Selon le ministère de l’Intérieur garant des cultes, les faits antijuifs restent à “un niveau historiquement élevé”. Les attaques contres les musulmans et les chrétiens sont aussi en hausse.
Que de violence… Alors que Lyon, théâtre de la mort, samedi, d’un militant d’extrême droite, Quentin, 23 ans, s’affirme comme familière de violences politiques avec des groupes, antifascistes et néofascistes, qui s’y affrontent régulièrement, le ministère de l’Intérieur vient de produire une étude où la violence antireligieuse est aussi prégnante.
Agressions verbales dans la rue, parfois physiques ou sur les réseaux sociaux, et plus rarement des assassinats. Alors que Emmanuel Macron demande une peine d’inéligibilité pour les “élus coupables d’actes et de propos antisémites et racistes” le jour, vendredi, de l’hommage à Ilan Halimi, jeune juif torturé à mort et tué au bout d’un calvaire en 2006 par le “gang des barbares” en 2006, les statistiques du ministère de l’Intérieur apportent un éclairage intéressant.
Vingt ans, jour pour jour après la mort de ce jeune juif, une étude vient dépeindre la réalité des actes antireligieux touchant en France les trois grandes religions monothéistes : juive, musulmane et chrétienne. Si le nombre d’actes antireligieux n’a pas augmenté, s’établissant au total à 2 489 faits en 2025, il n’a pas baissé. Et surtout la moitié de ces actes dénombrés concernent pour plus de la moitié les juifs (53 %) “alors que la religion juive demeure une religion minoritaire sur le territoire national bien que la France compte la plus grande communauté en Europe”.
Actes antisémites à un niveau historiquement élevé
Dans un contexte de flambée d’antisémitisme, on se serait douté de cette tendance peu reluisante de la société. Deux ans et demi après l’attaque des terroristes du Hamas le 7 octobre 2023, les chiffres des faits antisémites en France se maintiennent à un niveau élevé (sur les 25 dernières années, ils n’ont jamais été aussi élevés que pendant les trois dernières années dans un contexte de forte hausse suite au 7 octobre 2023), représentant plus de la moitié des attaques recensées l’année dernière, au nombre de 1 320.
Certes, l’Intérieur enregistre une baisse de 16 % par rapport à 2024 mais les chiffres se maintiennent à un “niveau historiquement élevé”, qualifie le ministère. Dans le détail, on remarque que les atteintes aux personnes – de tous les canaux, y compris les violences en ligne – représentent d’après cette étude statistique, 67,4 % de l’ensemble des actes antisémites recensés. À noter que l’année 2025 a été marquée par les agressions notables des rabbins Arié Engelberg, à Orléans, en mars ; de Elie Lemmel à Deauville (Calvados), trois mois plus tard et le lundi 9 février 2025, c’est un ado juif d’à peine 13 ans qui a été attaqué à Paris.
843 actes antichrétiens, 326 contre des musulmans
Quant aux attaques contre les chrétiens, elle se sont élevées à 843 faits, soit une hausse de 9 % par rapport à 2024. Et à 87 % ce sont des atteintes aux biens, précise le ministère. “Bien que les agressions, physiques, verbales ou la haine en ligne ne représentent que 13 % des actes antichrétiens, elles ont augmenté de 70 % en 2025, année marquée par l’assassinat d’Ashur Sarnaya, chrétien d’Orient dans le Rhône, le 10 septembre 2025, alors même que 2026 marque les 10 ans de l’assassinat terroriste du père Hamel.”

Les musulmans, eux, ont également connu une hausse importante des actes les concernant avec une hausse de 88 % entre 2024 et 2025, avec 326 attaques dénombrées. A noter deux assassinats qui ont marqué l’année 2025 : ceux d’Aboubakar Cissé, à la Grand-Combe (Gard) et de Hichem Miraoui, à Puget-sur-Argens (Var).
Lors de ses voeux aux représentants des trois religions, il y a un mois, Emmanuel Macron s’est dit favorable à organiser des Assises nationales et territoriales sur ces actes antireligieux. Sans en dire davantage.
Olivier SCHLAMA
Actes antireligieux : “Une priorité”
Cette volonté passe d’abord par la publication d’un bilan annuel, qui concernera l’ensemble des actes antireligieux et qui sera pour la première fois publié cette année. Mais aussi par un renforcement continu de la sécurité des lieux de culte.
Sur le terrain, les forces de sécurité intérieure sont pleinement mobilisées sous l’autorité des préfets de département pour assurer la sécurisation des lieux de culte, notamment “grâce à des rondes, des patrouilles et des points fixes aux abords des sites les plus sensibles, principalement lors des célébrations religieuses. La protection des lieux de culte est systématiquement renforcée pendant les grandes fêtes religieuses et adaptée au contexte local pour garantir la liberté de culte”.
Sensibilisation accrue des représentants des cultes

Eu égard à l’importance de l’acculturation des cultes aux enjeux de sécurité, le ministère de l’Intérieur a lancé, en mars 2025, un module de sensibilisation à destination des responsables religieux. Ce module, actuellement déployé sous l’égide des préfets de département, vise à définir les contours des enjeux de sûreté et de sécurité et à former les responsables religieux aux bonnes pratiques en la matière. Plus de 220 sessions ont d’ores et déjà été réalisées.
Soutien financier pour sécuriser les lieux de culte
“Depuis 2015, l’Etat s’engage financièrement pour protéger les lieux de culte à travers le programme de sécurisation des sites cultuels. Ce dispositif permet de soutenir des projets essentiels pour renforcer la protection des lieux de culte, notamment à travers l’installation de systèmes de vidéosurveillance, de verrous et de portes blindées. En 10 ans, l’Etat a alloué près de 48 millions d’euros pour soutenir la protection de lieux de culte à travers ce programme.
Recours assumé aux mesures de police administrative
“Le ministère de l’intérieur poursuivra les dissolutions d’associations ou groupements, gels d’avoirs financiers et signalements aux autorités judiciaires. Le gouvernement, et en particulier le ministère de l’intérieur, sera pleinement engagé pour organiser des Assises nationales et territoriales de lutte contre les actes antireligieux, annoncées par le président de la République.”
Lors de ses vœux aux cultes le 12 janvier 2026, le président de la République a annoncé le lancement par le gouvernement d’Assises nationales et territoriales sur la lutte contre les actes antireligieux dans les prochains mois. Le ministère de l’Intérieur, en tant que ministère garant de la liberté d’exercice du culte et de l’ordre public y prendra toute sa part pour renforcer encore la mobilisation de l’ensemble des acteurs concernés et identifier des pistes nouvelles pour mieux prévenir et réprimer ces actes graves et intolérables. En 10 ans, l’Etat a alloué près de 48 M€ pour soutenir la protection de lieux de culte à travers ce programme.