Un Sétois à la tête de Peugeot : J.-P. Imparato, homme de moteur et de coeur

Jean-Philippe Imparato avec sa femme Magali, et sa fille Camille. Il a aussi un fils, Vincent. Photo : DR.

Jean-Philippe Imparato dirige la marque Peugeot, participant à son redressement jusqu’à en arriver à ce que la 208 devienne voiture de l’année 2020. Comment ses jeunes années ont-elles façonné ce grand patron, passionné de voitures et de littérature ? « C’est un personnage », disent de lui ses proches. Qui a « l’obsession du client final ».

Courageux, érudit, passionné, une fidélité à toute épreuve… Enfant, ado, adulte : c’est le même portrait de Jean-Philippe Imparato que dressent tour à tour ceux qui le connaissent. Ses jeunes années à Sète et son éducation duale – littérature et automobile – l’ont façonné pour le restant de sa vie. Et peut-être programmé pour son exceptionnelle réussite professionnelle. N’a-t-il pas lancé, à coup d’innovations, la 3008 qui permit de sauver la marque ? La 208, voiture de l’année 2020, c’est lui aussi…(1)

Catherine Rossi connaît bien le Jean-Philippe Imparato de ses jeunes années quand « on partait à la plage de Sète ensemble. C’était un peu mon poupon : j’ai onze ans de plus que lui… En fait, nos familles se sont beaucoup fréquentées quand sa maman a perdu un proche… » Sa grand-mère et mes parents se voyaient à l’époque régulièrement. « J’ai évidemment suivi son parcours brillant qui ne m’étonne guère. C’était, déjà, enfant, un gamin sérieux, studieux et tatillon. Il aimait les choses carrées », retrace Catherine Rossi, bénévole très connue dans la ville portuaire de Brassens, notamment engagée auprès des Amis des Marins et de l’association Je suis né à Sète.

Jean-Philippe accorde beaucoup de respect au travail et à la personne au travail. C’est un vrai Sétois dans l’âme »

Manu Imparato, son frère
Jean-Philippe Imparato. Ph. DR.

Le frère de Jean-Philippe Imparato, Manu, employé communal affecté à la sécurité des plages et pompier volontaire depuis 25 ans à Sète, ne dit pas autre chose. De huit ans son cadet, Manu Imparato décrit son DG de frère de « parfois pointilleux ». Il dit : « Jean-Philippe accorde beaucoup de respect au travail et à la personne au travail. C’est un vrai Sétois dans l’âme. Il adore tout ce qui fait notre belle ville de Sète : nos traditions et nos spécialités culinaires. C’est quelqu’un de simple. Et de très accessible. » Avant lui-même de se préparer à aller participer une course de 4X4, en Espagne – « si elle n’est pas annulée à cause du coronavirus », dit-ilManu Imparato confirme que l’automobile est une passion qui se partage « depuis longtemps en famille. »

Mon père, Georges, nous a donné le virus de l’automobile… »

Manu Imparato explique : « Mon père, Georges, nous a donné le virus. Jean-Philippe, lui, fait plutôt de la piste. Il est davantage dans la performance. On a été élevés là-dedans. J’avais huit ans quand mon père nous emmenais en Jeep. Il avait lui-même participé à la Coupe de France trial 4X4. Jean-Philippe a toujours été passionné d’automobile. Ma mère aurait peut-être davantage pensé à autre chose pour lui, une carrière d’avocat par exemple. De toute façon, il aurait pu percer dans d’autres domaines. Mais c’est le monde de l’auto qu’il a foncièrement choisi. À 17 ans, après un bac A avec mention très bien, il est parti faire des études à Grenoble, dans une école de commerce. »

Avec tout ce que j’ai fait dans ce groupe, en y découvrant des métiers différents à chaque fois, j’ai l’impression d’avoir changé de boîte plein de fois ! »

Jean-Philippe Imparato

Depuis, Jean-Philippe Imparato n’a jamais cessé de monter les échelons de son entreprise de coeur qu’il n’a jamais quittée : Peugeot. Jusqu’à en façonner le futur et redresser la marque, plongée en 2011-2012, dans des « années noires » « l’on ne savait pas si on allait pouvoir payer tous les salaires à la fin du mois », a-t-il confié au Magazine Auto Plus. Il arrive aux manettes de Peugeot en 2016. Les ventes foncent depuis vers des records. Avec un acmé : la 208 élue le 2 mars voiture de l’année 2020. Les bonnes nouvelles ne se freineront pas. Pleinement engagée dans l’électrification de sa production, Peugeot, qui a aussi fait du respect des obligations CO2 en Europe en 2020 une priorité, situe son mix électrique à 15 %. 

Comme de nombreux Sétois, célèbres ou non. Jean-Philippe Imparato connaît depuis 30 ans qu’il y bosse tous les rouages de la maison Peugeot. Après l’école de management à Grenoble, il entre donc chez Peugeot. Coopération au Maroc. Apprentissage du métier en France pendant quelques années suivi d’une deuxième phase dans ce monde industriel « où j’ai appris tout l’amont de l’entreprise, dit-il, de la conception à l’industrialisation de nos voitures » ; puis expérience en Chine entre 2003 et 2006 « pour bien connaître le développement international du groupe » ; et encore : patron de nos marques en Italie puis de Peugeot international. « Avec tout ce que j’ai fait dans ce groupe, en y découvrant des métiers différents à chaque fois, j’ai l’impression d’avoir changé de boîte plein de fois ! »

Le monde automobile opère une bascule énergétique et va vers l’électrification massive. On peut estimer qu’en 2030 il n’y aura plus un seul moteur thermique sur les voitures »

Un « état d’esprit », insufflé par son DG, a présidé à ces très bons et étonnants résultats. « On a réussi une martingale design et technologie, notamment avec la 3008, voiture de l’année en 2017 et la 208, voiture de l’année 2020, battant Tesla et Porsche. On a aussi développé le I-cockpit : une ambiance intérieure qui nous différencie de l’ensemble de l’industrie. C’est probablement la première fois dans le segment des citadines urbaines que l’on peut choisir son moteur, essence, diesel, électrique. Le groupe s’est redressé et aligne maintenant depuis près de cinq ans des résultats qui sont à la fois systématiquement en progression et des records de profit qui nous placent dans les benchmark mondiaux. C’est une bonne nouvelle pour l’entreprise et le secteur automobile. Une entreprise qui va bien peut financer son développement et la recherche dans un contexte qui change énormément. »

Peugeot, de l’antique à l’électrique. Ph. DR.

Jean-Philippe Imparato ajoute : « On est dans une très profonde transformation du métier. Le monde automobile opère une bascule énergétique et va vers l’électrification massive. On peut estimer qu’en 2030 il n’y aura plus un seul moteur thermique sur les voitures. La seconde révolution est de l’ordre de la connectivité : notre monde va se rapprocher de plus en plus de la 5 G. Et notre industrie va aller vers la voiture autonome. » Né d’une mère institutrice et d’un père bijoutier-joailler, Jean-Philippe Imparato n’aura loupé que la première année de cette école de commerce. Et pas « par manque de travail mais à cause d’une mononucléose », confie l’un de ses amis, Fabien Martelli. Cet avocat, fils de médecin et petit-fils d’un ancien maire de Sète, Gilbert, évoque des anecdotes qui traduisent bien le caractère déterminé de Jean-Philippe Imparato qui « a quand même imaginé la 3008 ! »

En philo, ça avait été le seul à faire une analogie entre la flèche d’une cathédrale et sa symbolique phallique. Il avait, je crois, approché ou eu 20/20 à l’épreuve… »

Fabien Martelli, avocat et ami.
Son fils, Vincent, et sa fille, Camille. Ph. DR.

Suivre les règles oui, mais avec beaucoup d’audace. Une anecdote personnelle : également volleyeur dans sa jeunesse, Jean-Philippe Imparato se fit notamment remarquer par des « coups » bien personnels, comme attaquer un service adverse, ce qui en soi n’était pas interdit à l’époque. Mais pas du tout dans les canons de ce sport. De quoi impressionner l’adversaire et sa propre équipe… Enfin, toujours pour l’avocat Fabien Martelli, Jean-Philippe est quelqu’un « d’extrêmement courageux. Il n’a peur de rien. Une bande de voyous m’avait harcelé. On jouait au tennis au Mas Viel (NDLR : il y joue toujours assidûment deux fois par semaine). Eh bien, il est sorti du cours et les as fracassés à coup de raquette ! »Enfin, Fabien Martelli évoque la « fidélité absolue »  de Jean-Philippe Imparato : « Au premier SMS, il répond immédiatement. Il n’a pas beaucoup changé depuis qu’il a rencontré celle qui allait être sa femme au bal du monôme, et avec qui il vit toujours… » Fidélité aussi envers Peugeot où il a fait toute sa carrière. Envers ses amis d’enfance. Et sa façon d’appréhender son métier.

L’éducation que l’on a reçue, les uns et les autres, à cette période dans cette petite ville de Sète nous a conduits à aimer les gens et à ne pas faire de différence. On se retrouvait facilement tous, ados, sans considération de quoi que ce soit ; sans se la raconter et en restant proche. Ça sculpte une personnalité… »

Jean-Philippe Imparato

« J’ai tendance à ne pas renoncer… » Un mantra. Pour Jean-Philippe Imparato, « l’éducation que l’on a reçue, les uns et les autres, à cette période dans cette petite ville de Sète nous a conduits à aimer les gens et à ne pas faire de différence. On se retrouvait facilement tous, ados, sans considération de quoi que ce soit ; sans se la raconter en permanence et en restant proche. Ça sculpte une personnalité pour le parcours d’après… » Il se dit toujours baigné de ses lectures « d’avant qui ne sont pas toujours conformes à la bien-pensance. J’étais assez féru de Sartre ou de Nietsche. » Pas spécialement des lectures… bizness. « Ça apprend à réfléchir ; ça apprend à désapprendre. À s’interroger. À se challenger. A se structurer une pensée… », dit celui qui est papa d’une fille de 21 ans, Camille, en 3e année de médecine et d’un fils, Vincent, en terminale S.

Son enfance et sa jeunesse sétoises ont-elles compté au point de lui montrer la voie ? « Comme dit l’autre, la terre colle aux sabots », formule Jean-Philippe Imparato. « On éclaire toujours son futur avec son passé. C’est vrai pour Peugeot. C’est vrai pour moi. J’ai la chance d’être à la tête d’une entreprise qui a 210 ans d’histoire en France. D’une « boutique » qui est née le 26 septembre 1810… Et qui a traversé des tas de trucs, des révolutions de tous ordres. On se baigne de cette histoire-là pour écrire les 10 ans ou 15 ans qui viennent. Si je transpose ça pour moi, j’ai l’obsession du client final. Et ça je le retrouve dans ce qui fait mon éducation. Mon papa était bijoutier. Je passais à la boutique à chaque fois que je sortais de l’école. C’est une bonne partie de mes mercredis et de mes samedis après-midi chez lui. Je l’observais. » La boutique et la multinationale, même stratégie.

Si tu n’a pas le respect du client ou si tu ne baignes pas dans ce qu’il te dis pour concevoir ou développer tes produits, tu es mort. »

Sète… Photo : Olivier SCHLAMA

Selon lui, « les principes sont les mêmes : si tu n’a pas le respect du client ou si tu ne baignes pas dans ce qu’il te dis pour concevoir ou développer tes produits, tu es mort. » Sa marque de fabrique : privilégier le contact avec le terrain. Il expose : « En plus d’être patron de Peugeot, je suis responsable des quelque deux cents garages de l’entité retail du groupe qui vend à peu près 300 000 voitures par an aux particuliers. C’est extrêmement éclairant d’être très au contact de ce que ceux qui gèrent ces garages vivent. La 208 que je lance cette année est à la fois thermique et électrique. Il est évident que cela engendre une transformation mentale incroyable dans mon domaine. Toutes nos équipes de vente et d’après-vente sont baignées du thermique et, forcément, pour eux, c’est un changement de monde. En étant à leur contact permanent, je peux prendre la mesure de ça, avec humilité. On va expliquer. Les aider. Leur donner les clefs. »

Voir comment ça « respire »…

Jean-Philippe Imparato reproduit l’irremplaçable contact direct observé chez son bijoutier de père.Et que de trop nombreuses firmes négligent. « Je m’astreins plusieurs fois par mois d’aller sur le terrain pour voir comment ça « respire », dit-il. Il revendique avoir « baigné dans un environnement où l’on a appris depuis tout petit si on voulais être capable de découvrir le monde, il fallait que l’on soit capable de quitter notre belle ville et de partir à l’assaut de la capitale. Quand tu nais à Paris, c’est simple. Quand tu viens de ta province, au bord de la plage et que tu dois trouver ton propre chemin, ça suppose une certaine résilience. »

C’est un fonceur et un lettré. Il n’a peur de rien. Il peut être tête brûlée. Ado, il se lançait régulièrement des défis en se foutant pas mal des conséquences. »

Jean-Marc Darrigade, avocat pénaliste et ami d’enfance
Jean-Philippe Imparato, 1er à gauche, avec ses amis tennismen. Dont Fabien Martelli, juste à sa gauche. Jean-Marc Darrigade est le second en partant de la droite. Photo : DR.

Avocat pénaliste et comptant également parmi ses proches amis d’enfance, Jean-Marc Darrigade abonde envers un Jean-Philippe Imparato étonnant. Doté d’une gueule d’ange à l’époque et d’un caractère trempé dont il a usé pour « gommer son accent méridional » : « C’est un fonceur et un lettré. Il n’a peur de rien. Il peut être tête brûlée. Ado, il se lançait régulièrement des défis en se foutant pas mal des conséquences. C’est comme ça qu’il a eu des accidents de ski. Il y a deux facettes dans sa personnalité : ses passions pour la littérature et la voiture. Il a su combiner les deux. Il a de l’audace, de l’intelligence. Et c’est un commercial dans l’âme. Hors pair. » Dans le sens où il sait être en « commerce » en bonne relation avec autrui. « Je me rappelle que son père avait une Diane. Il en avait troqué le moteur d’origine pour le remplacer par un moteur de Porsche ! On grattait tout le monde avec cet engin ! Jean-Phi, c’est un personnage… »

Olivier SCHLAMA

  • (1) La marque Peugeot est présente dans près de 160 pays avec plus de 10 000 points de contacts dans le monde. Peugeot a vendu 1 500 000 véhicules en 2019. La nouvelle Peugeot 208 est la voiture la plus vendue en France sur les deux premiers mois de l’année 2020. La marque place trois véhicules dans le top 5 des véhicules les plus vendus en France : new 208, 3008 et new 2008.

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