Millésime Bio : On ne déroge pas à l’étiquette

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Millésime Bio, le « Mondial du vin biologique » a confirmé le succès annoncé en fermant ses portes avec des chiffres de fréquentation en hausse : + 10 % : 6200 visiteurs accueillis pendant les trois jours contre 5700 l’année dernière…

Record de visiteurs battu pour Millésime Bio version 2019… Photo Ph.-M.

Dès le premier jour, les chiffres annonçaient un fort dynamisme de la fréquentation. Parmi les 6200 visiteurs dans les allées, 78 % des professionnels français et 22 % des visiteurs étrangers sont venus rencontrer les 1200 exposants présents. À l’heure du bilan, les nationalités présentes (australienne, chinoise, suisse…) confirment l’attrait du vin biologique à l’échelle planétaire avec une tendance forte pour les États-Unis et l’Asie.

Dans ce contexte, Sud de France, à travers l’agence de développement économique Ad’Occ, avait naturellement mis l’accent sur une convention d’affaires réservée aux entreprises viticoles bio d’Occitanie (70 étaient concernées) pour des échanges avec 35 acheteurs internationaux issus de 15 pays. Mais, petit plus, Ad’Occ avait élargi l’opération à 27 entreprises agro-alimentaires régionales (*) pour des entretiens BtoB avec 25 acheteurs de 7 pays différents.

Pour les producteurs de vin bio, ce sont plus de 200 rendez-vous qui ont été organisés au coeur du Millésime bio, avec des responsables import, directeurs d’achats ou directeurs de sociétés d’importation. Beaucoup de contacts et de reconnaissance pour les productions régionales…

Toujours plus de normes aux Etats-Unis, la Chine a soif de pédagogie

Mais il est cependant apparu, lors d’une table-ronde associant presse, producteurs et acheteurs étrangers, que si l’offre est désormais abondante et si la demande tend à se développer, le monde du vin bio demeure une Tour de Babel. Ainsi, l’Europe, l’Asie et les Etats-Unis demeurent des univers distincts qui ne fonctionnent ni sur les mêmes critères, ni sur les mêmes attentes.

Alejandro Ferrari, importateur de vins bio aux Etat-Unis a décrit les arcanes des normes nord-Américaines… Photo Ph.-M.

Tandis que les Etats-Unis -et plus particulièrement la Californie– mettent en place des normes toujours plus drastiques (les plus soupçonneux pourraient y déceler une forme de guerre commerciale larvée), la notion de « organic wine » (approximativement notre « bio ») étant notamment dépassée par les vins « vegan » et les « clean wine« , encore plus extrémistes.

L’Asie et notamment la Chine est avant tout en quête de pédagogie. Car s’ils sont sensibles à la notion de produits biologiques (après une série de scandales sanitaires dans le pays) les consommateurs chinois craignent que le vin bio ait « un goût différent ». « Il faut éduquer les consommateurs » soulignait une représentante de la Maison de la Région à Shangaï.

Troisième bloc en présence, l’Union européenne (lire en bas de page la nouvelle directive UE sur le cuivre). Par la voix d’un importateur polonais qui a insisté sur une « réelle demande (…) un vrai marché qui se met en place. » précisant que « le public des pays d’Europe de l’est reste très sensible aux modes de consommation les plus pointus venant de l’Ouest. Et le bio correspond à ce statut », particulièrement dans un pays comme la Pologne où Varsovie occupe la place de 3e ville la plus végétalienne du monde, après Berlin et Los Angeles.

La France, leader à l’export

Pas toujours simple de faire du vin bio ! Surtout lorsqu’il est destiné à l’exportation. Il faut de toute évidence choisir le « bloc géographique » vers lequel se tourner pour ne pas se perdre dans les méandres des législations… Mais si une telle thématique était au coeur du salon international qui vient de s’achever au Parc des Expositions de Montpellier, c’est bien que le bio est devenu un acteur majeur de la filière viticole…

Car malgré un marché dont nous venons d’évoquer la complexité, 32% des vins bios exportés dans le monde sont des vins français. La France est ainsi leader sur les marchés export, devant l’Italie et l’Espagne. Avec une balance commerciale particulièrement favorable puisque 99,5% des vins bio achetés en France sont des vins produits… en France.

De véritables pépites en bouteille

Déguster, discuter… les vrais plaisirs du salon, ici au stand italien de la Cantina orsogna ! Photo Ph.-M.

Mais à parler balance commerciale, marchés et législations internationales, on en oublierait presque l’essentiel : le vin lui-même et le plaisir que réservent les dégustations. Car il y avait réellement de véritables pépites à découvrir lors de ce Mondial du vin biologique ! Avec bien sur les diverses médailles du Challenge Millésime Bio 2019, sous la présidence de Philippe Faure-Brac, meilleur sommelier du monde en 1992 et président de l’unino de la sommellerie française… Palmarès 2019 : https://www.challenge-millesime-bio.com/files/download/003421937a10b53

En déambulant dans les allées, difficile de ne pas succomber, ici ou là… Avec toujours un oeil sur l’étiquette, qui comme la couverture d’un livre inconnu est celle qui semble promettre délices et merveilles. Et il faut bien avouer que dans ce domaine, certains excellen. Deux exemples parmi tant d’autres, les italiens de la Cantina Orsogna et ses étiquettes très « girly » ainsi que les audois du Domaine de La Louvière, dont la production se décline en meute et vous invite à succomber à diverses tentations… Délectable !

Philippe MOURET

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Pour sa 26e édition, le Salon prend une nouvelle ampleur en ouvrant un hall supplémentaire, afin d’accueillir des exposants toujours plus nombreux et les 6000 acheteurs professionnels attendus (la suite ICI)

2019, l’année où l’UE baisse le taux de cuivre autorisé Seule arme des viticulteurs bio contre le mildiou : le cuivre, un fongicide minéral présent dans la « bouillie bordelaise » et qui donne cette typique couleur bleu-vert aux feuilles de vigne. Toxique, à hautes doses, il ne se décompose pas, dans le sol. Il peut donc, en s’accumulant, affecter les cultures et la santé. L’Agence européenne pour la sécurité des aliments (Efsa) a souligné, en 2018, les risques présentés par l’utilisation dans l’agriculture des composés issus de cuivre, en particulier en matière de pollution des sols. Malgré les inquiétudes de l’Efsa, la Commission européenne a décidé de reconduire, à compter du 31 janvier, pour sept ans, l’autorisation de l’utilisation du cuivre dans l’agriculture bio, tout en baissant d’un tiers les taux autorisés, les faisant passer de 6kg par an et par hectare (à lisser sur cinq ans) à 4kg (à lisser sur sept ans). Une directive qui irrite beaucoup Patrick Guiraud, président de l’association interprofessionnelle Sudvinbio, organisatrice du Salon, qui dénonce la pression des lobbys à Bruxelles et craint que cette mesure ne décourage les viticulteurs s’orientant vers la filière verte.
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Les chiffres-clés du marché

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