Opinion : « Mes héroïnes et leurs batailles… »

Une chronique de Coline Erlihman... photo D.-R.

8 mars, journée internationale des droits des femmes et près de 200 événements répertoriés Occitanie… Les femmes sont à l’honneur. Mais quelles femmes ?

Qui sont ces héroïnes ? Pour n’en citer que quelques-unes dans la lumière ce 8 mars, une femme guerillera espagnole et résistante dans l’Ariège, des femmes chefs d’entreprise en Lozère, la vie d’une femme sapeur-pompier en Haute Garonne, les réussites au féminin et une remise de médaille à une bénévole dans l’Hérault, le quartier fête ses femmes dans le Gard…

Rêves d’enfant et femmes dans l’Histoire

Aussi mon esprit vagabonde : quelles étaient les héroïnes qui avaient peuplé mon imaginaire enfantin ? Etrange question à une époque où les femmes ne pouvaient travailler sans l’autorisation de leur mari, ni ouvrir seule un compte en banque (1965) et ne disposaient pas même de l’autorité parentale sur les enfants qui occupaient le plus clair de leur temps (1970).

Existaient-elle ? La journée internationale des droits des femmes n’était pas encore officialisée (1982) et peu de femmes avaient encore accès à la parole publique. Eligibles depuis peu, elles n’avaient pu encore accéder aux arcanes du pouvoir politique ; n’allant pas sur le front, elles n’avaient pas accédé au pouvoir militaire. Et, presqu’inutile de le citer, les religions ne leur avaient pas ouvert les bras pour atteindre les hautes fonctions de leurs églises. L’accès aux grandes écoles aussi, leur avait longtemps été refusé.

Dans l’histoire ? Je n’aurais pu citer vraiment que Jeanne d’Arc… pucelle morte sur le bûcher ! Dans les romans ? Ce furent « le club des cinq » où filles et garçons rivalisaient d’intrépidité, Claudine de Colette, jeune fille qui s’émancipe… Françoise Sagan dévoilant son désir de liberté…

Construire une vie…

Seulement plus tard, les combats et vies de Simone de Beauvoir, Marie Curie ou Simone Veil seraient reconnus et le rôle des femmes pendant la guerre et la résistance mis en lumière. Femmes politiques, scientifiques, sportives, policières, cheffes d’entreprises, sont-elles nos nouvelles héroïnes ?

Je les ai cherchées, côtoyées, interviewées… Ces héroïnes, où sont-elles ? Je les ai trouvées parmi ces femmes, pas seulement… Aussi chez une amie, une voisine, une bénévole, une mère de famille, chez toutes les femmes qui ont dû apprendre à jongler entre leurs désirs d’accomplissement personnel et social, chez celles qui ont dû expérimenter de nouveaux modèles.

Photo D.-R.

Nos nouvelles héroïnes tentent de créer un monde où ni la réussite professionnelle seule, ni le sacrifice de leurs rêves n’est la voie idéale. Elles cherchent à construire une vie où le souci d’autrui, l’ouverture, se conjugue avec leur propre épanouissement. Chaque jour, pour cela, est une bataille, avec ses victoires et ses défaites, non contre les hommes, loin de là ! Elles cherchent avec eux les codes d’une nouvelle société, issue de la plus grande révolution du XXe siècle, la révolution humaniste et égalitaire où les codes sont à réinventer.

Dans un passé, finalement si proche, elles aussi ont souvent donné leur vie, certes pas sur le front, mais pour donner LA vie. Pour disposer librement de leur corps elles ont aussi dû endurer de terribles souffrances et faire face à l’opprobre et la morale. Certaines ont été de toutes les luttes, et si leurs batailles n’ont pas été couronnées de honneurs de la République pour service à la patrie, elles ont pourtant profondément changé le visage de notre société.

Ne pas s’arrêter au 8 mars

Sur ce chemin délicat, escarpé, Comment les reconnaître et rendre leur vie héroïque ? Faute d’une mort à la guerre pour en faire des héroïnes, je reprends les termes de Boris Cyrulnik qualifiant les héros et propose, pour que leur vie devienne héroïque et inspire les plus jeunes, que toujours plus « de récits en donnent une représentation émouvante et glorieuse » et libère de toute culpabilité nos nouvelles héroïnes. Aussi célébrons les femmes le 8 mars certes, et donnons-leur aussi la parole toute l’année pour ne pas oublier que les droits acquis sont récents et toujours fragiles.

Coline ERLIHMAN

Ancienne Déléguée Régionale aux Droits des femmes et à l’Egalité