Posidonies : L’or vert de Méditerranée fleurit au Cap d’Agde !

Herbiers de Posidonies de la côte agathoise. Photo : Renaud Dupuy de la Grandrive.

Dortoir nocturne, frayère, nurserie pour les juvéniles, c’est un formidable lieu de vie et source de nourriture à tous les étages, avec des poissons qui s’y cachent ou en pleine à la recherche du plancton. 120 des 600 espèces de poissons de Méditerranée vivent dans l’herbier de posidionie et l’Homme en tire profit au travers de la pêche. Entre 30 % à 40 % des prises de la pêche en Méditerranée résultent de l’herbier de posidonie alors qu’il couvre moins de 2 % de sa surface. Et c’est un piège à carbone ! Suivez la seconde chronique de Renaud Dupuy de la Grandrive, grand spécialiste de la faune et la flore de Méditerranée, pour Dis-Leur !

Elles sont là depuis des millions d’années, les derniers dinosaures ont connu ses feuilles, elles ont résisté à bien des contraintes et n’existent aujourd’hui qu’en Méditerranée. Ce sont les posidonies, plus exactement l’espèce Posidonia oceanica, en référence à Poséidon, le dieu grec de la mer.
Elles forment de véritables prairies sous la mer appelées herbiers de Posidonies. Herbiers car ce sont bien des plantes, avec un système racinaire, des rhizomes, des tiges, des feuilles et même des fleurs et des fruits, tout cela dans une mer bien salée !

Herbier de posidonies de la côte agathoise (Cap d’Agde), la photosynthèse en action. Photo : FRenaud Dupuy de la Grandrive.

Fait exceptionnel, les posidonies, espèce protégée, ont fleuri cette année dans notre région, en particulier au Cap d’Agde, dans l’aire marine protégée de la côte agathoise, ce qui n’était pas arrivé depuis plus de 30 ans !
Présentes seulement dans les petits fonds en région Occitanie, elle peuvent atteindre plus de 50 mètres de profondeur en Corse, aux Baléares ou sur les rives d’Afrique du Nord.

Ces peuplements sont en réalité de véritables forêts sous-marines qui offrent des services sans équivalent à l’échelle de la planète. C’est un écosystème dit « ingénieur », de par sa production et son organisation uniques. Et ses services écosystémiques rendus sont très nombreux ! »

 

Pelotes de posidonies (débris de feuilles agglomérées), plage de la Grande Conque (Cap d’Agde). Photo : Renaud Dupuis de la Grandrive.

Ces peuplements sont en réalité de véritables forêts sous-marines qui offrent des services sans équivalent à l’échelle de la planète. C’est un écosystème dit « ingénieur », de par sa production et son organisation uniques. Et ses services écosystémiques rendus sont très nombreux ! Jadis, les feuilles mortes de Posidonies étaient utilisées comme litière (grotte du Lazaret à Nice il y a 10 000 ans), pour confectionner les toits (bergeries corses), emballer les verreries de Murano au XIème siècle en Italie, comme engrais et même comme sandales de feutres.

Dortoir nocturne, frayère, nurserie pour les juvéniles, c’est un formidable lieu de vie et source de nourriture à tous les étages, depuis le sol et les rhizomes, avec des poissons qui s’y cachent ou en pleine à la recherche du plancton. 120 des 600 espèces de poissons de Méditerranée vivent dans l’herbier et l’Homme en tire profit au travers de la pêche. Entre 30 % à 40 % des prises de la pêche en Méditerranée résultent de l’herbier de posidonies alors qu’il couvre moins de 2 % de sa surface.

 

Mouillages écologiques pour plaisanciers autour de l’île de Brescou (Aire marine protégée côte agathoise). Photo : Renaud Dupuy de la Grandrive.

Grâce au matelas que constitue l’herbier par sa matte, il protège nos plages de l’érosion marine – un phénomène mondial aujourd’hui -, en limitant les courants marins et en amortissant la houle et les vagues. Ses feuilles s’accumulent sur la plage pour former des banquettes qui permettent de maintenir leur bon profil. Il s’ensuit donc un rôle économique puisque nos plages d’Occitanie accueillent des vacanciers pendant l’été.
Les longues feuilles de la posidonie, dont la densité peut dépasser plusieurs milliers par mètre carré, retiennent aussi les sédiments et réduisent la turbidité de l’eau pendant les tempêtes.

Voilà des millions d’années que ce carbone est retenu durablement au sein de la matte, des racines et des rhizomes morts qui sont quasi-imputrescibles. Les herbiers contribuent ainsi à limiter l’accroissement du CO2 atmosphérique dû aux activités humaines. »

Les Posidonies sont des plantes et produisent donc de l’oxygène via la photosynthèse, mais c’est surtout grâce à la séquestration durable du carbone, phénomène moins connu mais qui prend aujourd’hui tout son sens.
Car voilà des millions d’années que ce carbone est retenu durablement au sein de la matte, des racines et des rhizomes morts qui sont quasi-imputrescibles. Les herbiers contribuent ainsi à limiter l’accroissement du CO2 atmosphérique dû aux activités humaines.
Aux Baléares, 10 % du CO2 émis chaque année par les activités humaines est piégé durablement dans la matte de posidonies ! Un seul et unique kilomètre carré de cette plante stockerait actuellement jusqu’à 83 000 tonnes de carbone.

La destruction de posidonies libérerait jusqu’à 25 % de carbone de plus que la déforestation, pour une surface similaire ! »

Fleurs et fruits de posidonies dans l’Aire marine protégée de la côte agathoise (Agde)
photo Edouard Chéré

A très long terme, le carbone séquestré par les posidonies peut être à l’origine de gisements de pétrole comme en Algérie, Tunisie et Libye.
Ce rôle « d’éponge » à carbone est trois fois plus élevé dans les Posidonies que dans les forêts tempérées ou tropicales ! Les herbiers de Posidonies absorberaient 10 % du carbone capté par les océans alors qu’ils ne représentent que 0,2 % de leur surface. Ils jouent donc un rôle primordial en réduisant au maximum la présence de cet élément dans l’atmosphère et par conséquent en ralentissant le réchauffement climatique.
Encore plus significatif, la destruction de posidonies libérerait jusqu’à 25 % de carbone de plus que la déforestation, pour une surface similaire !

L’urgence de leur protection

Il y a donc urgence à protéger et restaurer les herbiers de posidonies qui sont l’or vert de notre Méditerranée. Dans notre région des actions sont ainsi engagées dans le parc naturel marin du Golfe du Lion, la réserve marine de Cerbère-Banyuls et la ville d’Agde dans son aire marine protégée par exemple pour installer des mouillages écologiques qui permettront aux plaisanciers de ne pas ancrer sur les herbiers ou pour avoir des eaux marines de qualité avec des stations d’épuration performantes comme « Posidonia » à Agde.

Renaud Dupuy de la Grandrive