Tourisme – Statues (3) : Non, ils ne sont pas morts les poètes !

Péire Godolin, poère occitan (1580-1649), sa statue de la place Wilson, à Toulouse. Photo © Chloë SABATIER - Agence d'attractivité Toulouse

Bien vivante la poésie ? Incontestablement si l’on en croie la fréquentation du festival des Voix Vives, à Sète. Ici on peut croiser les représentants d’une langue d’Oc toujours vivace, tels Aurelia Lassaque ou Miquel Décor… Mais ce sont d’autres voix qui nous intéressent ici, celles que l’on entend sourdre de la pierre ou du bronze des statues qui les immortalisent, ici ou là en Occitanie…

La statue de Frédéric Mistral à Toulouse, signée Sébastien Langloÿs. Photo ©S. LANGLOYS

A tout seigneur tout honneur : Frédéric Mistral (*). Sur le site de l’Université de Montpellier III (UM-3), consacré à « la littérature d’oc », il est dit de lui : « Consacré poète épique par Lamartine à la parution de Mirèio (1858). Couronné par le Prix Nobel en 1904 pour son œuvre de poète et de lexicographe (Lou Tresor dóu Felibrige), il meurt en pleine gloire en 1914. Par ses engagements idéologiques (il évolue du républicanisme au conservatisme) et par le modèle littéraire qu’il représente, il suscitera de grandes vocations et pèsera sur l’évolution du mouvement félibréen… »

Trajet en coup de vent, de Mistral à Godolin

Et l’on reparle ici de Sébastien Langloÿs, déjà croisé dans nos articles précédents. Car c’est à lui que l’on doit (aussi) la statue de Mistral érigée à Toulouse sur les allées qui portent son nom. Inauguré en 2019, on doit ce monument à une initiative de la Maintenance de Gascogne-Haut-Languedoc du Félibrige, conjointement menée avec Convergéncia-Occitana et en partenariat avec la ville de Toulouse.

Il suffit d’une dizaine de minutes à pieds pour rejoindre, depuis Frédéric Mistral l’un de ses illustres prédécesseurs quelque peu oublié : Pèire Godolin (1580-1649). Sa statue trône au beau milieu d’une fontaine de la place Wilson, en compagnie d’une femme nue et alanguie…

Godolin en majesté, place Wilson à Toulouse. Photo ©N. RAYMONDE – Agence d’attractivité Toulouse

L’oeuvre du sculpteur Alexandre Falguière (1831-1900) rend ainsi hommage à  ce Toulousain qui est né et a grandi dans une famille bourgeoise de Toulouse. « Après une formation de juriste, il consacra sa vie à l’écriture, et devint une sorte de poète officiel au point d’être pensionné, à la fin de sa vie, par les Capitouls de la ville », précise l’UM-3.

Son œuvre est rassemblée dans Le Ramelet mondin (Le petit bouquet de Toulouse), « petit bouquet » qui s’augmenta plusieurs fois, lors de ses éditions successives, de nouvelles floretas (petites fleurs), c’est-à-dire des poèmes composés entre deux éditions, soit quatre fleurettes en tout à la dernière édition de 1646. On peut accèder à son oeuvre sur le site Gallica de la BnF, avec traductions en regard pour ceux qui auraient quelque difficultés avec la Langue occitane.

Jasmin, un parfum de poésie flotte sur Agen

La statue de Jasmin (X) à Agen, sur la place qui porte son nom. Photo D.-R.

Mais il est déjà temps de quitter le XVIIe siècle. Car on nous attend à 116 kilmètres de là, au… XIXe ! Pas besoin de faire appel à H.G. Wells, une voiture suffira pour explorer le temps et se rendre… à Agen !

A la rencontre de Jacques Boé, dit Jasmin, (1798-1864), né et mort dans la cité du Lot-et-Garonne. Coiffeur-perruquier, métier qu’il exerça jusqu’à la fin de ses jours, il fréquenta les plus grands de son époque comme le roi Louis-Philippe ou encore Chateaubriand et LamartineNapoléon III organisera même une soirée en son honneur !

Ses poèmes, s’ils furent imprimés dans divers recueils, sont avant tout destinés à être déclamés, voire chantés. Il sillonne l’Occitanie pour une « tournée » digne des show-men d’aujourd’hui.  Se produisant même à Toulouse accompagné de vingt musiciens et de plus de 380 figurants ! Se voulant cependant toujours proche du peuple, il reversait la totalité des gains de ses prestations artistiques à des œuvres de bienfaisance.

Remarqué par l’académicien français Charles Nodier (1780-1844), c’est ce dernier qui va le faire « monter » à Paris. Jasmin recevra de nombreuc prix, mis à l’hinneur par le Félibrige et l’Académie d’Agen,mais aussi par l’Académie Française. Il sera fait chevalier de la Légion d’Honneur en 1845. A Paris, une station de métro porte encore son nom. Mais c’esr dans sa ville natale d’Agen que l’on peut voir la statue en bronze  (inaugurée en 1870) qui lui rend un  éternel hommage, oeuvre du sculpteur Vital-Dubray.

Béziers, des poétes « servis » sur un plateau !

Depuis le Lot-et-Garonne, il faut tout de même prévoir près de 3 heures de route pour cheminer jusqu’au département de l’Hérault, plus précisément à Béziers. Presque 300 kilomètres plus loin, donc, mais toujours le Second Empire. C’est en effet en 1867 que fut inauguré le Jardin du Plateau des Poétes.

Jean Laurès (Lou Campestre), au Plateau des Poètes de Béziers. Photo © Plateau des Poétes

Ce vaste espace vert de 5 hectares, – que l’on doit aux dessins des frères Eugène et Denis Bühler, architectes-paysagistes d’origine suisse – est enrichi de nombreuses statues, notamment dues au sculpteur bitterois Jean-Antoin Injalbert (1845-1933). Mais c’est surtout le « plateau des poétes » qui nous intéresse ici : six bustes d’hommes illustres dits les poètes (le moine Maffre Ermengaud, Jacques Azaïs, J.-P. Guillaume Viennet, Joseph Rosier, Gabriel Azaïs et Benjamin Fabre par Jean-Antoine Injalbert) , ainsi que celui de Victor Hugo signé Jean Magrou et celui d’Emile Barthe signé J.-G. Roustan.

Le parc en images : http://plateaudespoetes.toile-libre.org/index.htm

Enfin (surtout), la statue de Jean Laurès (1822-1902) dit Lou Campestre par Villeneuve. Selon le site Occitanica : « Modeste paysan, homme du peuple, Jean Laurès, très tôt passionné par l’écriture, est un autodidacte. C’est en langue occitane qu’il écrit ses peines et ses joies. Son ouvrage majeur Lou Campestre, préfacé par Frédéric Mistral et publié en 1878, constitue un précieux témoignage sur la vie quotidienne au XIXème siècle à Villeneuve-lès-Béziers. »

Fin de ce troisième périple de statues en statues. Les poètes d’antan sont toujours bien présents, sinon dans les mémoires, en tout cas dans le décor quotidien des habitants de l’Occitanie d’aujourd’hui. Ils méritent bien tous un détour et, pourquoi pas, un moment de lecture ? Comme l’écrivait Mistral : « Chantons la gloire de nos pères / Qui dans l’histoire Ont fait leur trou / Et qui toujours, nous disent les livres,/ 
Sont restés libres Comme la mer et le mistral. » (**)

Et pour ceux qui préférent l’air du temps, alors il est encore temps d’aller à Sète, à l’évoute des Voix Vives 2020

Philippe MOURET

(*) Frédéric Mistral, fut un fervent partisan de la renaissance de la langue occitane. Il est né le 8 septembre 1830 à Maillane (Bouches-du-Rhône), où il est mort le 25 mars 1914, et où il est inhumé. Mistral fut membre fondateur du Félibrige, membre de l’Académie de Marseille, maître ès-jeux de l’Académie des jeux floraux de Toulouse et, en 1904, prix Nobel de littérature pour son œuvre Mirèio (Mireille). Il s’agit d’un des rares prix Nobel de littérature en langue non reconnue officiellement dans l’État auquel il appartient administrativement.
(**) Les Iles d’or (1875), I. Les Chansons : Les enfants d’Orphée de Frédéric Mistral

Statues et escapades en Occitanie

  • Chapitre 1 : Chaussez les bottes de D’Artagnan et en route pour le Gers. Lire la suite…
  • Chapitre 2 : Nougaro, Trenet, Brassens, etc. Une playlist en bronze de Toulouse à Montpellier. Lire la suite…