Prédateur de plus en plus présent : Le loup ne montre plus patte blanche…

Avec 624 individus, le loup, espèce protégée, est de plus en plus présent en France. En Occitanie, l’Office français de la biodiversité compte une dizaine d’individus et une “légère hausse” de ses zones d’implantation, une dizaine. Pour les éleveurs, excédés par le nombre de brebis tuées, le comptage minimise le nombre de loups. Ils font pression pour une “meilleure” méthode, ouvrant droit à davantage de “prélèvements”. Les associations dénoncent, elles, ce lobbying. Alors qu’en Aveyron, par exemple, le loup a les crocs…

Plus on est de loups, plus on… En Aveyron, la semaine dernière, treize brebis ont été retrouvées mortes, notamment à Nant et Millau. Le loup a immédiatement été incriminé mais “l’instruction technique n’a pas encore eu lieu, on ne peut pas encore savoir ! Si c’est bien le loup qui est en cause les brebis seront indemnisées”, souffle Julien Steinmetz.

En Occitanie, 376 brebis victimes du loup en 2020

Chef de l’unité grands prédateurs en Occitanie, à la direction régionale de l’Office français de la biodiversité, à Toulouse, il explique que le loup gris, présent dans notre région, a commis en France 3 730 attaques, tuant ainsi 11 840 animaux (sur sept millions d’ovins en France) et causant 32 M€ de dépenses publiques ; en Occitanie 376 brebis ont été reconnues victimes du loup – principalement en Lozère, Hérault et Aude – et ont donné lieu à indemnisation auprès des éleveurs.

Levée de boucliers

Une présence importante qui a généré il y a quelques semaines une levée de boucliers des principales organisations syndicales agricoles, de la FNSEA, les Jeunes agriculteurs ou la Fédération nationale ovine suivie il y a quelques jours d’une satisfaction générale de la future méthode de comptage (ci-après). On est loin des années 1930 où l’espèce avait été éradiquée après des campagnes d’élimination particulièrement efficaces. Et encore plus loin du VIIIe siècle quand Charlemagne eut créé la louvèterie pour tenter d’éliminer l’espèce. “La relation au loup a toujours été conflictuelle avec l’homme, dit Oksana Grente, docteur en écologie à Montpellier.

Le loup peut très bien un jour coloniser tout le territoire français…”

Oksana Grente, docteur en écologie à Montpellier
Le Loup, de retour en Occitanie depuis une vingtaine d’années. Photo D.-R.

Cette docteure en écologie au laboratoire d’écologie fonctionnelle du CNRS à Montpellier a publié une thèse cette année pour le compte de l’OFB intitulée Comprendre le phénomène de déprédation chez le loup gris et ses interactions avec le contrôle létal. “Le loup n’est pas, à l’origine, un animal de montagne mais de forêts et de plaines. Il vit en montagne parce que c’est un animal qui s’adapte remarquablement bien et qu’il cherche à éviter les assauts de l’homme. Sur le plan strictement écologique, ajoute la chercheuse, le loup peut très bien un jour coloniser tout le territoire français, si l’on ne gère pas sa population.”

Aujourd’hui, le Plan loup autorise entre 19 % et 21 % d’abattages d’individus chaque année. Faut-il en prélever davantage ? “C’est une question politique, répond Oksana Grente. Il a évidemment toute sa place de prédateur en haut de la chaîne alimentaire… Les prélèvements ne servent toutefois pas à réguler l’espèce mais à limiter les attaques” En gros, sa place dépend de son acceptation sociale réactualisée.

Que des mâles isolés dans la région

La spécialiste ajoute : “Il y a deux seuils. Le premier est fixé à 500 individus, nombre donc désormais dépassé, à partir duquel l’espèce a moins de risques d’extinction. Et il y a aussi le seuil de 2 500 à 3 000 individus : celui de la viabilité génétique qui permet au loup d’avoir suffisamment d’apports génétiques différents pour que l’espèce survive aux changements environnementaux. Oksana Grente prévient : “Attention, ce n’est pas un modèle spécifique au loup mais aux mammifères. C’est pour cela que nous avons des fourchettes énormes…” Enfin : “Dans la région, confirme-t-elle, il n’y a que des mâles isolés. On ne sait pas pourquoi. Peut-être parce que les femelles “dispersent” moins loin…”

En 1995, il y a 26 ans, il n’y avait encore aucune présence de loup dans la région. Depuis au moins dix ans, le loup en Aveyron ou en Lozère, par exemple, c’est devenu presque monnaie courante. “Des individus isolés, jeunes, “descendent” des Alpes qui concentrent l’essentiel des meutes pour trouver un territoire. Le nombre de ces individus est en croissance continue avec depuis cette année deux nouvelles aires de présence”,confirme Julien Steinmetz.

Le loup a besoin de 200 km2 à 300 km2 pour vivre

Photo : OFB.

Depuis que des jeunes spécimens de ce carnivore protégé, apparu en Europe il y a 800 000 ans, sont sortis de leurs meutes installées en Italie pour venir tenter leur chance dans le Sud de la France, où il est désormais bien implanté. Le loup est une espèce protégée qui se déplace beaucoup, il a besoin pour vivre de 200 km2 à 300 km2, de se nourrir d’animaux sauvages – notamment les grands ongulés, chevreuil, isard, bouquetin, cerf, sanglier ou mouflon – quand il en trouve ou d’animaux domestiques comme les brebis”, rappelle Julien Steinmetz.

Coureur de fond, le loup s’est réintroduit tout seul

Ce n’est pas une espèce qui a connu des réintroductions de la main de l’homme. Coureur de fond, le loup s’est réintroduit tout seul dans nos contrées à la faveur de “dispersions” de jeunes mâles dont l’espèce canis lupus est coutumière. Après avoir investi Pyrénées, Occitanie, Massif central et Lorraine, le loup gris, venu principalement des Alpes, explore d’autres territoires, le Nord et l’Ouest de la France. Dans notre région, l’augmentation d’individus est moins importante que ces nouveaux territoires car les loups avaient déjà commencé à réinvestir l’Occitanie il y a plusieurs décennies.

Même aux portes de la capitale

Il y a de plus en plus de loups en France. C’est une réalité. Absent depuis 30 ans, le loup a par exemple été observé aux portes de Paris. Un loup gris a bien été photographié il y a quelques jours dans un champ du village de Blaru, dans les Yvelines, à 70 km de la capitale. Sans doute que c’est le même animal qui a été identifié également dans l’Eure, dans un département qui jouxte les Yvelines.

Entre 430 à 830 individus comptabilisés en France

Julien Steinmetz, du réseau de suivi du loup en Occitanie, ajoute : “Nous avons une méthode de comptage qui est une estimation. Nous estimons que la population de loups gris en France est entre deux fourchettes, de 430 à 830 individus. Nous pensons qu’il y a 624 loups en France actuellement. Ce n’est pas une valeur absolue mais encore une fois une estimation. Nous ne connaissons pas le nombre exact d’individus en Occitanie, cela doit tourner autour de dix loups gris. La grande majorité des 624 loups comptabilisés vivent dans les Alpes. En Occitanie, ce sont tous des mâles. Et il n’y eu aucune reproduction de loup dans notre région.”

Le loup présent dans dix zones en Occitanie

Ce que l’on sait aussi, c’est que le loup gris a une présence permanente dans sept zones : Margeride et Aubrac, le Causse du Mont Lozère, sur le mont Caroux, dans le Razès (Aude), et dans le Carlit et le Puigmal dans les Pyrénées-Orientales. À ces zones-là, il faut ajouter trois secteurs : Le Larzac, à cheval entre Hérault et Aveyron ; le Somail (entre Tarn et Hérault) et le Béarn, dans les Pyrénées-Atlantiques.

Désormais le loup dans le Somail et sur le Larzac

“La population de loups en Occitanie est plutôt stable, voire en légère hausse. Et il y a deux nouvelles zones que le loup foule désormais volontiers : le Somail et le Larzac. Il n’y pas une grande dynamique.” Parce que le loup est déjà bien implanté dans notre région. “Il n’y a aucune reproduction constatée en France sauf dans les Alpes et le Jura où sont installées les meutes.” En fait, les loups présents dans notre région sont des individus jeunes “en dispersion” : ils avaient l’âge de quitter leur meute.

Révision de la méthode de comptage “actée”

Traces de loup. Ph. OFB

En 2018, associations de défense du loup et organisations syndicales d’éleveurs étaient, pour des raisons différentes, mécontentes du Plan loup, comme Dis-Leur ! vous l’avait expliqué. Certes, trois ans plus tard, dans un communiqué du 23 novembre 2021, la Fnsea, les JA, la FNO, la FNB et la FNC annoncent avoir été “entendus” par le groupe national loup (GNL) et les pouvoirs publics. “Des avancées ont été actées sur la révision de la méthode de comptage des loups en associant désormais étroitement les chasseurs et les éleveurs à ce travail.” Aujourd’hui, les plaies se ravivent entre pro et anti-loup.

Un seul but : “Tuer davantage de loups”

Dans une prise de position, Férus, FNE et la LPO soulignent, en réponse, qu’ils ne participeront donc plus au Groupe national loup, dénonçant le lobbying des éleveurs et chasseurs pour remettre en cause le comptage des loups en France “dans le seul but d’en tuer davantage”. Alors que la présence plus importante de ce carnivore en France est une “bonne nouvelle pour la biodiversité”.

Plus de 100 loups tués cette année

Laurent Depieds. DR.

Depuis 2018 et le Plan Loup, l’Etat fixe un plafond : 21 % maximum de loups peuvent être “prélevés” contre 10 % auparavant. D’où l’importance d’un comptage précis. Une centaine de loups ont ainsi été déjà tués en 2021. “L’autorisation est de maximum 118 loups à prélever en 2021, explique Laurent Depieds, président de la Fnsea des Alpes de Haute-Provence, producteur de plantes aromatiques et petit-fils d’éleveur. Le loup est maintenant présent partout ! Il peut recoloniser la France”, s’apeure-t-il. Chargée de communication à l’association de défense Férus, Sandrine Andrieux précise : “Nous en sommes environ à 100 loups “prélevés” et six braconnages à ce jour.”

Les chasseurs partie prenante ?

On est encore loin des 15 000 à 20 000 loups présents dans l’Hexagone au 18e siècle, jusqu’en plaine. Nous ne disons pas que ce comptage est malhonnête mais nous demandons qu’il soit contradictoire, avec l’apport des sociétés de chasse par exemple, reprend Laurent Depieds, de la FNSEA des Alpes de Haut-Provence. Nous comptons de plus en plus d’attaques, y compris près de bergeries. Cet été, un cheval a même été mangé en Paca ! Il y a un besoin de réguler : il y a une vraie détresse psychologique des éleveurs qui subissent de plus en plus des attaques de prédateurs ; même si la finalité de leurs bêtes, c’est l’alimentation humaine, ils aiment leurs bêtes…”

“Menaces sur les activités économiques”

Ours, loup, même combat ? Pour les éleveurs, “le réensauvagement” a ses limites. “La régulation, oui mais quand il n’y a ni méthode ni stratégie… C’est la loi du plus fort qui règne…” Pour Laurent Depieds, c’est l’apocalypse : “Regardez les chamois, bouquetins, sangliers qui disparaissent de nos montagnes… La trop forte présence du loup et des prédateurs est même un problème pour la biodiversité.”

“Une véritable régulation des loups”

Ces organisations professionnelles représentant les éleveurs restent “vigilantes” et demandent que cette nouvelle méthode de comptage “se décline immédiatement et soit opérationnelle dès la campagne 2022 afin d’aboutir à une véritable régulation des loups. Cette nouvelle méthode de comptage doit, par ailleurs, s’appliquer à tous les prédateurs. Nos espaces ruraux français sont à échelle humaine. Ils sont tous habités par des femmes et des hommes qui les entretiennent, qui les font vivre, qui les rendent agréables et accueillants. Nos concitoyens sont toujours plus nombreux à s’y promener, s’y ressourcer.”

Elles vont plus loin : “L’expansion de tous les prédateurs (loups, ours, lynx, vautours,) menace les activités économiques, accroît l’abandon des espaces entretenus par les éleveurs et leurs troupeaux et appauvrit la biodiversité. Et comment imaginer pouvoir assurer le bien-être animal, lorsque des vautours attaquent désormais des juments de trait de 900 kg vivantes comme cet été en Aveyron ?”

Parallèle avec l’ours en Ariège…

Ces mêmes organisations agricoles ajoutent que “cette expansion des prédateurs en France et leur rapprochement continu des zones habitées menacent la sécurité des femmes et des hommes qui vivent dans ces campagnes colonisées. L’attaque violente avec blessures graves d’un chasseur par une ourse en vallée d’Estours en Ariège en est l’illustration”, même si cette affaire est sujette à caution : la justice vient d’ouvrir une information judiciaire pour “destruction d’espèce protégée”, comme Dis-Leur ! vous l’a expliqué.

Candidats à la présidentielle, recours juridiques…

Et de conclure : “Combien d’accidents humains faudra-t-il encore pour que les pouvoirs publics enclenchent une véritable politique de gestion de tous les prédateurs ?” Se tournant vers les candidats à l’élection présidentielle… Les associations pro-loups, elles non plus, n’ont pas attendu pour s’adresser à Barbara Pompili, ministre de la Transition écologique, et à Jean Castex, Premier ministre et ex-maire de Prades (P.-O) pour dire tout le mal qu’elles pensent de ce lobbying anti-loup…Chargée de communication à l’association de défense Férus, Sandrine Andrieux confie que son organisation a lancé des actions juridiques contre les arrêtés ministériels… Tout le monde avance à pas de loup.

Olivier SCHLAMA

En Aveyron, le loup a les crocs…

Pas moins de 37 constats en 2021 dont 22 constats concernent des dommages classés 􏰀”Loup non écarté” 􏰁et ayant fait l’objet d’une indemnisation totale de 23 120 € correspondant exclusivement à des ovins.

Fin 2021, sur le secteur sud Larzac, les dommages se sont intensifiés. En effet, entre le 25 octobre et le 22 décembre 2021, 13 dommages sur 9 exploitations totalisent 64 victimes sur cette période. Depuis le 22 décembre 2021, un calme apparent règne toutefois dan cette zone.

En 2022, trois constats ont déjà été réalisés : sur une brebis à Brommat et un cheval à La Couvertoirade pour lesquels la responsabilité du loup a été écartée ; sur trois brebis à Montpeyroux pour lesquelles la responsabilité du loup n’est pas écartée.

• Bilan des indices de présence :
En 2021, la plupart des indices ont été relevés sur l’Aubrac par un réseau de correspondants actifs dans la recherche d’indices.

Sur le Larzac, plusieurs pièges photos ont été mis en place et ont permis d’identifier un loup sur la partie aveyronnaise fin 2021. Par ailleurs, deux loups ont été identifiés ensemble côté Hérault, à différents endroits, par les pièges-photos. À ce jour, ces deux loups ne sont pas sexés ni identifiés génétiquement. Par ailleurs, aucune meute n’est présente dans le secteur.

Plusieurs nouvelles demandes ont été formulées sur le sud Larzac et au 17 janvier 2022, 63 autorisations

de tirs de défense simple ont été accordées par arrêté préfectoral.

Des tirs de défense renforcée ont aussi été autorisés, quand le troupeau se situe sur une commune sur laquelle au moins trois attaques ont été constatées au cours des douze derniers mois dans des troupeaux ayant mis en œuvre les tirs de défense simple. 9 tirs de défense renforcée sont aujourd’hui autorisés pour l’année 2022 permettant de mettre en œuvre des opérations sur les communes de Millau, Nant, La Couvertoirade et l’Hospitalet du Larzac, à proximité des troupeaux concernés.

• Mise en œuvre d’opérations de protection par tirs de défense renforcée

Sur le secteur sud Larzac, des opérations de protection par tir de défense ont été mises en œuvre par les lieutenants de louveterie accompagnés de tireurs agréés autour des exploitations disposant d’arrêtés dérogatoires. L’installation de ces opérations s’est effectuée sous la supervision de l’OFB. Elles se sont déroulées à partir du 25 décembre 2021. En l’absence de dommage et de nouvel indice de présence, ces opérations ont pris fin le 7 janvier 2022.

• Aide à la protection des troupeaux pour 2022

L’État accompagne les éleveurs dans la protection de leurs troupeaux : une aide aux éleveurs par le biais d’un financement État/Europe permet notamment d’accompagner l’acquisition et l’entretien de chiens de protection des troupeaux à hauteur de 80 %.

En 2021, 11 dossiers de demande de subvention ont été déposés à la DDT au titre du programme du développement rural et notamment de la mesure 7.6.1 relative à l’aide à l’adaptation de la conduite pastorale des troupeaux soumis au risque de prédation par les grands prédateurs.

Les dossiers concernent le financement de l’achat, l’entretien et la stérilisation de chiens de protection pour un montant total aidé de 17 528 €.

Pour 2022, 23 dossiers de demande de subvention ont été transmis aux exploitants ayant déjà présenté des dossiers les années précédentes ou en ayant nouvellement fait la demande. Les éleveurs intéressés peuvent prendre contact avec la DDT pour obtenir un dossier.

Ligne de signalement en cas de prédation du loup sur un élevage : 05 65 73 50 90 (7j/7)

Loups, ours, biodiversité, sur Dis-Leur !

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