TdF 2019 : La Grande Boucle ne fera pas qu’un petit tour en Occitanie

Tour de France 2019 La "Sky", la formation qui a remporté six des sept dernières édition du Tour de France cessera d'exister à la fin de la saison. A suivre, donc, sur les routes d'Occitanie et juillet... Photo D.-R.

Sur la carte, cela ne ressemble pas vraiment à un « tour » de la France. C’est pourtant bien la fameuse épreuve cycliste qui va faire étapes entre le 15 et le 24 juillet en Occitanie. En passant par Albi, Toulouse, Bagnères-de-Bigorre, Tarbes, Limoux, Foix, Nîmes, etc. Plus d’un tiers de la compétition, qui s’élancera de Bruxelles le 6 juillet pour se terminer à Paris, le 28 du même mois. Et qui fête cette année les Cent ans du Maillot Jaune !

C’est en provenance de Saint-Flour (Cantal) que le peloton entrera le lundi 15 juillet en Occitanie, pour arriver à Albi à l’issue d’une étape de plat longue de 217,5 km (la 2e plus longue du Tour cette année, après Belfort-Châlon-sur-Saöne : 230 km). La Cité épiscopale, chef-lieu du Tarn, sera l’occasion d’une étape de repos le 16… avant une nouvelle étape de plat jusqu’à Toulouse (167 km), le mercredi 17.

Trois jours à Albi, deux arrivées au sommet

Une bonne mise en jambes avant d’entamer un programme qui pourrait laisser quelques traces après ce long passage dans la région. Il s’agira en effet d’enchaîner une première étape de montagne entre Toulouse et Bagnères-de-Bigorre, puis un contre-la-montre à Pau (brève escapade en Nouvelle-Aquitaine), avant d’affronter deux moments clé : L’étape de Tarbes, le samedi 20 juillet, avec arrivée au sommet du Tourmalet et, dès le lendemain, les 185 km menant de Limoux à Foix, avec une arrivée inédite au Prat d’Albis.

Les coureurs auront bien mérité leur journée de repos du 22 juillet à Nîmes, avant une boucle autour de la cité gardoise le 23 et un départ depuis le Pont du Gard le 24, pour une étape « accidentée » qui les verra quitter le territoire de l’Occitanie Pyrénées-Méditerranée, direction Gap et les sommets des Alpes, pour de nouvelles tribulations…

Les 100 ans du Maillot Jaune

cyclisme Tour de France 2019
Qui endossera le Maillot Jaune, cent ans après Eugène Christophe ? Photo D.-R.

Et comme il y a toujours quelque chose à fêter sur les routes du Tour de France, cette édition 2019 sera l’occasion de commémorer… « Les 100 ans du Maillot jaune » ! Car jusqu’en 1919, le premier coureur au classement général du Tour portait, un brassard vert. Pas facile à repérér dans un peloton ! Henri Desgranges, créateur et organisateur de l’épreuve eut alors l’idée de faire porter à ce leader une tunique spécifique. Son journal « L’Auto » (future L’Equipe, à partir de 1946) étant imprimé sur du papier jaune, il choisit naturellement cette couleur…

Pour la petite histoire, c’est le Français Eugène Christophe qui fut le premier à endosser la tunique jaune, à Grenoble le 19 juillet 1919. celui que l’on surnommait alors le « Vieux Gaulois » en raison de son imposante moustache, ne fut plus alors que « Le Canari » (*)… Qui portera le plus célèbre maillot de l’histoire du cyclisme lors du passage du Tour de France en Occitanie ? Cent ans plus tard, jour pour jour, c’est lors du contre-la-montre de Pau que l’on aura la réponse…

Une arrivée en plein cœur de Toulouse

Il est en tout cas temps de se préparer à vivre pleinement l’événement. la Ville d’Albi qui bénéficiera de trois journées du Tour (arrivée le 15, journée de repos le 16, départ le 17) notamment s’apprête à faire du passage de la Grande Boucle « un des moments fort de la saison estivale que ce soit pour les Albigeois, les visiteurs comme pour les passionnés… », précise l’équipe municipale d’une cité tarnaise désignée « ville la plus sportive » par L’Equipe en 2012. L’enfant du pays, Lilian Calmejane aura sans doute à cœur de se faire remarquer, sous la livrée de son équipe, Direct Energie

Et de nombreuses communes traversées par la Caravane du tour s’apprêtent également à fêter l’événement. Notamment à Toulouse qui n’avait plus accueilli d’arrivée d’étape du Tour depuis 2008. Cette fois, c’est en plein cœur de la Ville Rose que le peloton va s’enfoncer, avec une arrivée (probablement au sprint) devant la Toulouse Business School

Philippe MOURET

(*) Eugène Christophe est bien connu des amateurs occitans du tour de France. En 1913, il avait marqué les esprits pour avoir fait réparer la fourche cassée de son vélo par un forgeron de Sainte-Marie de Campan (Hautes-Pyrénées), au pied du Tourmalet. Pour le centenaire du Tour, en 2003, une plaque commémorative a été inaugurée sur le bâtiment de la forge devenue un site légendaire de l’histoire de la Grande Boucle…

La « petite reine » vue par la BD

S’il est un sport aussi épique que graphique, à propos duquel les auteurs peuvent exprimer tout leur talent de conteurs et d’illustrateurs, c’est bien le cyclisme. Il suffit de s’attarder un instant sur les sept pages d’action vertigineuse réalisées par Franquin pour « La Mauvaise tête » (8e album de la série Spirou) pour en être définitivement convaincu.

Les Pieds Nickelés au Tour de France
Belle édition vintage chez Vents d’Ouest.

Mais c’est bien sur le Tour de France qui a offert à la BD ses albums les plus épiques. En commençant, sur le mode satirique, par les inévitables Pieds Nickelés qui, toujours à l’affût d’une idée rocambolesque pour faire fortune, ont un nouveau plan : devenir riches en créant leur marque de cycles ! Évidemment, l’épreuve reine pour faire la promotion d’une nouvelle marque, dans les années 50 comme aujourd’hui, c’est le Tour de France… Mais pour faire gagner leur champion Ribouldingue, pas question de trop se fatiguer. Le lecteur halluciné va alors assister à une succession de procédés de triche des plus intéressants, auxquels même Lance Armstrong n’aurait pas pensé… À l’occasion du 100e Tour de France (2013), les éditions Vents d’Ouest ont réédite dans une belle édition vintage ce petit bijou publié en 1956. « Les Pieds-Nickelés au Tour de France »… Un album tout en mouvement, sous le crayon d’un maître du genre : René Pellos, qui n’a pas manqué une occasion de ramener ses héros sur la Grande Boucle…

Humour et grands classiques

Humour, encore, avec l’album officiel des 100 ans du Tour de France : « Léonard : Tour de Génie » (44e album de la série). Au fil d’une cinquantaine d’albums, le Léonard de De Groot et Turk aura décidément tout inventé, même… Le Tour de France ! Il est vrai que ce personnage a bien plus d’un tour dans son sac. Logique donc qu’après avoir inventé le vélo, il se soit penché sur la meilleure façon d’en assurer la promotion avec le plus célèbre des événements et tous les éléments qui l’entourent : caravane, cols infranchissables, « pot belge », etc, etc.

Un des grands noms de la bande dessinée sportive s’est aussi essayé au vélo : Jean Graton ! Le père de Michel Vaillant a réalisé plusieurs courts récits (parus dans le Journal de Tintin entre 1954 et 1964) consacrés à des anecdotes de la Grande Boucle. Douze histoires vraies pour les unes, purement imaginaires pour d’autres, réunies en 2003 dans un album : « L’inconnu du Tour de France » (Graton Editeur). On y retrouve le trait classique d’une grande clarté de Graton, au service d’une pratique sportive qu’il appréciait et a plusieurs fois mis en valeur dans ses albums…

L’épopée en textes et images :

Indispensable dans toutes les bonnes bibliothèques de BD !

Intéressant pour ses précisions historiques, « La prodigieuse épopée du Tour de France » (par Duval/Ardan/Hardy; éd. Arts & Voyages – Gamma) donne un bel aperçu des l’évolution de l’épreuve depuis sa création jusqu’à la grande époque d’Eddy Merckx (« Le cannibale« ) au début des années 70. L’album date en effet de 1973, l’année où le champion belge -auquel on rend justement hommage avec le départ de Bruxelles pour cette édition 2019-, renonçait à une cinquième victoire consécutive (pour se consacrer au Giro et à la Vuelta) au profit de Luis Ocana, avant de s’imposer à nouveau l’année suivante.

Et puisqu’il est question de légende, le mot qui accompagne si souvent le tour de France, un ultime conseil de lecture avec « Les Légendes du Tour » (éd. Paquet), le très bel album de Jan Cleijne paru en 2014. L’auteur néerlandais rend un superbe hommage en dix chapitres et 150 pages à tous les héros, connus ou inconnus de l’histoire cycliste : Lucien Buysse, Fausto Coppi, Wim Van Est, Jacques Anquetil, Eddy Merckx et quelques autres… Un graphisme élégant, des atmosphères très travaillées, un vrai sens du récit et de la composition, font de cet album un incontournable de la BD de sport. Passionnant même pour ceux qui ne craquent pas pour « le » Tour.

Ph.-M.