Météo : L’Observatoire du Mont Aigoual sauvé

Installée depuis 1894, la dernière station de montagne habitée de l'Hexagone, ressemblant à un manoir de granit, a été posée à 1 567 mètres d'altitude au coeur d'un environnement extrême. C'est même la raison d'être de ce lieu unique qui mesure des phénomènes météo puissants. Photo : Département du Gard.

La plus vieille station habitée de l’Hexagone, dans les Cévennes, a failli fermer, contraintes budgétaires obligent. Mais elle a vaillamment résisté à la tempête. Et va même être rénovée moyennant 3,5 millions d’euros pour devenir la vigie du réchauffement climatique à plus de 1 500 mètres d’altitude…

Ce lundi midi, les rafales de vent pouvaient être considérées comme fortes – 69 km/h – mais, pour l’Aigoual, en rien tempétueuses. Un peu comme le climat à Météo France qui, contraintes budgétaires obligent, était à deux doigts de supprimer toute présence humaine dans cet emblématique observatoire météo du Mont Aigoual, et qui s’est ravisé. Ce sommet des Cévennes, qui offre une vue panoramique rare sur les Pyrénées, les Alpes et même la Méditerranée, peut apercevoir son avenir avec davantage de sérénité.

Au coeur d’un environnement extrême

Photo : Météosite Mont Aigoual.

Installée depuis 1894, la dernière station de montagne habitée de l’Hexagone, ressemblant à un manoir de granit, a été posée à 1 567 mètres d’altitude au coeur d’un environnement extrême. C’est même la raison d’être de ce lieu unique qui mesure des phénomènes météo puissants. Les vents courent sa crête, entre Gard et Lozère, parfois à plus de 300 km/h ; les pluies peuvent y être cataclysmiques,  le brouillard étouffant et un océan de neige peut vous couper du monde.

Les bulletins météo de ce site exceptionnel sont réputés précis et très utiles en ces temps de dérèglement climatique puisqu’ils s’y additionnent depuis plus d’un siècle et offrent une vraie tendance statistique. Y vivait là, en quasi-autarcie, une communauté scientifique réputée.

Plus de trois millions de visiteurs depuis 1985

Par ailleurs, c’est aussi un monument fréquenté par les touristes : plus de trois millions de visiteurs s’y sont succédé depuis 1985. Mais ça ne suffisait pas. Bien que convaincue que la station de l’Aigoual est une pépite, Météo France avait pris la décision de la fermer. Une pétition avait été lancée contre la fermeture de l’Observatoire. (Elle est visible en ligne.) A ce jour, 13 606 personnes l’ont déjà signée. Elle n’aura plus besoin d’être noircie.

Photo : Département du Gard.

L’Aigoual est menacée depuis des décennies. Ce n’est pas la première fois que sa survie est menacée. L’idée pour sauver le site ? Ouvrir les portes de l’observatoire jusqu’alors coupé du monde.

Nous allons signer prochainement une convention dans laquelle nous acterons la présence de deux agents à l’observatoire, de Pâques à Toussaint, soit huit mois d’affilée. »

Denis Bouad, président du Département du Gard.

« Avec la Région Occitanie, l’Etat et même l’Europe, nous allons investir 3,5 millions d’euros pour rénover ce site emblématique d’ici 2021 », confie Denis Bouad, le président du département du Gard, heureux qu’ait été trouvée cette solution, à l’issue d’une réunion avec le PDG de Météo France, le 24 janvier dernier.

« Nous allons signer prochainement une convention dans laquelle nous acterons la présence de deux agents à l’observatoire, de mai à octobre, soit six mois d’affilée. » Et le reste de l’année ? Vice-président du département du Gard chargé des finances, Martin Delord qui ne désespère pas obtenir une ouverture de Pâques à la Toussaint, va plus loin : « On pourra avoir du personnel mais sur demande. Si, par exemple, un groupe de scientifiques veut faire un stage en immersion sur le changement climatique, on nous affectera un agent pour cette période déterminée. » Et d’enchaîner : « Nous sommes satisfaits que Météo France confirme sa présence sur ce site emblématique alors qu’elle devait l’abandonner. »

Pas de rupture dans la collecte des bulletins météo

Quant aux bulletins climatiques, il n’y aura pas d’interruption dans leur collecte. « Les appareils tournent en permanence et son en liaison avec la station météo de Nîmes qui sont ensuite envoyés au siège, à Toulouse. » Vent, température, etc. « toutes les prises de données de ces outils informatisés sont maintenues », confirme le président Bouad.

Photo : Météosite Mont Aigoual

Cette convention permettra de « faire du Mont Aigoual, à l’horizon 2021, un lieu d’accueil, d’exposition, de sensibilisation et d’animation scientifique sur la météorologie et le climat », précise-t-on du côté du Département. Les élus gardois, autour de la table, ont tenu à rappeler leur attachement au site de l’Aigoual et leur engagement en faveur du « projet ambitieux de développement et de modernisation du site, impulsé par la communauté de communes Aigoual Causses Cévennes Terres Solidaires depuis plusieurs années.

L’ambition est de passer de 70 000 visiteurs par an à 100 000 à moyen terme. »

Ferdinand Jaoul, conseiller régional.

Représentant la présidente de Région, Carole Delga, Ferdinand Jaoul a expliqué « que l’ambition est de passer de 70 000 visiteurs par an à 100 000 à moyen terme ». Météo France, à travers la voix de son P.-D.G, a fait part de sa « volonté d’accompagner ce projet en apportant son expertise et en assurant l’animation du futur centre de sensibilisation sur le changement climatique. Un médiateur scientifique sera présent sept jours sur  sept pendant les mois d’ouverture au public.

Il n’y a pas eu spécialement de déclic mais une volonté de clarification avec les institutions, notamment avec la communauté de communes et le conseil départemental du Gard. »

Frédéric Atger, directeur Météo France Sud-Est.

De son côté, Frédéric Atger, directeur inter-régional Sud-Est de Météo France confie être « très content d’être arrivé à ce projet de convention ». Il confirme que « la période d’ouverture s’étalera sur six mois, de mai à octobre, calquée sur le fonctionnement habituel de l’observatoire. Il n’y a pas eu spécialement de déclic mais une volonté de clarification avec les institutions, notamment avec la communauté de communes et le conseil départemental du Gard. Il fallait trouver une proposition qui satisfasse tout le monde et que celle-ci soit cohérente avec la réorganisation de Météo France et qui a déjà commencé… »

Olivier SCHLAMA

Un projet unique en France pour comprendre le réchauffement

Ce sera un « centre unique en France pour mieux comprendre et appréhender les changements climatiques annoncés avec un double objectif pour ce projet :
améliorer les espaces extérieurs de la station météo et créer une exposition sur l’évolution des climats et ses conséquences », explique-t-on du côté du conseil départemental du Gard.

Exposition permanente  sur l’évolution des climats

Photo : Météosite Mont Aigoual

Ce centre répondra aux questionnement sur le phénomène du réchauffement climatique, en s’appuyant sur une exposition permanente sur l’évolution des climats et ses conséquences pour mieux comprendre et appréhender le futur. Elle traitera du changement climatique avec des constats scientifiques, des interrogations sur les modifications des milieux et des modes de vie ainsi que sur les actions qui pourraient être engagées pour y faire face.
Ainsi sera proposé un nouveau parcours muséographique extérieur et intérieur à l’Observatoire avec des outils numériques. Ce n’est pas tout. Des météorologues animeront les espaces accompagnés d’outils innovants, interactifs et ludiques pour tous publics. Ils permettront de se projeter dans le futur afin de prendre conscience de l’impact de l’homme sur la planète. Enfin, de manière ponctuelle des séminaires scientifiques pourront permettre d’enrichir les débats et les connaissances autour du changement climatique, de ses enjeux et ses conséquences.