Pyrénées catalanes : Les stations de ski préparent le grand saut

Les stations de ski veulent devenir stations de montagne pour proposer des activités toute l’année et exister douze mois sur douze. Mais, voilà, il y a des impératifs : une course obligatoire à de gros investissements, adaptation forcée au réchauffement climatique, mise en place d’activités l’été ou répondre aux nouvelles pratiques des jeunes… La présidente PS du département des Pyrénées-Orientales (P.-O.), Hermeline Malherbe, propose une méthode coopérative d’action.

Les défis sont nombreux pour les huit stations des Pyrénées catalanes (1), dont deux – Le Puigmal et Puyvalador – ont fermé faute de ressources… Mais cette montagne bénéficie d’atouts incomparables sur lesquels s’appuyer : sa situation géographique, un territoire à taille humaine, des sources thermales d’eaux chaudes, le Train Jaune, premier tortillard électrique d’Europe ! Sans oublier le parc naturel régional (PNR), le coeur battant de ces singulières Pyrénées catalanes. C’est sur cette base de singularités que Hermeline Malherbe a pris les « choses à bras le corps ». La présidente du département des PO se veut « facilitatrice » d’un projet réunissant ces stations de montagne pour qu’elles réussissent leur mue.

Enjeu d’importance en matière de tourisme et de loisirs

Mercredi dernier, elle présidait une réunion fondatrice, à Égat, à laquelle assistaient « trois cents personnes, dont tous les élus, a été une réussite », qualifie-t-elle. « L’enjeu en matière de tourisme et de loisirs pour ce territoire est d’importance« , pose Hermeline Malherbe. Le vocabulaire trahit positivement la prise de conscience : « Désormais, nous parlons de station de montagne pas de stations de ski, même si l’économie de la neige reste évidemment prédominante. » Une saison c’est au moins 25 millions d’euros en forfaits de ski et au total les touristes dépensent sur ce territoire quelque 40 millions d’euros par an.

Créer une structure – peut-être une société d’économie mixte – pour porter un projet ambitieux pour ce territoire avec des possibilités d’investissement et venir en aide aux stations. »

Hermeline Malherbe, présidente du département des PO.

Après une phase de diagnostic qui a duré deux ans, de 2016 à 2018, l’idée mise en avant par Hermeline Malherbe « pour venir en aide aux stations », est de créer une structure – peut-être une société d’économie mixte – pour porter un « projet ambitieux pour ce territoire avec des possibilités d’investissement. Y seront associés, communes, département des PO, l’État, etc. Nous associons à cette réflexion la population et le monde agricole pour savoir comment faire vivre ce projet dans le cadre du PNR. »

On mettra l’accent sur la complémentarité des stations ; sur le fait qu’il y ait des activités en toutes saisons et évidemment en été, ce qui correspond à une demande (…) Nous avons commencé à travailler autour de ce que désirent les jeunes générations, comme le water jump (faire des figures aériennes à VTT ou  BMX sur une piste aboutissant  dans un bassin, Ndlr) mais il y en a plein d’autres, le VTT, des balades, etc. Nous avons lancé une étude. On pourra aussi imaginer des mutualisations. » Et surtout participera à cette future structure la Caisse des dépôts, une émanation de l’État, dont l’image est très positive auprès des financeurs. Cela permettra d’avoir un meilleur accès au crédit pour ces communes, souvent endettées. Et faire entrer plus facilement des « investisseurs privés potentiels ».

Il y a une semaine, Hermeline Malherbe a réuni 300 personnes à Egat le 12 décembre 2018 pour débattre de l’avenir des stations des Pyrénées catalanes. Photo : Département des PO.

Il faut répondre à la demande des nouveaux pratiquants de la montagne, s’appuyer sur le parc naturel et sur sa biodiversité unique. Il y a aussi une dimension randonnée à explorer. Et une dimension festive qui fait partie intégrante de notre identité. »

Il faudra aussi penser à fortifier un hébergement de haut niveau. En tout état de cause, « s’il y a des choses transposables mises en oeuvres ailleurs, nous ne nous priverons pas de les utiliser. Mais, avant tout, il faut être fier de ce que l’on porte« , philosophe-t-elle. Les stations espagnoles, andorranes ; celles, riches, des Alpes…? « Ce n’est pas les mêmes territoires ni donc les mêmes objectifs. Il faut répondre à la demande des nouveaux pratiquants de la montagne, s’appuyer sur le parc naturel et sur sa biodiversité unique. Il y a aussi une dimension randonnée à explorer. Et une dimension festive qui fait partie intégrante de notre identité. » La prochaine étape de cette méthode ? « Structurer ce projet afin d’être aussi prêt pour les JO de 2024 qui seront ceux « de toute la France ».

C’est important qu’il y ait la Caisse des dépôts à nos côtés : c’est de la crédibilité pour obtenir des crédits. Les deux stations qui ont fermé, c’est parce qu’elles ne pouvaient pas payer les banques… »

Jean-Louis Demelin, maire de Font-Romeu

Vice-président du PNR et maire de Font Romeu, Jean-Louis Demelin ne dit pas autre chose. « Pour la première fois, le département des P.-O. nous tend la main. C’est une première qu’il faut saisir. Nous n’avons, à ce jour, jamais eu d’aides d’aucune collectivité. Chaque station a un gros besoin d’investissement pour ses installations. C’est important qu’il y ait la Caisse des dépôts à nos côtés : c’est de la crédibilité pour obtenir des crédits. Les deux stations qui ont fermé, c’est parce qu’elles ne pouvaient pas payer les banques… »

La question, finalement, revient à se demander comment on peut vivre en montagne ? »

Michel Poudade président des Neiges Catalanes

Jean-Louis Demelin ajoute : « Rien qu’à Font Romeu, il faut remplacer le télécabine qui a 40 ans. Au total, il faudrait investir 30 millions d’euros dans les prochaines années dans la station. Économiquement parlant, les Pyrénées catalanes est le premier site de loisirs d’Occitanie avec 1,2 million de journées de ski vendues, dont 500 000 journées rien qu’à Font Romeu. Quel est l’autre site qui fait mieux et en trois mois…? »

Son homologue des Angles, Michel Poudade, par ailleurs président des Neiges catalanes, opine : « Hermeline Malherbe a pris une bonne initiative. L’idée est de savoir comment l’ensemble des collectivités agissent pour savoir comment continuer à faire vivre l’économie du ski mais pas seulement. Et comment les stations peuvent-elles être complémentaires. » Michel Poudade ajoute : « Oui le déclic s’est produit quand deux de nos stations ont fermé. » C’est aussi une prise de conscience collective et l’envie de répondre à une question existentielle : « La question, finalement, c’est de se demander comment on peut vivre en montagne ? » Il ajoute : « La Région Occitanie Pyrénées-Méditerranée nous a dit qu’elle nous soutiendrait. Comment ? On ne le sait pas encore. »

Olivier SCHLAMA

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