Témoignages : Quand le Covid s’immisce dans la maternité

Le "doudou" et un masque, des accessoires désormais indispensable pour une sortie avec bébé... Drôle d'époque ! Photo Emilie WOOD

Certaines ont dû accoucher sans la présence de leur conjoint, d’autres ont fait le choix de donner la vie à la maison pour éviter les hôpitaux… Certaines sont tombées malade du Covid-19 en pleine grossesse, ou tandis qu’elles allaitaient leur bébé. Portraits de jeunes mamans qui doivent affronter les angoisses de la crise sanitaire au cœur de leur foyer.

En cas de Covid, l’OMS recommande

aux jeunes mamans de maintenir l’allaitement

car les bénéfices pour le bébé sont supérieurs

aux risques encourus.” (vidéo :

OMS, allaitement maternel et coronavirus)

Tombée enceinte en mars 2020 – lors du premier confinement – Zoé, qui habite Toulouse (Haute-Garonne), n’a eu que deux jours pour se réjouir de l’heureux évènement avant que son mari ne tombe malade. “Au début on ne pensait pas au Covid. Mais il se sentait si mal qu’il a pris un arrêt de travail (…)  Et 3 jours après, c’était à mon tour de tomber malade.”

Pas facile de décrocher un rendez-vous pour une échographie

La fatigue, conjuguée à celle du début de grossesse, ne semble pas s’atténuer avec le temps. Il s’avère qu’en plus du Covid, le couple a contracté la mononucléose. “Mon mari l’avait eue lorsqu’il était enfant. Le Covid l’a réactivée… et ensuite il me l’a donnée.”

Situation, on s’en doute, éprouvante à la fois physiquement et psychologiquement : “On connaissait encore mal cette maladie et on ne savait pas à quoi s’attendre. On n’était pas sûrs que la grossesse allait tenir. Et avec le confinement personne ne pouvait venir nous aider.”

Décrocher un rendez-vous pour l’échographie de datation, en étant positive au Covid, s’avère également une difficulté inattendue.  Après de nombreux refus, c’est une sage-femme qui accepte de la recevoir un vendredi en fin de journée, pour limiter au maximum le risque de contamination envers ses autres patients.

Une naissance à la maison…

La grossesse se poursuit cependant et Zoé, forte de son expérience d’un premier accouchement naturel et sans encombre, décide d’accoucher chez elle : “Comme mon terme était prévu pour le 27 décembre, beaucoup de gens étaient en congés. Je m’étais inscrite à une maternité au cas où. Au final, ma fille est née onze jours après terme, donc tout le monde était de retour !”

Zoe avec Nell sa dernière née et Yséa sa fille aînée… Toute la famille va bien !. Photo Emilie WOOD

Si l’accouchement se passe sans problème, la petite Nell naît avec une quasi absence de thyroïde. Le diagnostic tombe alors que le nouveau-né n’a qu’une dizaine de jours. Mais il faut plusieurs mois pour trouver un dosage médicamenteux qui lui convient.

S’il est impossible de savoir si la malformation de la thyroïde de Nell est dû au Covid contracté pendant la grossesse, Zoé en est intimement persuadée. “Mon corps était vidé, à bout de souffle, en pleine grossesse. Cela n’a pas pu être bon pour le bébé”, dit-elle.

Peu de professionnels pour l’encourager à allaiter…

La maladie frappe une deuxième fois la petite famille en avril 2021, probablement via l’école maternelle où des cas de Covid ont été confirmés, notamment la maîtresse de leur fille de 4 ans, Yséa. L’aînée a quelques symptômes bénins tout d’abord, puis c’est au tour de la petite Nell, alors âgée de 3 mois.

“C’était très dur pour elle; elle ne tétait plus, elle avait beaucoup de fièvre, et elle alternait périodes de pleurs et de dodos…” La situation est d’autant plus préoccupante que le traitement pour la thyroïde semble être affecté également par la maladie.

“On a dû appeler SOS Médecin plusieurs fois pendant trois semaines qui ont été très difficiles. Je la gardais au peau-à-peau au maximum. Il me fallait tirer mon lait pour éviter les engorgements car elle ne tétait pas assez… “

Petit à petit, les choses semblent s’arranger, la fièvre tombe… puis revient brusquement. “On a dû aller aux urgences un mois après. On ne sait pas si elle a eu une rechute du Covid ou un tout autre virus…” poursuit Zoé.

… Malgré les recommandations de l’OMS

En cas de Covid, l’OMS recommande aux jeunes mamans de maintenir l’allaitement car les bénéfices pour le bébé sont supérieurs aux risques encourus. Pourtant, Zoé a trouvé que certains professionnels de santé n’encourageaient pas son allaitement, notamment à l’hôpital.

“Lorsque j’étais positive au Covid, les prises de sang indispensables pour ma fille était particulièrement difficiles. Je la mettais au sein pour qu’elle soit plus calme, et certains infirmiers n’appréciaient pas. Ils avaient peur de la moindre goutte de lait tombée, on nous aspergeait de désinfectant. C’était vraiment perturbant…” Cependant, aujourd’hui, Zoé allaite toujours sa fille de 17 mois, qui s’est pleinement rétablie.

“La vaccination chez la femme allaitante est sans risques”

Flora, qui vit à Castres (Tarn), a également contracté le Covid lorsque son bébé avait 3 mois, en janvier 2021, suite à une réunion de famille : “Le 15 (le numéro d’appel d’urgence des pompiers, NDLR) m’a expliqué que je pouvais continuer l’allaitement mais qu’il fallait être très vigilants et bien surveiller mon bébé. Ça a commencé par une simple rhinopharyngite, puis de la toux. J’ai été bien malade pendant 4 ou 5 jours.”

Photo Emilie WOOD

La petite Myriam ne semble pas avoir été affectée par la maladie. Depuis, Flora a été vaccinée tout en continuant à allaiter sa fille.

En effet la Haute Autorité de Santé, le CRAT (service d’information sur les risques des médicaments, vaccins, radiations et dépendances pendant la grossesse et l’allaitement), et l’OMS s’accordent pour dire que la vaccination chez la femme allaitante est sans risque.

“Il n’existe pas de données sur la sécurité des vaccins anti-Covid-19 chez les femmes qui allaitent (exclues des essais cliniques) ou sur leurs effets sur les nourrissons allaités ou sur la production de lait”, indique un texte de la Société de Pathologie Infectieuse de Langue Française à destination des soignants, datant du 15 février 2021.

Taux élevés d’anticorps dans le lait maternel de femmes vaccinées

“Néanmoins, les vaccins approuvés en Europe et aux Etats-Unis étant dénués de pouvoir infectieux, sans passage systémique attendu, donc sans passage dans le lait, le CRAT et les CDC considèrent qu’une vaccination par un vaccin à ARN messager est envisageable chez une femme qui allaite. Il n’y a pas d’argument pour penser que cela sera différent pour le vaccin d’AstraZeneca.”

D’autre part, des études qui ont été menées sur le lait maternel de mères vaccinées les chercheurs ont observés des niveaux significativement élevés d’anticorps spécifiques du SRAS-CoV-2 dans le lait, 7 jours après la première dose de vaccin.

Plus d’informations détaillées sont à trouver sur le site de La Leche League https://www.lllfrance.org/vous-informer/actualites/2120-allaitement-et-coronavirus-questions-reponses)

L’anxiété et la méfiance existent aussi

Un argument qui ne convainc pas tout le monde, cependant. Telle Carole, habitante de Nîmes (Gard) et maman de deux enfants, une fille de deux ans, Charlotte, et un petit garçon de deux mois, Jules, hésite encore à se faire vacciner : “On dit qu’il n’y a pas de risques, mais en réalité, on n’en sait rien. Il y a plein de scandales médicaux qui arrivent dix ans plus tard…” s’inquiète-t-elle

Pour cette nîmoise “l’anxiété est le sentiment que partagent toutes les mamans” pendant cette pandémie. Enceinte, de peur de contracter le Covid, elle s’isole et ne voit personne. ET lorsqu’elle est obligée de voir quelqu’un elle porte un masque FFP2.

La crise du Covid, la naissance difficile de sa première fille à l’hôpital où elle avait eu le sentiment à l’époque de ne pas réussir à faire entendre ses choix pour l’accouchement, l’ont décidée, comme Zoé, à accoucher à la maison : “Je suis ravie d’avoir fait ce choix. Ça ne correspond pas à tout le monde bien sûr. Mais je trouve qu’on n’explique pas assez aux femmes que c’est possible (…) les statistiques montrent que les problèmes sont marginaux.”

Depuis son accouchement, Carole est moins anxieuse. Elle doit reprendre son travail au mois d’août et son enfant ira à la crèche.

Ce sentiment d’anxiété est également partagé par Elodie, de Perpignan (Pyrénées-Orientales) qui a accouché il y a 6 mois : “Pour ma fille de 4 ans, je n’ai jamais eu peur de tomber malade. Mais le climat anxiogène de ces dernières années me fait faire des insomnies, j’ai peur de la maladie. Pas juste du Covid, mais de toutes les maladies. J’ai même constitué des stocks de lait maternel pour mon fils au cas où je devais disparaître, ce que je n’avais pas fait pour ma fille. Je me suis fait vacciné dès que ça a été possible pour moi de le faire,à cause du stress.”

Pour France, habitante de Palau-de-Cerdagne (Pyrénées-Orientales), commune toute proche de la frontière espagnole, l’accouchement pour son troisième enfant est tombé dix jours après le début du premier confinement, en mars 2020.

Un papa qui a (finalement) pu assister à la naissance

A Palau-de-Cerdagne (Pyrénées-Orientales) France a accouché à l’hôpital de Puigcerda et , coup de chance, son époux a pu assister à la naissance. Photo Emilie WOOD

La situation était d’autant plus compliquée que l’hôpital le plus proche était situé à la frontière, côté espagnol (celui de Puigcerdà, NDLR). “Lorsqu’on m’a annoncé que le papa ne pourrait pas assister à la naissance, ça a été un gros stress pour moi. Une naissance, c’est une seule fois dans la vie d’un enfant, et on ne peut pas décaler l’arrivée de bébé à cause du confinement…”

Le jour J, lorsque le couple arrive pour l’accouchement, les contrôles aux frontières ralentissent le trajet… Heureusement le papa signale l’accouchement imminent de sa femme et on leur facilite le passage : “Je ne sais pas si c’est parce que je suis arrivée en urgences, mais au final ils ont laissé le papa assister à la naissance. On m’a autorisé à enlever le masque pendant le travail. Après, il a fallu le remettre.”

Pendant ses trois jours à l’hôpital, seul son conjoint à le droit de visite et France n’a pas le droit de quitter l’étage de la maternité : “Pas de visite, ça, c’est la partie du confinement que j’ai apprécié. L’allaitement n’était pas facile à mettre en place, mon bébé était en hypoglycémie et il avait besoin de passer beaucoup de temps au sein. Du coup c’était bien de ne pas être obligée de recevoir des gens.”

Une fois le stress de l’accouchement passé, France n’a plus ressenti d’anxiété vis-à-vis du Covid : “On vit dans les montagnes, avec peu d’habitants autour de nous, alors je n’ai jamais été vraiment inquiète de tomber malade du Covid. J’ai une amie qui a accouché trois jours après moi à Montpellier. Son conjoint n’a pas été autorisé pendant l’accouchement et l’anxiété du Covid est encore très présente pour elle…” 

Emilie WOOD

Tranches de vie (et de covid)