Municipales : Maire bâtisseur, maire battu ? La bétonisation ne plombe pas toujours l’élection !

Pose de panneaux électoraux pour les élections municipales. Ph. Olivier SCHLAMA

“Pour les petites communes, les maires battus sont les maires peu bâtisseurs”, pas ceux qui gèrent une commune d’au moins 50 000 habitants, révèle une enquête de l’Institut des hautes études pour l’action dans le logement. Dans une seconde étude, les maires réclament “stabilité des normes” et “soutien financier de l’Etat” en matière de logement.

À un mois des municipales, le logement – de plus en plus cher, lapalissade ! – s’invite comme chien dans un jeu de quilles. L’Institut des hautes études pour l’action dans le logement (Idheal) livre ainsi deux études – basées sur des statistiques entre 2014 et 2020 – qui révèlent un paradoxe puissant : des maires qui se sentent désarmés face à la crise, se disant prêts à des mesures radicales sur les loyers, notamment leur encadrement par la puissance publique, et des maires qui craignent pour leur réélection si, d’aventure, ils ont trop bétonné leur ville. Sur 6 229 maires sortants qui ne se représentaient en 2020, seuls 14,5 % d’entre-eux ont été battus. Sachant que “le taux de maires battus augmente avec la taille de la population ». Et en Occitanie, les maires sont des hommes sont plutôt âgés.

Dans les communes de moins de 3 500 habitants, il y a même une “prime au bâtisseur”

Élections municipales. Ph. Olivier SCHLAMA

La première des deux études livrées par les chercheurs Pierre-Henri Bono et Partial Foucault (Sciences-Po-Cevipof) porte sur 9 327 communes de plus de 1 000 habitants (soit 52,3 millions des 67,4 millions de Français, hors Paris, Lyon et Marseille qui ont des maires d’arrondissement). La peur primale des maires sortants qui flippent de ne pas être réélus à cause de la bétonisation de leur commune ? Eh bien, les sciences politiques nuancent terriblement cette crainte…!  A retenir dans ce cas : il n’y a ni automaticité ni règles universelles. “Pour les petites communes, les maires battus sont les maires peu bâtisseurs”, énoncent-ils. Dans les communes de moins de 3 500 habitants, il y a même une “prime au bâtisseur », ironisent-ils : ainsi, ceux qui construisent sont mieux réélus que ceux qui n’en font pas autant.

Dans les villes d’au moins 50 000 habitants, les maires réélus ont en moyenne moins augmenté leur stock de logement entre 2014 et 2020 que les maires battus”

En revanche, le tableau est plus sombre dans les communes plus importantes, d’au moins 50 000 habitants. L’adage du fameux Pierre Billote (1) se vérifie à la lettre : “Les maires réélus ont en moyenne moins augmenté leur stock de logement entre 2014 et 2020 que les maires battus”, enseigne cette étude inédite.

Quant aux communes intermédiaires – de 5 000 à 20 000 habitants – le dosage prévaut (regardez la polémique à Font-Romeu, par exemple, où l’élection se focalisent entre davantage de construction et une pause). Construire mais point trop n’en faut. Les chercheurs établissent la possibilité de créer une production allant “de 2,5 à 9 % du stock”.

Cette étude pose en fait une question de fond, démocratique. Certains maires pourraient être tentés d’utiliser la production de logements pour façonner leur électorat – cela se fait sans le dire depuis des décennies ! Les maires de gauche construisent certes davantage de logements sociaux dans les grandes villes mais cela n’est pas une condition suffisante de leur réélection. Mais cela fonctionne à plein pour le logement privé ; il suffit de regarder la gentrification des communes balnéaires de Méditerranée française.

Le logement, une priorité mais ils se disent impuissants

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La seconde étude, baptisée La Parole aux maires, dresse le portrait d’élus locaux mal à l’aise sous leur écharpe : 65 % des 1 028 maires sondés jugent évidemment, sans surprise, que l’enjeu du logement « élevé » ou « très important » pour leur propre commune. Mais entre le constat et la volonté politique, il y a de la marge… Aveu de faiblesse ? Dans l’étude, on apprend que bien plus de la moitié des premiers magistrats, à 61 %, disent que la production de logements est une priorité ; mais dans le même temps ils qualifient aussi leur capacité d’action de « faible » ou « nulle ». Pourquoi ? Même s’il existe des dispositifs, y compris de création de foncières ou des programmes nationaux comme Coeur de Ville, la majorité des maires se sentent relativement impuissants face à un foncier inabordable (ce qu’avouent plus d’un quart des maires) et une complexité des normes qui sapent toute velléité politique. Pas partout, loin s’en faut…

Les électeurs se préoccupent aussi de la santé, comme nous vous l’expliquions ; plébiscitent la question environnementale ; ou se qui se passe à Perpignanpermet de comprendre ce qui peut se passer ailleurs en France”

Les maires demandent “stabilité des normes et soutien financier de l’Etat”

Paradoxe supplémentaire, les maires demandent davantage de pouvoir, davantage de décentralisation croit-on savoir mais… ils ne sont que 8 % des sondés à le réclamer quand on leur pose la question… En revanche, une majorité des maires réclament stabilité des normes et un soutien financier de l’Etat. “Les maires ne veulent pas plus de pouvoirs. Ils veulent un état plus cohérent qui accorde les moyens qu’ils faut”, confirme Cyrille Poy, auteur de cette étude originale.

Où l’on n’est pas au bout de nos surprises : la demande d’encadrement des loyers met les maires d’accord, faisant disparaître sur ce point les clivages politiques. Ainsi, la moitié des maires que l’auteur a sondés sont favorables à la généralisation de cette mesure dans toutes les communes où s’exprime la crise du logement. Où s’exprime le plus outrageusement la gentrification qui chasse les habitants de leurs communes. Mais cette volonté d’interventionnisme ne signifie pas non plus que les maires – décidément retors ! – deviendraient favorables aux récentes lois comme celle sur le zéro artificialisation nette, rejetée par 56 % des maires sondés. Un frein au développement de leur commune, avancent-ils…

Olivier SCHLAMA

  • (1) L’étude re-convoque un marqueur de la politique nationale qui résonne encore dans l’inconscient collectif : “J’ai été battu, parce que j’ai été un bâtisseur”, c’est par ces mots que le général Pierre Billotte (1906-1992) analyse sa défaite aux élections municipales de 1977 à la mairie de Créteil, dans le Val de Marne’. Pourtant, ce « gaulliste de gauche », lauréat de la grande médaille de l’urbanisme en 1972, a fait passer sa commune de 32 000 à plus de 67 000 habitants en 12 ans. Cette transformation radicale de la ville, moderne et bien équipée, n’a pas suffi à convaincre la population de lui donner les voix nécessaires pour un troisième mandat. Ou au contraire l’a motivé pour ne pas le réélire. Faut-il voir à travers l’exemple du maire de Créteil le principe loin d’être toujours vérifié mais sans cesse brandi comme un risque, des « maires bâtisseurs, maires battus »? Est-ce bien la politique de grands projets et de changements rapides qui a raison des maires sortants, ou alors, faut-il chercher ailleurs les raisons de la défaite, par exemple dans la gestion des finances locales, l’image du maire, son capital politique, son orientation idéologique ?”

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