Hérault : de la décharge à l’agro-écologie d’excellence

Moribond, le domaine de Mirabeau a failli devenir une décharge. Il deviendra bientôt un pôle d'excellence en agro-écologie. Photo : DR.

Le ministère de l’Ecologie vient de couronner le projet de restauration du domaine de Mirabeau, à Fabrègues (Hérault), qui devait devenir une… décharge. Au lieu de cela, il sera pôle d’excellence : sur ses 220 hectares y seront déployées des activités agricoles respectueuses de l’environnement, ainsi que des activités de recherche et de sensibilisation du public autour de la biodiversité. Une première en France.

Une transmutation.  A Fabrègues, dans la banlieue de Montpellier (Hérault), on a changé le plomb en or. On a transformé un projet de décharge en pôle d’excellence agro-écologique. Après avoir végété des années durant, le Domaine de Mirabeau, n’avait plus que son nom, fleurant bon les années fastes de l’après Seconde Guerre mondiale, pour donner le change de son prestige passé.
Il y a une décennie, son destin est scellé, se désespère-t-on : ses 220 hectares de Gardiole de ce typique domaine agricole méditerranéen (polyculture, élevage, vigne, et, bien sûr, oléiculture), et possédant traditionnelles bergerie, écuries, cave, etc. en rapport avec ses activités de plus en plus déclinantes a du mal à faire face à « l’intensification des pratiques, notamment », note Fabien Lépine, chargé du projet au Conservatoire régional des espaces naturels. Résultat, le Domaine de Mirabeau n’était voué qu’à accueillir les ordures des Montpelliérains, s’imagine-t-on à l’agglomération de Montpellier. Une décharge, quoi.
Au lieu de cela, il est en passe de devenir, grâce à dix ans de combat et une enveloppe financière que l’on espère conséquente de l’Etat (en coulisses, on évoque la possibilité de plusieurs millions d’euros ; ce qui sera décidé en juin, sous un nouveau gouvernement), un site pilote pouvant servir d’exemple au niveau national.
220 hectares dévolus à l’agro-écologie d’excellence. Photo DR.
 Le tour de force vient d’être couronné par le ministère de l’Ecologie. C‘était même la dernière sortie officielle de Ségolène Royal qui avait aussi réuni jeudi les 13 autres lauréats – dont un à Agde et un autre à Banyuls – des quatre appels à projets « eau et biodiversité » d’un programme spécifique, d’investissements d’avenir, acteurs de l’innovation pour la transition écologique et la reconquête de la biodiversité (1).

Site pilote dans l’Hexagone

 « Il y a trois ans, la commune de Fabrègues a pu finalement racheter ce domaine, via la Safer », complète Fabien Lépine. Une opportunité pour un projet résolument tourné vers l’avenir. « Ce pôle sera divisé en cinq activités, gérées par autant de porteurs de projets : élevage, agriculture, oléiculture, maraichage et viticulture. Cette dernière a été confiée à Vigne de Cocagne, première vigne solidaire de l’Hexagone, dont nous avions relaté l’aventure (voir archives).
Les vignes du site seront exploitées par Vigne de Cocagne qui porte le seul projet solidaire de ce type en France. Photo DR.
« Toutes ces activités sont en bio ou en biodynamie, permaculture, etc, ajoute-t-il. Et, dès que c’est possible, on a recours à des programmes de réinsertion (notamment dans le maraichage et la vigne). Ce domaine, qui sera aussi doté d’une salle de formation, sera partenaire de grandes institutions scientifiques comme l’Inra ou la fac de Montpellier. Enfin, nous voulons faire de ce lieu un lieu de vivre-ensemble. Pourquoi ne pas y installer une guinguette estivale, où l’on pourrait écouter des concerts et une aire de pique-nique ouverte aux familles et accessible depuis une piste cyclable  ? » Les idées pullulent pour animer ce site et en faire un pôle d’innovation sociale, comme des journées d’apprentissage de la taille des oliviers, « ce qui permettrait aux habitants de la commune et d’ailleurs d’entretenir leurs arbres ! »

Céline Le Bars, la DGS de la commune, insiste : « La vocation de ce domaine est d’être un site pilote en France mêlant agriculture solidaire, pôle d’excellence en agro-écologie et recherche. Et que l’ensemble serve d’exemple à l’échelle nationale. » Sans oublier le local et les circuits courts : « Ce domaine aura un lien très fort avec nos cantines scolaire qui servent plus de 400 repas par jour. »

Le lézard ocellé. L’une des 200 espèces recensées sur le site. Photo : DR.

Ce n’est pas tout. On trouve sur le domaine de beaux spécimens de lézard ocellé, typiquement méditerranéen. C’est le plus gros Lézard d’europe (50 cm à 60 cm) pour les mâles.  L’espèce est menacée et bénéficie d’un plan national d’actions du ministère de l’Écologie pour sa sauvegarde. C’est l’une des plus de 200 espèces inventoriées sur le Domaine qui bénéficieront directement du projet par des actions de restauration… de leurs habitats.

En présence d’Hubert Reeves

 Les lauréats étaient réunis en présence de Hubert Reeves, président d’honneur de l’Agence française pour la biodiversité, et de Louis Schweitzer, commissaire général à l’investissement, la ministre a donc annoncé les 14 nouveaux lauréats à l’appel à projets « sites pilotes pour la reconquête de la biodiversité » du PIA, sélectionnés parmi 56 dossiers déposés, pour une enveloppe de 15 millions d’euros.

Ce 4e appel à projets s’inscrit dans la continuité des trois précédents appels à projets lancés par Ségolène Royal, « Initiative PME Biodiversité 2015 », « IMPE Biodiversité » et « Initiative PME Eau et Milieux aquatiques » qui ont déjà permis de soutenir 49 projets, bénéficiant de 8,7 M€ d’aides de l’État.

Olivier SCHLAMA

Les 14 projets de l’appel à projets « sites pilotes pour la reconquête de la biodiversité » :

Ségolène Royal et les lauréats. Photo :DR.
  • ADNB / Conseil Départemental de la Dordogne : Développement d’un outil numérique d’ingénierie hydraulique et environnementale pour assister les décideurs des territoires ruraux en s’appuyant sur le traitement des images satellitaires et les sciences participatives.
  • A3PBM / Commune de Banyuls sur mer (Pyrénées Orientales) : Réalisation d’aménagements expérimentaux de reconquête de la biodiversité (musoirs, pontons et brises clapot) dans les ouvrages de sécurisation du port.
  • BIOCCITANIE 3D / Région Occitanie : Création d’un outil web 3D collaboratif permettant une meilleure prise en compte de la biodiversité dans l’aménagement du territoire.
  • BiodiverCité / Bordeaux Métropole (Gironde) : Développement d’une stratégie de gestion de la biodiversité à l’échelle de la métropole, passant par une nouvelle méthodologie de cartographie et de modélisation des milieux humides pour l’accompagnement des processus de décision, notamment en termes de compensation écologique.
  • CT975SPM-VDM / Collectivité Territoriale de Saint-Pierre et Miquelon : Restauration de la Vallée du milieu, zone humide et forestière emblématique pour les habitants de Saint-Pierre, grâce à des procédés innovants d’ingénierie écologique et de sciences citoyennes.
  • LAB / Communauté de Communes Vallée de Chamonix Mont-Blanc (Haute-Savoie) : Création d’un camp de base scientifique en altitude, dans une perspective de sensibilisation et de préservation de la biodiversité en montagne.
  • LIL’O / Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis : Reconversion de friches urbaines et industrielles pour un parc agri-urbain par phyto-rémédiation et station de compostage en économie circulaire et réinsertion sociale.
  • PEASMirabeau / Commune de Fabrègues (Hérault) : restauration agroécologique et développement environnemental d’un territoire de 220 hectares.
  • PIA BIODIVERSIT / Commune du Tampon (La Réunion) : Production de plantes mellifères endémiques, programmes de recherche et de formation, mise en place de labels pour la conservation de l’endémisme insulaire.
  • PPEPAFM / Commune de Maripa-Soula (Guyane) : aménagement et développement d’un espace de professionnalisation agricole en agroforesterie sur 20 hectares et des infrastructures nécessaires à son fonctionnement.
  • Recif’lab / Commune d’Agde (Hérault): Restauration des fonctionnalités écologiques des écosystèmes littoraux par la mise en place de modèles organisationnels et de technologies de génie écologique innovants.
  • REPRiSE / Houaïlou (Nouvelle-Calédonie) : Restauration d’une forêt dans la vallée de Néaoua. Ce projet, en partenariat avec l’union international de conservation de la nature (UICN) permet à la fois de réduire les risques naturels (mouvements de terrain et inondations) et de développer des méthodes innovantes adaptées aux Outre-Mer.
  • RTE&TVB / Parc naturel régional des Ardennes : Etudes et mise en place d’infrastructures écologiques spécifiques sous les lignes électriques et dans les tranchées forestières pour assurer la continuité écologique et participer à la reconquête de la biodiversité.
  • SILENE / Communauté de Communes de Gevrey-Chambertin et de Nuits Saint Georges (Côte d’Or) : développement d’une stratégie de gestion intercommunale de reconquête de la biodiversité incluant des expérimentations de végétalisation de stériles de carrières et de caractérisation de la biodiversité viticole, ainsi que des outils de compréhension de la biodiversité à échelle intercommunale.