Muriel Robin : « Un jour, ce seront peut-être les homophobes qui seront montrés du doigt… »

Les jeunes du Refuge de Montpellier préparent un spectacle. Le Refuge recueille et accompagne chaque année des centaines d'adolescents en détresse. Photo : DR.

Basée à Montpellier, l’association de protection des jeunes homosexuels, Le Refuge, lance un nouvel appel à la générosité publique du 13 au 19 mai 2019, dans le cadre de sa 7e Semaine nationale. Face à l’explosion d’actes homophobes, Muriel Robin, la marraine, prône « un travail d’éducation », notamment dans les écoles.

L’homophobie est un fléau. Pour collecter les dons nécessaires au financement de ses activités – directement sur le site du Refuge ou par SMS (1) -, l’association propose un nouveau film de 8 minutes et un spot TV de sensibilisation de 30 secondes sur la thématique des legs. « Et pour la première fois, explique-t-on au Refuge, ces films donnent la parole aux donateurs du Refuge : Pascal et François vivent ensemble depuis 15 ans, ils n’ont pas d’héritier direct. Isabelle est veuve depuis le décès prématuré de son mari, cette bénévole au Refuge n’a pas eu d’enfant. Sophie et Jean-Claude sont mariés depuis 25 ans, leur fils aîné Florent a été victime d’homophobie et de harcèlement au lycée. Tous ont décidé de faire un legs au Refuge par testament. Et tous racontent avec émotion pourquoi ils ont fait ce choix, ce qui les motive au plus profond d’eux-mêmes. Chacun se reconnaîtra forcément dans leurs témoignages. »

Marraine du Refuge, Muriel Robin apporte, elle, son regard sur la montée de cette homophobie : « Les personnes homosexuelles se cachent moins qu’avant. Celles que l’on appelait jadis les « invisibles » sont devenues visibles. Le mariage pour tous a fait bouger les lignes. » Mais pas suffisamment. « L’homophobie gêne encore… Dans 30 ans, 40 ans ou 50 ans, ont en sera sortis… La question, c’est qu’est-ce que l’homosexualité renvoie aux homophobes ? »

Il y a donc un refoulement inconscient de l’homosexualité… »

Muriel Robin, marraine du Refuge
Muriel Robin et les jeunes du Refuge à Montpellier
Muriel Robin avait profité d’un spectacle où elle se produisait à Montpellier pour venir rencontrer les jeunes du Refuge en 2017. « Il faut mettre de l’amour, les rassurer, ces jeunes. Ces enfants du Refuge m’ont touchée. » Photo : DR.

« Je me souviens d’une étude très parlante, au Canada, je crois. On avait faits passer des tests à des garçons, notamment, en y incorporant un volet sur l’homophobie mais sans le leur dire. Eh bien, de nombreux garçons avaient une érection à chaque fois qu’on leur présentait un film avec des garçons dénudés. Il y a donc parfois un refoulement inconscient de l’homosexualité. » Qui fait partie des explications de la violence. « Il faudra peut-être un jour, comme me le disait un ami, que ce soit les homophobes eux-mêmes qui soient montrés du doigt. »

On est dans une société où on ne discute plus mais où on se confronte : « Entre celui qui a une grosse voiture et celui qui en a une petite ; celui qui a un nez trop long et un autre ; bref, il y a toujours quelqu’un qui gêne quelqu’un. Le problème, c’est que certains n’ont pas accès à la réflexion. Et on ne devient pas intelligent », assure Muriel Robin. La marraine du Refuge « prône un travail d’éducation, notamment dans les écoles ; il faut continuer à expliquer qu’un garçon peut aimer un garçon ; qu’une fille peut aimer une fille… Il y aura toujours des gens mal dans leur peau. C’est terrible. »

Les jeunes du Refuge à Montpellier
Les jeunes du Refuge à Montpellier

Une agression homophobe a lieu en France toutes les 33 heures… »

Nicolas Noguier, président du Refuge

Président et fondateur du Refuge, seule association de ce type reconnue d’utilité publique, Nicolas Noguier rappelle pour sa part « qu’une agression homophobe à lieu toutes les 33 heures en France… Avec, parfois,  des agressions marquantes, dont la violence est un vrai choc émotionnel, comme celle, évidemment totalement gratuite, de la jeune transexuelle Julia, place de la République à Paris. » Malgré tout, elle vient délivrer des « messages d’espoir aux jeunes du Refuge ». Nicolas Noguier poursuit : « Nous sommes dans un contexte de hausse générale des violences, de libération de la parole homophobe, de la violence envers les femmes, etc. La différence, c’est qu’il y a encore quelques années, un homosexuel se faisait casser la figure autour de lieux très identifiés, comme des bars fréquentés par des homosexuels. Aujourd’hui, ce n’est plus du tout le cas. Les homophobes violents, décomplexés, agissent à visage découvert, même quand ils sont filmés en pleine rue par des caméras de vidéosurveillance… Avant, l’agresseur prenait la peine de se cacher… »

Nicholas Noguier poursuit : « Nous sommes dans une société de l’individualisme. Une société repliée sur elle-même. Il y a de la violence envers l’autre en général. » Il y a « de plus en plus de xénophobes. D’antisémites. Et ce, bien que la société ait instauré le mariage pour tous. « Le mariage pour tous est évidemment un progrès indéniable, essentiel, souligne Nicolas Noguier. Mais nous l’avions dit dès 2012, il fallait faire oeuvre de davantage de sensibilisation en amont. Comme ce fut le cas en Belgique. »

Le Refuge a fêté son 16e anniversaire en janvier. « Nous accompagnons chaque année plus de 400 adolescents, dont 120 sont hébergés, rejetés par leur famille par ce qu’ils sont homosexuels », dit Nicolas Noguier. Certains ont monté un spectacle qui sera donné à Castelnau-le-Lez le 13 mai à 19 h 30 à la Maison de l’Hopsitalisation. Mais bien d’autres rendez-vous ont été préparés (ci-dessous). « Notre budget est de 1,9 millions d’euros pour 36 000 nuits d’hébergement. Cette campagne de dons est absolument nécessaire pour nos 19 délégations… » Une 20e ouvre en septembre 2019 à Angers.

Olivier SCHLAMA

  • (1) Le Refuge a mis en place un système de don par SMS : en envoyant par exemple DON10 au 9 26 26, on donne 10 € (il est possible de donner de 1€ à 20 €).
  • Nouveau spot. La quasi totalité des chaînes télévisées françaises diffuseront gracieusement le nouveau spot de l’association consacré aux legs. L’écrivaine Nina Bouraoui présidera la cérémonie de remise de prix du concours Initiatives contre les LGBT-phobies le 17 mai. Au cours d’une série de conférences organisées dans ses délégations régionales, Le Refuge s’intéressera cette année au poids des traditions et à l’influence culturelle dans le rejet familial subi par les enfants à cause de leur orientation sexuelle ou de genre.

Rendez-vous du Refuge en Occitanie

Béziers • Samedi 25 mai, de 10h à 17h, participation aux « Allées solidaires » organisées par la Ville de Béziers et la Maison de la Vie Associative de Béziers sur les Allées Paul Riquet.

Montpellier
• Lundi 13 mai, de 14 h à 16 h : conférence débat « Poids des traditions, l’influence culturelle » avec Éric Soriano, maître de conférence en sciences politiques (Université Paul Valéry) et deux témoignages de jeunes Ali et Raphaël. À 19h30, spectacle annuel des jeunes du Refuge. Lieu : Maison de l’Hopsitalisation Privée, 288 rue Hélène Boucher, 34170 Castelnau-le-Lez.
• Vendredi 17 mai au matin, présence lors du déploiement du rainbow flag sur le parvis de l’hôtel de ville. L’après-midi, place de la Comédie, participation au village associatif puis au rassemblement public dans le cadre de la journée internationale contre l’homophobie et la transphobie (IDAHOT).

Le refuge journée d'action
Le refuge journée d’action

Nîmes

• Samedi 18 mai, à 16h Projection du film « Coming out » de Denis PARROT avec Le Refuge et SOS Homophobie au Cinéma Sémaphore, 25 rue Porte de France.

Perpignan
• Lundi 13 mai, de 14h à 19h Journée portes ouvertes au Refuge, 33 rue des Jotglars à Perpignan.
• Mardi 14 mai, intervention au Centre Polyvalent de Formation Professionnelle en Services et Travail Social de la Rouatière.
• Vendredi 17 mai à 18h, organisation de la 11e édition de la Journée de lutte contre l’homophobie et la transphobie à la Maison de la Catalanité, Place Joseph Sébastien Pons.
• Samedi 18 mai, journée de quête.
• Lundi 20 mai, de 14h à 19h, journée Portes ouvertes au Refuge, 33 rue des Jotglars.

Saint-Gaudens • Vendredi 24 mai, Bal de musique traditionnel au profit du Refuge, salle des fêtes de Cazeaux.

Toulouse
• Mardi 14 mai à 19h30, projection du documentaire « Mes parents sont homophobes » d’Anelyse Lafay-Delhautal, suivi d’un débat sur le poids des traditions et l’influence culturelle. Espace diversité-Laïcité, rue d’Aubuisson.
• Mercredi 15 mai à 20h, concert du Charqgharb Trio, musiciennes qui font partager la musique de leur pays natal en proposant un voyage musical au Moyen-Orient. Espace diversité-Laïcité, rue d’Aubuisson.
• Dimanche 26 mai à 19h, Loterie surnaturelle au profit du Refuge au Bears Bar, 44 boulevard de la Gare.

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