Méditerranée : L’emblématique mérou brun se porte bien en Occitanie !

Pour Frédéric Cadène, conservateur de la réserve marine de Cerbère, « cela est dû aux moratoires successifs, à la surveillance efficace par les agents de la réserve et moins d’infractions à la clé, à la sensibilisation des pratiquants, et à qualité des habitats sous-marins." Photo : DR.

C’est l’une des stars du monde sous-marin méditerranéen. Le mérou brun – Epinephelus marginatus – est très prisé des plongeurs, c’est un gros poisson, il est assez docile et inutile de descendre à 100 mètres pour le rencontrer ! C’est la chronique toujours aussi vivante du biologiste marin Renaud Dupuy de la Grandrive, directeur du milieu marin d’Agde et de l’aire marine protégée de la côte agathoise.

Les populations de mérous étaient pourtant mal en point dans les années 1980, la faute à une mauvaise qualité des eaux et de son milieu de vie et à la chasse sous-marine. Grâce à de nombreuses campagnes de sensibilisation de l’association GEM (Groupe d’Etude du Mérou) et surtout aux moratoires mis en place depuis 1993 interdisant sa capture (sauf pour la pêche professionnelle), reconduit récemment jusqu’en 2023, cette espèce est de retour quasiment partout sur les côtes méditerranéennes françaises.

La population de mérous est passée de 10 individus en 1986 à… 608 en 2018 !

Et un retour région Occitanie comprise puisque dans la réserve marine de Cerbère-Banyuls l’un des must de la plongée et de la biodiversité marine dans notre région, aire marine protégée gérée par le Conseil départemental des Pyrénées-Orientales – la population de mérous est passée de 10 individus en 1986 à…608 en 2018 ! Pour Frédéric Cadène, conservateur de la réserve « cela est dû aux moratoires successifs, à la surveillance efficace par les agents de la réserve et moins d’infractions à la clé, à la sensibilisation des pratiquants, et à qualité des habitats sous-marins ».

Mon coeur fait boum, ce matin ! « 

La côte Vermeille. Photo : Renaud Dupuy de la Grandrive.

Mieux encore, le mérou est de plus en plus observé dans des secteurs moins historiques comme du côté du plateau des Aresquiers au large de Frontignan et au Cap d’Agde. Là, cet été 2019 au moins trois individus n’ont pas échappé à l’oeil aiguisé des clubs de plongée locaux notamment Abyss plongée, Los Cabussaïres et Bélouga plongée, tous partenaires de l’aire marine protégée de la côte agathoise, gérée par la ville d’Agde. Julie Pastor de Bélouga plongée nous disait même : « Mon coeur a fait boum ce matin ! » Une rencontre d’autant plus surprenante que le jeune mérou en question est resté plusieurs jours dans moins de quatre mètres d’eau, autour de l’îles de Brescou.
Ce poisson est très sédentaire adulte pendant la période estivale ou dans les espaces protégés, sur des fonds rocheux accidentés avec des cavités ou des grottes pour s’abriter, dans le coralligène notamment, mais il n’aime pas les endroits trop perturbés. Du coup, il se plait à rester en hiver caché dans son gite dans les zones protégées.

En fait, ce retour relève surtout de la conjonction de trois causes : le léger réchauffement de l’eau, les mesures de protection et le sex-ratio à nouveau favorable à la reproduction. Un seul de ces trois facteurs n’aurait jamais permis que les mérous se réinstallent sur nos côtes, c’est vraiment la conjonction des trois, par hasard, qui leur a permis de survivre et fait important aujourd’hui de s’y reproduire.

Un top prédateur marqueur de bonne santé de la Méditerranée !

Photo : Sylvain Blouet.

Le mérou brun se nourrit principalement de céphalopodes (seiches, poulpes, calmars), de crustacés et de poissons. C’est un prédateur en bout de de chaîne alimentaire et il joue un rôle de régulateur sur l’état sanitaire des populations marines. Quand le mérou va bien, tout va bien, c’est que le reste de la chaîne alimentaire est en bon état. On le trouve ainsi dans plusieurs aires marines protégées tels Port-Cros, Lavezzi, Scandola, parc marin côte bleue, (La Ciotat, les Embiez)…

Dernièrement le nom Mycteroperca marginatus (Lowe, 1834) a été proposé suite à des études de biologie moléculaire (Craig et Hasting, 2007) qui indiquent que le genre Epinephelus doit être complétement reconsidéré avec E. marginatus proche du genre Mycteroperca Gill.

Un poisson avec une particularité sexuelle

Car c’est une espèce hermaphrodite protogyne, comprenez qui change de sexe, d’abord femelle puis à l’âge de dix ans à quinze ans (et ses 60 cm-70 cm), le mérou devient mâle et reste capable de se reproduire encore longtemps, jusqu’à 50 ans, pourvu que son harem de dix femelles nécessaire à sa stimulation sexuelle soit là !
C’est une espèce mille  fois plus rentable vivante que morte, en quelque sorte. Une étude de 2007 dans le parc national de Port Cros montre qu’un mérou pêché de 15 kilos valant 150 € alors qu’un mérou vivant dans son milieu observé par cinq cents plongeurs par an à 15 € par plongée vaudrait 7 500 €, soit 150 000 € sur vingt ans !
Si la France a mis les bouchées doubles pour préserver cette espèce emblématique, ce n’est pas toujours le cas des autres pays méditerranéens, tels Espagne et pays du Sud et de l’Est de la Méditerranée où le mérou n’est pas protégé. Voilà un des enjeux pour continuer de voir briller ce poisson star.

Renaud DUPUY DE LA GRANDRIVE

  • Une vidéo sympa de Bélouga plongée  ICI

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