Tourisme/Occitanie : « Une saison estivale bonne mais contrastée… »

Le Pic du Midi, dans les Hautes-Pyrénées, a fait le plein, cet été. Photo : Olivier SCHLAMA

Les professionnels dont l’activité n’est qu’estivale ont sauvé leur année. Ce qui n’est pas le cas pour ceux qui travaillent à l’année. Directeur du Comité régional du tourisme, Jean Pinard nous livre un premier bilan de l’été en Occitanie.

Le tourisme génère, en Occitanie, un chiffre d’affaires de 16 milliards d’euros. L’été en représente 25 % en moyenne sur l’ensemble de ce territoire, parfois 50 % pour le littoral. « La saison a été plutôt bonne par rapport à ce que l’on pouvait craindre… » Et elle n’est pas finie. Directeur du Comité régional du tourisme d’Occitanie (CRT), Jean Pinard reste toutefois prudent car la situation est « contrastée ». « A priori, confie Jean Pinard, si on prend la totalité des mois de juillet et d’août, on a de vraies bonnes performances à la campagne et en moyenne montagne et puis on n’est pas loin du niveau habituel sur le littoral et dans les Pyrénées. La situation est plus tendue et difficile dans les villes. Et une situation très difficile à Lourdes. »

Pyrénées plébiscitées davantage en août qu’en juillet

Jean Pinard. DR.

Jean Pinard en convient : « Les Pyrénées ont été plébiscitées, davantage en août qu’en juillet. Avec une particularité cette année : pas de Tour de France en été. Or, le Tour de France passe habituellement beaucoup de temps dans les Pyrénées. Ça joue beaucoup et beaucoup sur une clientèle qui venait, en juillet, avant le passage des coureurs et après. Trois jours de passage l’an dernier (le Tour est resté une semaine en 2019), c’était l’équivalent de dix jours de présence touristique très intense. Ça a donc manqué en juillet. »

Taux d’occupation très bons sur le littoral

Sur le littoral, le début de la saison a été « un peu poussif, jusqu’au 11 juillet. Et ensuite des taux d’occupation très bons. Et surtout une fréquentation, y compris à la journée, très bonne. Il ne faut pas oublier que les gens ne sont pas partis à Pâques, il y a donc eu un rattrapage ; certains en ont profité pour allonger leur séjour estival, par exemple. Avec une particularité, là aussi : c’est une clientèle jeune qui avait l’habitude de se rendre dans les îles espagnoles ou plus loin. Et qui est venue ou restée chez nous ».

Ceux qui ont une activité ultra-saisonnière, du 1er juin au 30 septembre, s’en sortent, et devraient avoir un bilan assez ressemblant à celui des années passées. Voire, pour certains un bilan supérieur… »

À qui profite cette saison en tout points exceptionnelle ? « Ceux qui ont une activité ultra-saisonnière, du 1er juin au 30 septembre, s’en sortent, et devraient avoir un bilan assez ressemblant à celui des années passées. Voire, pour certains un bilan supérieur, ce qui est assez vrai pour beaucoup d’opérateurs de tourisme nature qui ont profité d’une clientèle de proximité. Les loueurs de canoë, de paddle, etc. ont fait une bonne saison. À l’inverse, ceux dont l’activité estivale ne pèse pas autant dans l’année vont se retrouver quand même en difficulté. C’est pour cela qu’il faut être prudents. La saison ne change pas forcément grand chose pour ceux qui travaillent à l’année. »

« Les clients des restaurants se sont lâchés »

Photo CRT.

Les clients des restaurants, eux, se sont-ils lâchés ? « Oui, on peut considérer que le fait d’avoir été privés de restaurant pendant ces mois de confinement a fait que beaucoup de gens se sont lâchés, en particulier cet été. Il y a eu un sentiment de frustration. On le voit dans la consommation des activités de loisirs aussi : les gens ont reporté leur consommation, impossible pendant le confinement, à cet été. » 

Ce qui nous sauve, c’est une fréquentation des hébergements que l’on appelle non marchands : les résidences secondaires – qui sont nombreuses en Occitanie -mais aussi les « lits » que l’on peut occuper dans la famille, chez les amis… »

« C’est une saison qui, sur juillet et août, est dans les standards d’une saison estivale habituelle. Ce qui nous sauve, c’est une fréquentation des hébergements que l’on appelle non marchands : les résidences secondaires – qui sont nombreuses en Occitanie -mais aussi les « lits » que l’on peut occuper dans la famille, chez les amis ; cela a pu en partie combler ce que l’on a pu perdre en hébergements marchands. » Le niveau de satisfaction des professionnels du tourisme, l’enquête de conjoncture habituelle du CRT, devrait bientôt compléter ce premier bilan.

Jean Pinard ajoute que « c’est la clientèle française qui a sauvé la saison. La clientèle régionale était très présente, bien aidée en cela les dispositifs mis en place par le conseil régional, comme un million de billets de trains à 1 € ; la carte Occ’ygène… Cela a favorisé de la mobilité et donc de la consommation. Nous avons constaté une nouvelle consommation touristique cette année, faite de ménages qui n’étaient pas forcément ceux sur lesquels on comptait. Nous avons donc bénéficié des Français qui sont restés en France et qui, d’habitude, partaient à l’étranger et des gens qui étaient toujours sur le fil économiquement et qui, avec les dispositifs mis en place par la Région Occitanie, ont pu le faire à proximité de chez eux, en Occitanie. On ne sait pas encore à quel niveau ce surplus de clientèle française compensera les étrangers, eux, qui sont beaucoup moins venus », crise du covid-19 oblige.

L’hôtellerie a souffert et comme il y a beaucoup d’hôtels en ville, cela a eu un impact important

Le parc des loups, en Lozère. Photo : Thibault Vergoz, CDT Lozère

Le mode d’hébergement qui a le plus souffert ? Les hôtels. Et, principalement, « l’hôtellerie en ville. Et comme il y a beaucoup d’hôtels en ville, cela a eu un impact important », surtout que s’y ajoute le tourisme d’affaires qui s’est effondré. « On en est là au niveau zéro : il n’y aucun congrès, pas de rassemblement professionnel. C’est très dur dans ce domaine », souligne Jean Pinard.

Bonnes perspectives pour septembre

La prochaine question désormais c’est de savoir ce que va donner l’arrière-saison. Auprès des seniors, des commerçants, etc., qui sont une clientèle privilégiée du mois de septembre. « Des campagnes de communication ont été prolongées, notamment sur le littoral. Des partenariats comme avec France Télévision avec des émissions comme des Racines et des Ailes. A priori, même si on a un point dur sur les réservations pour les groupes, en chute, le mois de septembre s’annonce de bonne facture pour les réservations individuelles. » Jean Pinard sait aussi que les touristes sont météosensibles. « Cela peut fortement jouer surtout dans les décisions de dernière minute », dit-il.

« Fréquentation inespérée sur le littoral »

Le lac de Loudenvieille, en Hautes-Pyrénées. Photo : Olivier SCHLAMA

Directeur du cabinet spécialisé Protourisme, Didier Arino confirme que la situation du tourisme en Occitanie est « très contrastée ». D’une part, « le littoral a connu une fréquentation inespérée ; la clientèle de proximité a répondu présent ; les restaurants, les prestataires d’activités ont vu passer beaucoup de monde. Les gens avaient besoin de se retrouver, notamment en famille et avec les amis après le confinement. D’où le fort taux de remplissage des maisons secondaires qui ont connu une très forte densité en Occitanie. » L’intérieur des terres ? « Cela a aussi très bien fonctionné. Car, là aussi, le besoin de grands espaces, de nature s’est fait fortement sentir, notamment en Lozère et en Aveyron qui ont fait littéralement le plein. » En revanche, « la situation est très difficile dans les métropoles de Montpellier et Toulouse. »

« Les gens se sont lâchés. Certains prestataires ont vu leur chiffre d’affaires bondir de 20 %, battant certains records »

Sur la question des dépenses, Didier Arino l’avoue : « La dépense moyenne a été plus élevée. Les gens se sont lâchés. Certains prestataires ont vu leur chiffre d’affaires bondir de 20 %, battant certains records. » Le spécialiste ne dit pas autre chose que Jean Pinard : « On peut se réjouir de cette parenthèse globalement positive ; c’est en particulier une excellente nouvelle pour les activités hyper saisonnières mais cela ne sera pas forcément suffisant pour tenir jusqu’au printemps prochain… » Sans oublier des situations particulières très préoccupantes pour l’hôtellerie, les villages de vacances, notamment ceux tournés vers le social et le tourisme d’affaires : « Il n’y a plus un congrès, séminaire ou rencontres professionnelles… »

Olivier SCHLAMA

  • Contacté, le CDT de Lozère explique qu’en juillet les prestataires interrogés sont 40% à estimer une fréquentation plus haute qu’en 2019. « Tout était plein en Lozère : il y a eu du monde partout. » Des Cévennes aux Gorges du Tarn en passant par le Mont Lozère. Selon les premiers éléments, le mois d’août suit la même tendance. « Les logements labellisés Gîtes de France nous ont dit que c’est la première fois qu’ils louent tout les neuf semaines de l’été. Notre centrale de réservations a parfois atteint 400 appels par jour. Un record absolu… »
  • Le Pic du Midi pris d’assaut. Haut lieu du tourisme en Occitanie, le Pic du Midi a connu, du 4 juillet, date de sa réouverture après plusieurs mois de confinement, au 31 août, une hausse de son chiffre d’affaires de + 14,5 % par rapport à 2019 (à 7,7 M€ sur l’année pleine) qui était déjà une « année record ». Mais, attention, depuis le 1er janvier 2020, le chiffre d’affaires a chuté de 20,7 %, compte tenu des presque quatre mois de fermeture.

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