Art urbain et Patrimoine : « In Situ » en Occitanie

Pierre-Alexandre RÉMY, Flottes à travers, 2018, acier peint et grès émaillé, 400 x 900 x 320 cm, photomontage de l’artiste pour la 7e édition de IN SITU Patrimoine et art contemporain à l’Hôtel Flottes de Sébasan © Pierre-Alexandre Rémy

A l’initiative de la région Occitanie Pyrénées-Méditerranée, la 7e édition d’In Situ, se déroulera du 22 juin au 30 septembre 2018. « Cet évènement s’attache à valoriser de manière originale le riche et somptueux patrimoine de la région ». Douze monuments classés au patrimoine mondial de l’Unesco ou inscrits à l’inventaire des Monuments historique se sont prêtés à l’œil et au jeu de douze artistes contemporains. Marie Caroline Allaire Matte, la commissaire indépendante de la manifestation explique son travail…

Comment s’est organisé le choix des lieux en sachant que Carcassonne a été élue capitale de l’évènement cette année ?

Le centre des monuments nationaux (CMM), a souhaité fêter l’anniversaire des 20 ans du classement de la cité de Carcassonne au patrimoine mondial de l’Unesco. L’association Le passe muraille a travaillé en amont pour identifier et choisir d’autres lieux, en cohérence avec cet évènement. J’accompagne ensuite les responsables sur place pour découvrir les monuments et leur expliquer mon travail.

Stéphane THIDET, La crue, 2010, bois de peuplier, clous acier, vis et colle à bois, dimensions variables. Collection MAC VAL – Musée d’art contemporain du Val-de-Marne © Marc Domage

Je choisis l’artiste en fonction du lieu et je n’amène qu’une seule proposition. On l’étudie ensemble en fonction du site. Si mon choix n’est pas adapté je reviens vers eux avec une autre proposition. Le choix de l’œuvre doit être pertinent par rapport au lieu. Ils sont tous différents par leur nature, leur histoire et leur ampleur.

Dans l’Aveyron pour le musée du patrimoine industriel et minier je me suis attachée aux histoires industrielles que les vestiges traduisent. A Narbonne, pour la Tour Gille du Palais des archevêques, j’ai instantanément pensé à Nicolas Daubanes qui a travaillé sur les graffitis. Les murs en étaient couverts. Il les a reproduits en néons d’une taille suffisante pour qu’ils soient spectaculaires. Il a réagit par son travail à une histoire présente assez peu développée dans la vie du site.

Et puis il y a des choses parfois totalement imprévisibles comme le format des portes, le poids et le volume des œuvres qui vont devoir s’adapter en fonctions des escaliers, parfois en colimaçon comme dans le château de Foix.

Comment réagissent les artistes aux monuments que vous leur proposez ?

Il arrive parfois qu’ils ne soient pas disponibles mais il n’y a pas de refus par rapport au lieu. Ils se déplacent toujours sur site avant de dire oui et apportent parfois des propositions auxquelles je n’avais pas pensé. Il y a des lieux qui demandent une œuvre in situ c’est-à-dire produite pour le site et d’autres qui acceptent tout à fait que l’on déplace une œuvre pré-existante. Je choisis parfois l’artiste en fonction d’une œuvre que je connais et qui répond parfaitement au lieu. Et lorsque l’on est d’accord, c’est formidable.

Comment expliquez-vous les réactions suscitées par l’œuvre de Felice Varini à Carcassonne ? Et plus généralement, dès que l’on associe de l’Art contemporain à des lieux historiques ?

Felice VARINI, Cercles concentriques excentriques, Carcassonne 2018, 7e édition de IN SITU Patrimoine et art contemporain au château et remparts de la cité de Carcassonne, Porte d’Aude © André Morin

Je pense qu’il y a eu un effet de surprise qui est du à plusieurs choses. Le centre des monuments nationaux voulait présenter à Carcassonne un évènement marquant pour les vingt ans du classement par l’Unesco. C’est une œuvre très spectaculaire, monumentale, « impactante » mais totalement réversible et qui n’engendrera aucun dommage sur le bâtiment historique. Le protocole habituel de Varini est de créer un effet de surprise qui n’est dévoilé qu’une fois que l’œuvre est réalisée. Il y a donc impossibilité de communiquer sur le projet en tant qu’image avant qu’il ne soit terminé.

Nous avons commencé à communiquer dès le début de l’installation, avec deux réunions publiques. On a invité les Carcassonnais à rencontrer l’artiste. Il y a eu beaucoup de monde. Il a expliqué son travail et à montré ses réalisations. Le premier vernissage a été organisé exclusivement pour les habitants. Felice Varini était là et a répondu à toutes les questions. C’était un très beau moment, au soleil couchant.

Le point de vue qui permet d’appréhender l’ensemble de son travail est accessible gratuitement et ouvert à toutes heures du jour et de la nuit. Les touristes sont totalement emballés et il y a un amusement évident à la découverte de la dimension que prend cette réalisation voulue par Felice quand on arrive à la porte de l’Aude.

Les français sont très attachés à leurs monuments. L’impact sur le patrimoine quand il s’inscrit de manière aussi monumentale, même temporairement est toujours perçu comme quelque chose d’illégitime et cette dimension là effectivement on a du mal à la dépasser, du mal à dire que c’est une trace réversible de très courte durée, à l’échelle de la présence du monument.

Y a-t-il d’autres manifestations comme In situ en France ?

C’est une démarche artistique unique. Elle a été porté en 2012 par les services culture et patrimoine de la région, (à l’époque Languedoc Roussillon) pour valoriser des lieux très connus et créer un dispositif « satellite » vers d’autres un peu moins visités. Mais il y a de vrais lieux magiques avec des œuvres qui s’installent pour plusieurs années comme le grand mur réalisé In Situ à l’Abbaye de Lagrasse par Christian Jaccard en 2017. Tous les événements en cliquant sur le site de In Situ ICI..

Propos recueillis par Sandrine PLAUD