Sport-santé : Quand les enfants modèlent leurs parents

Deux cents écoliers de Ferdinand-Buisson, à Sète, en pleine activité sur le stade Maillol à Sète. Le grand défi c'est la volonté d'imprimer une dynamique via la pratique intégrée d'une activité régulière et réduire à long terme le risque de cancer. Une idée qui séduit jusqu'à l'Inca, l'institut national du cancer, et le ministère de l'Education nationale qui pourraient un jour décliner l'expérience au niveau national. Photos : Olivier SCHLAMA

Le Grand Défi Vivez Bougez vise à promouvoir l’activité physique auprès des jeunes de 6 ans à 10 ans et qu’ils transmettent cette dynamique à leurs parents. L’objectif est de lutter contre la sédentarité source de multiples maux et participant à l’apparition de cancers. Pour sa 4e édition, on note un vrai engouement : 80 communes, près de 20 000 élèves, 750 enseignants et 142 écoles primaires de l’Aude, du Gard, de l’Hérault, de la Lozère et des Pyrénées-Orientales y participent. L’agence régionale de santé veut lui donner une dimension pleinement régionale. Reportage.

Tout commence par un simple mot dans le cahier de liaison de sa fille ; ça se poursuit par des activités communes week-ends et fins de journées (piscine, marche, vélo..) puis par un défi familial partagé : faire au moins une heure d’activité par jour dans la sphère privée. Il y a aussi des défis que la communauté éducative s’impose joyeusement. Comme ce jour-là à Sète. Où, parmi les quelque deux cents apprentis-sportifs, il y a les « rêvasses » comme les enfants disent sous cape, les besogneux ou les dégourdis qui seront tout à l’heure sur le podium parce qu’ils se seront fiévreusement entrainés à la maison, notamment avec la corde à sauter familiale…

Ce jour-jà, des classes de CP, CE1, puis, de CM1 et CM2 de l’école Ferdinand-Buisson de Sète participent à une course-relais imaginé par leurs maîtresses sur le stade Maillol sous un ciel céruléen : cerceau ou corde à sauter en main suivie d’un sprint, et d’une distance en mini-échasses. Agés de 6 ans à 10 ans, ils se sont succédé dans un grand barnum joyeux mais qui a un but sérieux : participer au  Grand défi Vivez bougez qui prend de l’ampleur pour cette 4e année.

La philosophie de ce grand défi, c’est de comprendre que l’activité physique n’est pas l’enjeu d’un lieu mais d’un comportement. »

Un responsable d’Epidaure.

L’objectif ? Obtenir le plus de « cubes d’énergie », une unité de mesure inventée pour l’occasion. Accessoirement, pour les enseignants qui auront évoqué le sujet largement en amont, travailler sur la motricité des enfants et autres valeurs éducatives. Créer un début d’esprit d’équipe. Et continuer à souder une classe ! L’entraide, le soutien… En filigrane, c’est, bien sûr, la volonté d’imprimer une dynamique via la pratique intégrée d’une activité régulière et réduire à long terme le risque de cancer. Une idée qui séduit jusqu’à l’Inca, l’institut national du cancer, et au ministère de l’Education nationale qui pourraient un jour décliner l’expérience au niveau national.

« La philosophie de ce grand défi, c’est de comprendre que l’activité physique n’est pas l’enjeu d’un lieu mais d’un comportement. La méthode est d’inspiration québécoise et elle a commencé dans l’Hérault dans le Clermontois », explique-t-on à Epidaure, département prévention de l’institut du cancer de Montpellier, à l’origine de ce grand défi qui s’étire sur un mois et concerne 80 communes, près de 20 000 élèves, 750 enseignants et 142 écoles primaires de l’Aude, du Gard, de l’Hérault, de la Lozère et des Pyrénées-Orientales.

Ce qui plait tout d’abord, c’est que cela repose sur de vraies études scientifiques. Cet engouement a été précédé par un vrai travail de terrain auprès des communes qui sont de plus en plus nombreuses à participer. »

Le but immédiat, dit-on aux enfants qui se prennent immédiatement au jeu, de récolter de sacro-saints cubes d’énergie, un par quart d’heure d’activité (1). Et si l’enfant arrive à y entrainer ses parents, on multiplie la récompense par deux. Tout est noté dans des carnets spéciaux. Les additions seront faites à la fin et des gagnants exemplaires désignés. « Ce qui plait tout d’abord, c’est que cela repose sur de vraies études scientifiques. Cet engouement a été précédé par un vrai travail de terrain auprès des communes qui sont de plus en plus nombreuses à participer. Avec une grande journée de clôture à Montpellier, le 17 mai, au palais des sports René-Bougnol, à laquelle participeront 1 000 enfants tirés au sort. Avec peut-être un record à la clef : dépasser les deux millions de cubes d’énergie accumulés en 2018.

Ce grand défi est une bonne idée qui, année après année, a infusé parmi les enseignants et les parents. »

Une institutrice sétoise.

« Ce grand défi est une bonne idée qui, année après année, a infusé parmi les enseignants et les parents, témoigne une institutrice chevronnée. Pour les enseignants, cela a été plusieurs heures de préparation en amont. C’est important : beaucoup d’élèves ne font aucun sport ! » Scotchés qu’ils sont devant un écran en s’enfilant de la mal-bouffe. La sédentarité a explosé. « L’idée, c’est, grâce aux enfants, d’entrainer les parents dans une vie plus saine. » Modèle à fronts renversés. Vertueux. « Cela nous permet aussi de travailler avec la classe la motricité et les performances à améliorer. »

L’adoption d’un style de vie actif durant l’enfance est un facteur important de la prévention des maladies chroniques pouvant se développer à l’âge adulte telles que les cancers. »

Ce Grand défi mobilise tout ce que la région compte d’institutions : les villes labellisées comme Sète ou Frontignan, Epidaure, l’Académie de Montpellier, l’Agence régionale de santé et la DRJSCS, ministère des Sports déconcentré.
Du 25 mars au 21 avril 2019, les écoliers sont incités à pratiquer une activité physique régulière à l’école, en famille le week-end, grâce à la mobilisation de tous les acteurs : enseignants, éducateurs, parents, élus… « L’adoption d’un style de vie actif durant l’enfance est un facteur important de la prévention des maladies chroniques pouvant se développer à l’âge adulte telles que les cancers. Néanmoins, malgré tous ces effets bénéfiques associés à l’activité physique, les enquêtes nationales les plus récentes rapportent qu’à peine 30 % des enfants en France ont un niveau de pratique suffisant pour atteindre les recommandations actuelles d’une heure de pratique quotidienne.

La quasi-totalité des classes de la commune, soit 45 sur 50 participent à ce défi ! Soit 1150 enfants. Cela correspond à un vrai besoin. »

Caroline Suné, adjointe aux sports à Frontignan.

Élue aux sports à Frontignan (ville où l’on trouve 60 associations sportives), elle aussi labellisée Vivez Bougez !, Caroline Suné, elle-même sportive de haut niveau (handball, rugby et maintenant en Équipe de France de force) témoigne de cet engouement : « La quasi-totalité des classes de la commune, soit 45 sur 50 participent à ce défi ! Soit 1150 enfants. » Cela correspond à un vrai besoin. « Nous avons pu intégrer des animations que nos services proposaient déjà mais nous les avons aussi prolongées », indique Caroline Suné. Les 8, 9 et 11 avril, ces 45 classes se retrouveront autour de matches  variés de basket, football, handball, zumba, pelote basque, pétanque, diabolo… au stade Lucien-Jean… Le 15 avril, un cross-passerelle au collège Simone-de-Beauvoir où courront ensemble des élèves de 6e et de CM2. Ce n’est pas tout. Un cross est prévu le 18 avril dans le bois des Aresquiers avec tous les élèves de CE2. » Dans un cadre extra-scolaire mais dans le prolongement, s’organise un Raid famille le 19 mai. Evénement gratuit pour les 6-12 ans en binôme avec un parent. Avec de nombreuses activités : VTT, canoë, biathlon, escalade, trottinette, parcours sportifs, etc.)

« En quatre ans de participation, ce grand défi a participé d’une dynamique sur la commune. Il y a une recrudescence de pratiquants à la nouvelle école de tir à l’arc, un sport peu commun ; de l’utilisation plus importante de nos deux fitness parc en libre accès ; c’est aussi pour prolonger ce grand défi que nous avons créé ce raid famille et un triathlon pour les 5-12 ans au centre des Mouettes où l’on prêtera des matériels, dont les vélos. »

Olivier SCHLAMA

  • (1) L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) définit l’activité physique comme englobant « jeu, sports, déplacements, tâches quotidiennes, activités récréatives, éducation physique ou exercice planifié, dans le contexte familial, scolaire ou communautaire. Tous les temps de l’individu sont donc pris en compte (loisir, domestique, quotidien ».
  • Depuis 2014, la Ville de Sète s’est engagée dans une politique volontariste en matière de Sport-Santé. On a élaboré une offre plurielle, accessible à tous et multiplié les initiatives. En 2015, la Ville de Sète a reçu le label Ville Vivez Bougez délivré par la DRJSCS-LR pour son travail accompli en matière de sport-santé. Depuis, elle développe des activités sportives s’adressant aux Sétois de tous âges : Bougez-ramez pour les élèves de CM2, onco’sport pour les personnes atteintes de cancer, le Grand Défi Vivez Bougez, les samedis sport ou encore le Sport sur ordonnance. Ces dispositifs clefs en main proposent tout au long de l’année des activités physiques adaptées et gratuites. Quelque 1400 personnes en bénéficient chaque année.