Photographie : Un Canault relie Sète à Paris et le Visa expire à Perpignan

Sète, au Bar à Lire, le 14e arrondissement de Robert Canault. Photo Ph.-M.

Il nous parle d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître… Au pays de Brassens, c’est pourtant un air d’Aznavour que nous inspirent les clichés en noir et blanc de Robert Canault à découvrir à Sète, au Bar à Lire, jusqu’au 29 septembre. Sans oublier, bien sur, Visa Pour l’Image à Perpignan, jusqu’au 16 septembre…

Robert Canault est comme ses clichés, tout en nuances. Une multitude de nuances de gris. Mais contrairement à l’erreur que font les générations saturées des couleurs trop crues, entre le noir et le blanc, le gris n’est pas terne, ni triste. Sur une large palette il sait être subtil, sophistiqué, élégant. L’élégance de ce « petit peuple » que le photographe a su saisir au détour des rues et des comptoirs, en d’autres temps, dans le quartier Plaisance, de la Porte de Vanves à la Gaité…

La magie est au coin de la rue

Brassens à Paris… Photo ©Robert CANAULT

Plaisance, dans le 14e arrondissement de Paris, c’est aussi le quartier où vécut Georges Brassens (au 7, impasse Florimont), qui figure d’ailleurs parmi les portraits réalisés par Robert Canault qui a également croisé la route de Jean-François Bizot, d’une fanfare, d’artistes de rues, de militantes et de quelques piliers de bistrots, etc. L’oeil toujours attentif, celui qui a sillonné le monde pour les plus grands titres de la presse magazine sait aussi déceler la magie qui se cache au coin de la rue… Une magie que l’oeil de Robert partage avec la langue du chanteur sétois.

Au Moyen-Age, le gris était associé à la sagesse et à la connaissance. Ne comptez pas trop sur la sagesse du photographe, dont la moustache gaillarde frétille encore à l’idée du prochain cliché… Quant à la connaissance, il pourrait tout aussi bien prendre l’accent d’un Gabin pour vous dire « on ne sait jamais le bruit, ni la couleur des choses. C’est tout c’que j’sais. Mais ça, j’le sais ! »Il sait aussi saisir la vie, de brefs instants de vie, pour nous proposer un regard dans le rétroviseur, comme une parenthèse apaisante et drôle avant de revenir vers le fracas du monde…

La 30e de Visa Pour l’Image

Le monde, il n’est jamais très loin, en fait. Jusqu’à dimanche (16 septembre) il est même à Perpignan, où se termine la 30e édition du festival international du photojournalisme Visa Pour l’Image… Faut-il encore présenter cet événement ?Qui, avec les Rencontres photographiques d’Arles (où certaines expositions sont encore visibles jusqu’au 23 septembre) et Images Singulières à Sète forment un fantastique triumvirat de célébration de l’image.

« Faire redécouvrir des photographes un peu oubliés, confirmer des talents, et permettre à des jeunes photographes de se faire connaître. Il suffit de regarder la liste des quelque 840 expositions que nous avons produites pour se rendre compte à quel point nous n’avons pas changé, depuis 1989. Pas changé ? Pour certains, c’est un reproche. Pour nous, c’est une ligne de conduite. Il suffit de voir les projets d’hier et de demain qui se réclament de Visa pour l’Image. Si
ce n’est pas une reconnaissance du travail accompli… » soulignait avant cette 30e édition Jean-François Leroy, fondateur et toujours directeur de Visa.

Plus de 1500 photos, 25 expositions… « On vous montre le monde tel qu’il est, avec ses drames, ses joies et ses problèmes… » souligne l’organisateur et on peut lui faire confiance ! Pas les yeux fermés, ce serait dommage pour un festival de la photographie, mais sans hésiter en tout cas. C’est le dernier week-end (*) alors, n’hésitez plus !

Philippe MOURET

(*) Entrée gratuite, tous les jours, de 10h à 20h, du 1er au 16 septembre 2018
Du 17 au 21 septembre, les expositions restent ouvertes spécialement pour les groupes scolaires (sur rendez-vous).
Le Bar à Lire, à Sète, (28, Grand’rue Mario-Roustan) : Robert Canault : « Quartier Plaisance, de la Porte de Vanves à la Gaîté », jusqu’au 29 septembre. Vernissage samedi 15 septembre à 19H.