Sans-abri : Les Piafs de Rue inventent la boîte de l’entraide !

Une idée pour les sans-abri : la boîte solidaire de l'association Piafs de Rue. Photo : Thomas Vanhaezebrouck

Trouver des solutions simples pour aider les sans-abri particulièrement vulnérables face au coronavirus. C’est la mission que se donne l’association Les Piafs de Rue. Avec une question essentielle : comment aider au mieux ces personnes qui sont dans l’obligation de se confiner… dehors ?

« L’entraide pour les sans-abri » c’est le credo de l’association des Piafs de la Rue. Cette association toulousaine, fondée par trois Toulousains, a dû arrêter ses maraudes depuis le confinement du 16 mars. Alors qu’une partie de la population est confinée entre quatre murs, les sans-abri sont confinés à l’extérieur.  « Lors de nos maraudes, nous pouvons être un danger pour certains sans-abris, si l’un d’entre-nous est infecté », confirme Alicia.

La Boîte de l’Entraide

Ph. Thomas Vanhaezebrouck

Alicia assure qu’à « titre personnel, tout le monde peut faire quelque chose ». Lors du confinement, le palier est l’endroit le plus accessible. Sur la conversation groupée de l’association, une idée germe. L’un d’entre eux propose de lancer un mouvement où tout le monde peut mettre la main à la patte. La Boîte de l’Entraide permettra aux sans-abri « de continuer à profiter du système des maraudes différemment ». Même si le lien social n’est plus physique, Alicia assure qu’il est toujours existant : « Nous leur montrons que nous savons qu’ils existent et que, quand tout sera fini, nous reviendrons vers eux. » La jeune femme explique faire attention lors du processus de la création de la boîte. « Il faut confectionner une boîte pour qu’elle ne prenne pas l’eau, développe-t-elle. Nous la posons à l’entrée de bâtiments ou à côté de grillages. Ensuite, avec les voisins ou seul, nous y plaçons de la nourriture bien emballée, des produits hygiéniques, des vêtements ou des couvertures. » Chacun peut tourner à sa manière la confection de la boîte. Un moyen d’être créatif pendant ce temps de confinement…

Avant de partir faire un jogging ou de promener le chien, une petite pause suffit pour demander si la personne va bien ou encore de lui proposer d’appeler le 15 si cela n’est pas le cas »

Avec des rues désertes et l’obligation de rencontrer le moins de personnes possible, le lien social des sans-abri peut facilement s’évanouir. Pour les Piafs de la Rue, chaque moyen est bon pour adresser une parole à ces personnes pendant le confinement. « Avant de partir faire un jogging ou de promener le chien, une petite pause suffit pour demander si la personne va bien ou encore de lui proposer d’appeler le 15 si cela n’est pas le cas », suggère l’association. « L’importance est ainsi de pouvoir garder un contact avec le reste de la société », affirme Alicia, la cofondatrice, tout en appliquant les règles de confinement et des gestes barrières.

Quelque 200 000 SDF selon l’humoriste Blanche Gardin

En 2012, l’Insee avait comptabilisé 141 500 SDF en France. Ils seraient plus de 200 000 selon Blanche Gardin qui a lancé un appel au don. Très sérieusement, l’humoriste écrit sur sa page Facebook : « Des fois je me demande dans quel état on va sortir de tout ça. Nous avons les moyens pour sortir la tête haute, sans avoir laissé crever la gueule ouverte les plus précaires, les plus fragiles d’entre nous […] La mise à l’abri des personnes sans domicile dans les hôtels qui ont fermé doit se faire massivement, et la réquisition des logements vides est une question à se poser aussi très rapidement devant un drame humanitaire comme celui qui se profile. »

L’aide aux sans-abris en cette période est particulièrement préoccupante dans les grandes villes. À Toulouse, le gymnase Cosec de la Reynerie n’accueillait habituellement les SDF que la nuit. Depuis ce mardi 18 mars, sous la pression de travailleurs sociaux, le gymnase a pu ouvrir aussi la journée. Cependant, seules 100 places sont disponibles. À Montpellier, la Ville a ouvert deux gymnases à disposition des SDF, même s’il y règne une certaine promiscuité. La préfecture a également réquisitionné deux hôtels. En début de semaine plusieurs associations qui oeuvrent dans le secteur de l’aide aux personnes à la rue puissent être « hébergées dans des chambres simples ».

Nouveaux centres réquisitionnés

De son côté, le gouvernement a annoncé jeudi 19 mars une nouvelle mesure : de nouveaux centres réquisitionnés ainsi que des chambres d’hôtels pour loger les personnes dans la rue. De plus, la trêve hivernale a été prolongée de deux mois. La Fondation Abbé Pierre etEmmaüs Solidarité en appellent au don. Sans oublier Le Secours Catholique qui prévoit de donner 100 euros sous forme de chèque-service à quelque 10 000 SDF. Une opération à 2,5 millions d’euros qui n’a pas de prix ! « Cette somme servira à acheter des chèques services qui permettront aux familles démunies de faire leurs courses dans les magasins actuellement ouverts », se justifie l’association caritative. Le ministre du Logement, Julien Denomandie a affirmé la réquisition de chambres d’hôtel avec le Groupe Accor et de nouveaux centres pour loger des personnes dans la rue.

Marie-Amélie MASSON

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