Portrait : Angélique Le Jeune, des mains de maître

Angélique Le Jeune masseuse professionnelle "L'être humain a besoin d'être écouté. Tout est une histoire d'écoute, dit-elle. S'il n'est pas bien dans sa tête, il n'est pas bien dans son corps..." dit Angélique Le Jeune Spa manager au centre O'Balia de Balaruc-les-Bains, près de Sète. Photos : Olivier SCHLAMA

La nouvelle responsable des équipes de massage d’O’Balia, à Balaruc-les-Bains, est double championne de France de massage, et désormais coach de l’Équipe de France, en stage aux Thermes de Balaruc-les-Bains. Le secteur connaît un réel engouement qui s’accompagne d’une montée en gamme pour ces purs moments de détente, d’un moment rien qu’à soi.

Sans esquisser le moindre ahanement, Angélique Le Jeune monte sur la table de massage et semble sculpter le mollet avec la facilité des inventeurs de situations. On ne sait pas s’il est drainant, thaï, ayurvédique, balinais… Mais en quelques minutes l’ambiance « cocoonée » ainsi créée avec passion et le souci de la décompression engendre un lâcher prise réparateur, soulageant corps et esprit. Gestuelle qui danse et économie de mot pour économiser les maux.

« Si je n’innove pas je m’ennuie et si je m’ennuie, j’arrête… » Cheveu bouclé, regard franc, caractère trempé, dotée d’une autorité naturelle, Angélique Le Jeune, 31 ans, fait tout très vite. Et très bien. Son parcours, son CV. Et cette soif d’avancer. Mais cette boule d’énergie sait stopper sa frénésie intime pour être « totalement à l’écoute des clients » et désormais de ses équipes.

L’arrivée d’Angélique Le Jeune correspond à la montée en gamme de la qualité des massages prodigués chez nous »

Sylvain Bonnet, directeur des Thermes de Balaruc.

La nouvelle manager des masseuses et masseurs du centre O’Balia à Balaruc-les-Bains, au bord de l’étang de Thau, près de Sète (Hérault), dit tout de go : « Ce qui m’a attirée ici c’est le projet de développement qui est vraiment tentant : la restructuration de O’Balia avec notamment l’agrandissement de bassins et l’introduction de nouveaux massages de bien être et un bel hôtel mais surtout « Son arrivée correspond à la montée en gamme de la qualité des massages prodigués chez nous », précise le directeur, Sylvain Bonnet.

Angélique Le Jeune massage à Balaruc-les-Bains
Angélique le Jeune, spa manager de ‘O’Balia, à Balaruc-les-Bains. Photo : O.SC.

Jusqu’en 2018, Angélique Le Jeune, originaire de Bourges (Berry), bossait en Corse, après avoir beaucoup roulé sa bosse. Après avoir été chaudement recommandée par un chasseur de tête auprès de la direction des Thermes de Balaruc, première station thermale de France avec 53 411 curistes en 2018, et propriétaire d’Obalia, Angélique n’a pas hésité à venir « aux quatre entretiens successifs » pour être embauchée devant les autres candidats au poste. Elle dit, sans forfanterie ni prétention, mais tout sourire, celui d’une évidence : « Je suis une bête à concours ! » Une évidence.

Deux fois championne de France de massage, et désormais coach de l’Équipe de France – en stage justement aux Thermes – Angélique Le Jeune vise « toujours plus haut ». Double CAP d’esthéticienne et de coiffure ; bac pro en esthétique ; formations en spa manager et un BTS en alternance orientation hydrobalnéologue… Ce dernier, elle l’a réalisé en partie en Irlande durant neuf mois dans le cadre du projet Léonardo. Angélique intègre ensuite rapidement hôtellerie de luxe et spas thermaux haut de gamme, dont un à Vichy-Célestins.

L’être humain a besoin d’être écouté. Tout est une histoire d’écoute, dit-elle. S’il n’est pas bien dans sa tête, il n’est pas bien dans son corps… »

Angélique Le Jeune.

« J’aime avant tout le contact, l’échange et le partage. Ce que je constate c’est que l’être humain est tristement seul, derrière ses écrans d’ordinateurs et son téléphone portable. Les échanges se réduisent. Or, il a besoin d’écoute. » La méthode « Le Jeune », c’est d’être justement « connecté » aux gens qui viennent passer un non moment « dans un cocon » que le praticien aura su créer, comme elle a su créer le massage Signature pour O’Balia. Son point fort : travailler le mental et avec le mental. « L’être humain a besoin d’être écouté. Tout est une histoire d’écoute, dit-elle. S’il n’est pas bien dans sa tête, il n’est pas bien dans son corps… »

Travailler sur la motivation

Elle parle naturellement de « bien-être », de « contact sensoriel » et de « chaleur humaine ». Avec ses six internationaux, venus de toute la France, Angélique va travailler « la motivation ». C’est ce qui fera la différence lors du championnat du Monde qui rassemblera 160 concurrents de plus de 20 pays. La Roumanie et la France ont de sérieux prétendants. « Il faut rester positif. La préparation mentale est primordiale. » Pour  bien réussir l’accueil du client, « l’osmose », comme elle le dit, le rythme et mille et un autres importants détails ; les internationaux feront du sport, une mini-cure aux thermes justement, de la sophrologie…

Angélique Le Jeune coach de l'Équipe de France de massage
Angélique Le Jeune est aussi coach de l’Équipe de France de massage. Photo : Olivier SCHLAMA

C’est elle qui conduira l’Équipe de France à Copenhague (Danemark les 22 et 23 juin 2019) pour le championnat du Monde de massage (World Championship Massage 2019). L’événement est organisé par le réseau des Spas de France.
En 2015, elle crée un massage, le Deep Tissus, catégorie sportif neuromusculaire pour lequel elle gagne le 1er prix des Meilleures Mains de France. Deux ans plus tard, rebelote : champion de France de massage sur-mesure. En 2018, elle intègre le jury des Meilleurs Ouvriers de France (MOF) ainsi que le jury national des Meilleures Mains de France. Elle concourra en tant que masseuse au championnats du Monde en 2020 et ne s’interdit pas d’essayer d’être Meilleure ouvrière de France, « le Graal », qui s’organise que tous les quatre ans. « Mais quand je serai prête : il faut être au top dans toutes les catégories de massage et je ne le tenterais que si j’ai une chance de le gagner ! »

Angélique Le Jeune est « fille unique née dans une famille d’un niveau social bas – ils travaillent à l’usine – mais qui a su me soutenir et transmettre des valeurs importantes. Ils ont su me payer une école privée, chère, pendant six ans. J’ai gravi les échelons un par un. J’ai aussi travaillé à l’usine pendant les vacances scolaires. Et je ne le regrette pas. » La jeune femme a grandi dans une famille tournée vers les autres : « Mon père était trésorier d’un club de rugby et ma mère présidente d’une association de danse. Et moi-même chorégraphe de danse moderne en association durant huit ans… » Soirées, repas, convivialité. Un univers « bienveillant et bon vivant ».

Angélique a un appétit des choses nouvelles. Elle apporte un vent de renouveau dans le spa thermal. C’est une manager proche de ses équipes pratiquant un management bienveillant. »

Isabelle Charrier, Sense of Wellness

Le massage est à la mode grâce à l’apport d’un « vent de renouveau », comme l’explique Isabelle Charrier, directrice du magazine spécialisé Sense of Wellness. « Angélique incarne ce que l’on attend des managers de sa génération : elle est pro-active, très entreprenante, elle a un appétit des choses nouvelles. Elle apporte un vent de renouveau dans le spa thermal. C’est une manager proche de ses équipes pratiquant un management bienveillant. »

Cet engouement pour le spa et le massage, le propriétaire du label Spas de France (200 sites labellisés selon une charte de qualité sur 1 600 spas), Romain Dupont, l’attribue, bien sûr, à ces vies « trépidantes que nous menons à 200 km/h. Beaucoup attendent le vendredi après-midi pour s’octroyer une heure et demie de remise en forme, pour avoir l’esprit frais et libre pour le week-end. C’est l’expérience d’un moment qu’à soi. » C’est aussi la conséquence directe de la possibilité d’utiliser le mot massage, jusqu’il y a peu strictement interdit.

C’est plus qu’un métier pour elle. Elle a énormément d’idées et aime les partager. Elle aime aussi partager son expérience et son savoir-faire. »

Romain Dupont propriétaire de Spas de France.
Romain Dupont (à droite) propriétaire de la marque Spas de France aux côtés de l'Équipe de France de massage
Romain Dupont (à droite) propriétaire de la marque Spas de France aux côtés de l’Équipe de France de massage.Photo : DR.

Depuis 2016 et la loi de modernisation de la santé ainsi que de plusieurs procès, le terme massage n’est plus réservé aux seuls kinés. Envolé le « terme » ambigu de « modelage » dans les spas qui pratiquent donc le massage dans sa version « bien être ». « Nos professionnels du massage ressentent aussi bien les points de tension qu’un kiné », avance Romain Dupont. Ce qui donne envie et l’occasion « à la profession de davantage se former et se professionnaliser, comme le fait Angélique Le Jeune avec ses équipes. » Il ajoute : « Angélique est une passionnée. C’est plus qu’un métier pour elle. Elle a énormément d’idées et aime les partager. Elle aime aussi partager son expérience et son savoir-faire. »

Le massage n’est pas une discipline adossée à une fédération sportive ni au ministère des Sports. C’est le label Spas de France qui organise les championnats de France. « Nous sélectionnons chaque année 5 des 36 candidats qui nous ont présenté un dossier complet, décrivant leur disciplines, leurs massages et qui ils sont. » C’est ce label qui a en revanche signé une convention avec l’association organisatrice des championnats du monde, l’IMA, International massage association. Championnat de France comme ceux du Monde sont « reconnus par la profession, c’est une vraie reconnaissance et un titre peut-être un vrai tremplin professionnel. » Angélique Le Jeune en est la preuve.

Olivier SCHLAMA

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