qu’on ne pensait pas s’en remettre… Que ce soit Charlie ou le Bataclan. Finalement Charlie Hebdo est toujours présent, le Bataclan a ré-ouvert et on peut de nouveau assister à des concerts. C’est ça qu’il faut retenir : la vie continue.

Comment vous est venue l’idée de votre livre : « Allez tous vous faire enculer », paru le 19 Janvier 2017 ?

Je l’ai écrit avec Christian Parlanti et Stephane Ribeiro qui sont des amis. Stephane Ribeiro est un des plus grands auteurs de Paris, il écrit pour Ardisson, il bosse pour Charlie Hebdo, j’ai écrit avec lui pour Le Grand Journal et Vivement dimanche prochain … Moi, je suis pour la culture du gros mot, je trouve qu’un bon gros mot bien lisse est aussi beau qu’une grande déclaration d’amour. Quand mon père me dit : «  Allez, vas te faire enculer ! », ça veut dire qu’il m’aime. C’est une expression usuelle du sud. Alors c’est vrai qu’à l’écrit, ça peut choquer, mais moi je le vois de cette manière. On s’est retrouvés dans un café en Juin et on était là à se dire : « Regardes moi le, celui-là, qui passe devant la voitures et qui met la main pour l’empêcher de passer. Il croit quoi ? Qu’il a un super pouvoir ? Qu’il aille se faire enculer ! ». Alors on s’est dit que ce serait marrant de lister plein de faits dans le même genre, qui nous énervent, et ce livre ne vaudra que si il s’intitule : Allez tous vous faire enculer. La maison d’édition a accepté de se battre pour ce titre là. Je suis très fier de ce livre, parce qu’on a essayé d’en faire quelque chose qui n’est pas juste « con », c’est un mélange de tout. On va bientôt faire les 10 000 exemplaires donc on est contents.

A l’approche des présidentielles qu’est-ce qui vous irrite en France ?

La politique me fait de moins en moins rire. Quand on voit Marine Le Pen condamnée, François Fillon qui a des casseroles au cul, Macron qui va à droite, qui va à gauche, qui dit tout et son contraire… Et finalement c’est eux qui augmentent dans les sondages. Je ne dis pas que je suis forcément pour les autres mais je ne comprends plus rien. Ils ont une longueur d’avance, ils vont plus vite que nous. Par exemple, le temps d’écrire une connerie sur Fillon, il y a une autre affaire qui sort. On est rapidement démodés.

En 2014 vous qualifiez les électeurs du FN de « fils de pute » sur le plateau de Morandini. Des propos qui vous ont valu un procès contre le Front National et une déprogrammation du Festival du Rire par le maire (LR) de Saint-Raphaël, quelle a été votre réaction ?

On a joué quand même dans un village à coté, dans un camping. On a joué gratuitement pour les Resto du cœur et pour les gens qui voulaient me voir. On n’est pas allé chercher plus loin dans la polémique. Le problème des réseaux sociaux aujourd’hui, c’est qu’on peut mettre n’importe quoi en avant. Cette histoire d’insulte, j’en parle dans mon deuxième spectacle pendant dix minutes et je m’en amuse. C’est toujours mieux de s’expliquer sur scène. Il y a aussi le maire de Saleilles qui m’a attaqué  en justice parce que j’avais fait des blagues sur le village chez Drucker. Passer du FN à Saleilles… C’est un grand écart ! Pourtant, dans la vie je suis plutôt cool et j’arrive à me retrouver avec des procès, je trouve ça drôle.

La liberté de rire de tout existe-t-elle encore ?

La question n’est pas de savoir si on peut rire de tout mais plutôt de rire de ce qui nous fait rire. Soyons marrant ! Il n’y a rien de plus laid que l’expression : « Rions de tout mais pas avec n’importe qui » et d’ailleurs Charb disait : « Moi, je ris de ce que je veux et avec qui je veux ! ». Pour moi, c’est plus la définition de Charb qui est correcte. Et puis, si on se pose encore la question c’est bon signe. Il y a des pays où ils ne peuvent pas se poser la question, ils sont obligés de ne pas rire du tout. Même si notre pays rencontre des problèmes, on ne doit pas oublier qu’on vit dans une des plus belles démocraties du monde. C’est une chance ! Si Charlie Hebdo existe encore, après toutes les polémiques, après avoir risqué la faillite, après les « Je suis Charlie » et puis les «  Je ne suis pas Charlie »… c’est bon signe. Rien que pour cette raison, je suis fier d’écrire dedans.

Tous ces éléments vous inspirent-ils une retenue dans l’écriture de vos spectacles, ou au contraire une volonté d’aller encore plus loin ?

Je ne cherche même pas à me retenir ou non. Encore une fois, je dis ce que j’ai envie de dire. Je parle de mes procès, je parle de Charlie à la fin du spectacle, mais ça reste un spectacle comique. Il faut savoir rester à sa place et je ne suis qu’un humoriste. Le but du jeu c’est que ceux qui payent pour me voir passent un excellent moment. De toute manière, même si je fais passer un ou deux petits messages, je n’ai pas la prétention de vouloir changer l’opinion des gens.

Quelle est la part d’improvisation et comment se passe l’interaction avec le public ?

Ça fait partie du boulot et en général je m’adapte à l’actualité. Avant, j’écrivais sur Jupé, Sarkozy… Maintenant ça va être Macron, Fillon, Le Pen… Ensuite, je m’adapte au lieu dans lequel je vais me produire. Je vais faire un tour dans la ville, raconter des conneries sur la salle… J’essaie de consacrer dix minutes de spectacle à la nouveauté.

Pour finir, un mot sur une autre passion, le football. Vous êtes abonné à l’OM et au Barça, quel est votre club préféré ?

Je suis un peu plus marseillais car j’aime bien les équipes qui perdent ! Remarque, le Barça a perdu contre le PSG… Mais j’ai grandi au Vélodrome ! Dimanche je vais y voir Marseille-PSG (le clasico du 26 février) et comme je bosse beaucoup, ça me change les idées. Même si quand je les vois jouer je me dis : « Et bah ! Ce n’est pas ça qui va me rendre plus heureux ! ». Avec le niveau qu’ils ont en ce moment, je pense que je peux jouer à l’OM ! Enfin, peut-être qu’ils gagneront contre Paris dimanche…

Propos recueillis par Norma MOURET