Réchauffement : « Aux premières loges », 250 stations de ski s’engagent

Alors que les premières neiges blanchissent les massifs, pour la première fois, Domaines skiables de France qui réunit 250 stations de ski brise un tabou et propose 16 « éco-engagements » pour davantage respecter l’environnement. Apparemment une vraie prise de conscience en phase avec les aspirations de la société.

« Non au montagne bashing ! » La meilleure défense étant l’attaque, les stations de ski passent à l’offensive. Par la voix de son président Alexandre Maulin, la puissante association Domaines skiables de France (1) a annoncé s’engager à davantage respecter l’environnement. Le bilan carbone d’un séjour au ski est toujours exécrable qui dépend surtout du transport (60 %) et de l’hébergement (35 %). Les remontées mécaniques n’y contribuent qu’à la marge (5 % à 10 %) mais sont très visibles dans un paysage immaculé. C’est la raison pour laquelle les exploitants de station ont décidé d’actionner ce levier qui ne dépend que d’eux. « En rendant des comptes régulièrement. »

Nous avions peur de ne pas être légitimes parce que nous avons toujours été vus comme des personnes peu respectueuses de la montagne, ce qui est faux »

Alexandre Maulin, président Domaines skiables de France

Même si c’est une opération communication, et que la plupart des mesures auraient pu être prises bien avant, cette parole constitue tout de même un engagement inédit. Première étape, détabouiser. « C’est un sujet qui a longtemps été tabou chez nous de parler d’environnement, de parler réchauffement climatique, a-t-il confié. Nous avions peur de ne pas être légitimes parce que nous avons toujours été vus comme des personnes peu respectueuses de la montagne. Ce qui est faux. On va tordre le cou à cette idée. Nous sommes aux premières loges du réchauffement climatique. » Recul des glaciers, du permafrost, ces sols jadis éternellement gelés, la variabilité de l’enneigement… Pour la première fois, les exploitants reconnaissent une réalité. Mieux, ils reconnaissent « une responsabilité. Nos stations représentent 17 000 emplois dont 5 000 permanents (…) On dit de nous que nous sommes les potentielles premières victimes mais au même titre que les plages face à la montée des eaux… »

Deuxième étape, rassurer. Alexandre Maulin claque : « À moment donné, on a aussi envie de dire : « Stop au montagne bashing ! Des fake news que nous entendons en permanence même si nous ne sommes pas présents. Nous avons la chance que des études très précises aient été faites par les scientifiques de l’Inrae et de Météo France, qui contribuent à l’élaboration du rapport du Giec pour la montagne. Qui nous disent qu’en 2050 nous sommes présents ; que nous continuerons à faire vivre les territoire en harmonie, sans tension hydrique. »

Neutralité carbone recherchée en… 2037

Dernière étape, des « éco-engagements fruit de deux ans de travail ». Certaines stations avaient déjà çà ou là engagé des actions. Là, Domaines skiables de France propose des mesures communes. « Nous avons pris ce qui nous paraissait mesurable, quantifiable, avec un effet rapide pour avoir une démarche positive unanime. » Pour ne pas tomber dans le ripolinage, « le greenwaching » qui serait contre-productif. Parmi les adhérents, tout un panel de stations, la plus petite fait moins de 50 000 € de chiffre d’affaires, la plus grosse plus de 70 M€ de CA. Pour ces propositions, nous avons rencontré des ONG (WWF etMountain Wilderness), élus, partenaires, pour « co-construire » ces engagements.

Dameuses à hydrogène sans doute dans cinq ans

Venons-en aux engagements proprement dits. On peut citer parmi les 16 mesures « la neutralité carbone » recherchée pour 2037. Nous voulons modifier nos consommations pour ne plus émettre un gramme de CO2… Notre bilan carbone, nous le connaissons : 94 % de nos émissions sont issues de nos engins de damage fonctionnant au gazole. Domaines Skiables de France veut les remplacer par des dameuses à hydrogène, sans doute d’ici cinq ans. Les trois constructeurs sur le marché ont engagé une réflexion. En même temps, tout un travail de réflexion sera mené « avec les élus » pour savoir comment dimensionner l’offre en fonction de l’occupation du domaine.

Former les pilotes à l’éco-conduite

En clair, peut-être y aura-t-il dans dix ans des trains, des voitures, etc., à hydrogène vert. Et qui devront faire le plein. En attendant, nous avons commencer à tester des formations à l’éco-conduites des chauffeurs de dameuses actuelles au gazole. « On peut imaginer une baisse de la consommation de 10 % ». Par ailleurs, le stations s’engagent à former également les « pilotes » de télécabine pour qu’ils adaptent au mieux la vitesse en fonction des besoins. « Si on réduit la vitesse quand il y a peu de monde, cela ne changera pas l’expérience client mais on peut économiser jusqu’à 30 % de la consommation électrique. Et, parfois, contrairement à ce qui est largement fait parce que l’on estimait que cela relevait de l’excellence, on « pourra fermer des remontées s’il y a peu de monde. »

« Étudier la possibilité de création de retenues d’altitude pour prélever l’eau quand elle est en surabondance »

Vient ensuite le sujet de l’eau pour lequel « nous sommes souvent cloués au pilori ». « L’eau c’est un emprunt à la nature que l’on pulvérise à des températures négatives qui se transforme naturellement en cristaux de neige. Sans additif. Nous la rendons ensuite quelques mois plus tard au milieu naturel. Notre objectif, c’est d’étudier la possibilité de création de retenues, de retenues d’altitude pour pouvoir prélever l’eau quand elle est en surabondance dans nos territoires. Elle est tellement en surabondance lors de la fonte des neiges en mars, avril mai, et juin qu’elle a tendance à filer jusqu’à la mer sans avoir eu le temps de remplir les nappes phréatiques auparavant. »

Mesurer les hauteurs de neige, partager l’eau avec les agriculteurs

Et d’ajouter : « Nous avons remarqué que les stations qui s’étaient équipées d’outils de mesure avec GPS pour mesurer finement les hauteurs de neige avaient réussi à économiser jusqu’à 15 % d’eau. Nous voulons que les stations qui ont au moins six dameuses aient cet outil. Et cette eau que nous stockons habituellement pour lutter contre des incendies par exemple, nous nous engageons à la partager avec les agriculteurs en cas de sécheresse et leur éviter de monter des citernes d’eau. »

Inventaire de la biodiversité

Il y aussi parmi ces engagements des exploitants de stations, la volonté de « faire un inventaire de la biodiversité (faune, flore, zones humides, d’hivernage ou de reproduction). » Et en premier lieu de protéger le Grand Tétras des Pyrénées et le Tétras Lyre (Alpes), emblèmes de ces massifs, « en protégeant 100 % des câbles de remontées mécaniques susceptibles d’être un obstacle au vol de ces oiseaux ».

Démonter au moins trois stations-fantômes par an

Alexandre Maulin, président de Domaine skiable de France. Photo : Tiphaine Buccino.

Pour ce « moins de 1% de l’espace montagnard français », les stations de ski veulent s’engager à 100 % de végétalisation après terrassement dans des zones herbeuses ou d’alpage ; à utiliser les semences endémiques ; à démonter au moins, chaque année, d’ici 2023, trois de ces quelques dizaines de stations obsolètes qui défigurent le paysage, des stations fantômes qui avaient poussé lors de la première épopée du ski dans les années 1940 à 1960. Souvent de petites stations avec une ou deux pistes. Certains ont pris. D’autres ont périclité, parce qu’au mauvais endroit, sans neige, par exemple. « Nous allons commencer à les démanteler d’ici l’été 2021. »

« Nous demandons davantage de trains »

Enfin, le point noir des déchets. Alexandre Maulin évoque la création dans chaque station d’au moins une opération de ramassage par an. Alexandre Maulin reconnait : « Oui, nous sommes une source de pollution. » Mais il y a la pollution engendrée directement par les touristes. « Une famille de quatre personnes qui va en Amérique du Sud ou en Amérique du Nord à 10 heures d’avion, va consommer 16 tonnes de CO2. C’est 200 kg de CO2 pour cette même famille qui vient chez nous en voiture. » Et si demain il vient avec une électrique, il n’émettra que 4 kg de CO2. Nous réclamons plus de multimodal et de trains. À ce sujet, nous accueillons avec d’espoir le retour des trains de nuit… »

Olivier SCHLAMA

(1) Domaines skiables de France est une chambre professionnelle réunissant 250 stations de ski employant 18 000 salariés pour 55 millions de journées-skieurs et réalisant un chiffre d’affaires annuel de 350 M€

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