L’identification est obligatoire : « Un vélo gravé a quatre fois plus de chance d’être retrouvé »

Entre 400 000 et 500 000 vélos sont volés chaque année... Ph. DR.

Depuis Noël, vous filez fièrement sur votre destrier flambant neuf qui attire et attise la convoitise des voleurs… L’identification nationale des vélos, obligatoire depuis le 1er janvier,est un grand espoir de pouvoir tracer et restituer le deux-roues volé – un fléau – et lever un frein à la pratique. Président de la Fédération des usagers de la bicyclette, Olivier Schneider, se confie à Dis-Leur !

Vélo. Volé. Deux lettres changent entre les deux mots. Comme changent de mains quelque 400 000 à 500 000 biclous chaque année. Un fléau. Qui n’a pas en tête ces cadenas pendouillant, hors d’âge, accrochés ad vitam, esseulés, à un cerceau d’un parc à vélo oublié d’une cité U ? Depuis ce vendredi 1er janvier 2021, c’est un coup d’accélérateur dans la lutte contre le vol de vélo qui s’opère : l’identification est désormais obligatoire de votre petite reine par un marquage indélébile sur le cadre et obligatoire de la part du professionnel qui vous le vend (et au 1er juillet s’il est d’occasion). Comme le système Bicycode.

Olivier Schneider, président de la Fub. Ph. : Awll Photography

Un progrès à mettre à l’actif de la Fub, la Fédération des usagers du vélo, présidée par Olivier Schneider. Une obligation à rapprocher de ce qui se fait pour les voitures depuis des décennies et qui a permis de réduire considérablement les vols. « Le marquage agit sur le long terme », selon Olivier Schneider, président de la Fub. Grâce à un fichier national qui a été mis sur pied depuis des années et qui s’enrichit jour après jour.

Entre 400 000 et 500 000 vélos volés chaque année

Beaucoup de vélos se sont vendus en 2020. Les collectivités ont profité du confinement pour créer des pistes provisoires, les fameuses coronapistes devenues souvent pérennes. Avec beaucoup d’investissements à la clé comme à Montpellier ou Toulouse, comme Dis-Leur vous l’a expliqué. « Le vol de vélo représente 400 000 à 500 000 deux-roues par an. Mais c’est un chiffre sous-estimé. On sait que de toute façon les propriétaires portent peu plainte car ils se disent, et ils ont sans doute raison, à quoi bon perdre mon temps et celui de la police si  de toute façon il n’y a presque aucune chance que l’on me retrouve mon vélo ; qu’aucun assureur ne va me rembourser…, détaille Olivier Schneifer, président de la Fub.

100 000 vélos retrouvés mais pas forcément restitués…

Il dit : C’est pour cette raison-là que l’on ne sait pas combien de vélos sont exactement sont volés. Ce que l’on sait c’est qu’il y a plus de 100 000 vélos qui, eux, sont retrouvés. Mais ce n’est pas pour autant qu’ils sont restitués à leurs propriétaires légitimes. Faute de traçabilité. Si on vous vole votre vélo à Montpellier, Lyon, Paris ou Marseille, c’est très difficile de faire le lien avec votre déclaration de vol le 4 janvier et la découverte d’un vélo de la même couleur que le vôtre le 1er mars par exemple. »

Comme il y a eu des tensions sur le marché du neuf en 2020, les voleurs savaient très bien qu’ils n’auraient aucune difficulté à revendre ces vélos volés… »

Olivier Schneider, président de la Fub

Retrouver un vélo volé sans marquage, c’est quasiment impossible. « Mais on a quatre fois plus de chance de le retrouver s’il est marqué. Même s’il y a un biais : les gens qui marquent leur vélo, sont des gens qui y sont sensibles, qui ont un bon antivol, etc. Forcément, ils ont moins de chance de se faire voler leur vélo. Mais en gros, oui, on a quatre fois plus de chance de le retrouver s’il est marqué. » Il existe plusieurs procédés techniques que prévoit le décret. « Il faut marquer un numéro de manière indélébile sur le cadre, de sorte qu’il soit impossible à enlever sans l’abîmer de façon visible. Cela peut être fait avec de la microgravure, du laser, des étiquettes avec soudure chimique plus forte que de la colle… »

Olivier Schneider poursuit : « On va commencer à agréer ces techniques la semaine prochaine. Ce sera réellement opérationnel au 1er avril. J’incite tous les professionnels à s’équiper dès maintenant. Mais il n’y aura pas de PV d’infraction jusqu’au 1er avril par la répression des fraudes. La majorité des magasins sont équipés. » Est-ce gratuit ? « Comme il y a quand même du travail et une saisie de données, le vendeur le facturera si vous lui demandez de graver le vélo que vous possédez déjà. Mais le coût peut être offert pour un vélo neuf, pour raison commerciale. »

Quel est le but de ce marquage ? « Le premier but, répond Olivier Schneider, ce n’est pas dissuader le vol mais de permettre la restitution du vélo volé. Actuellement, sur ces 100 000 vélos retrouvés, moins de 10 %, environ 7 000 sont restitués. Donc plus de 90 000 vélos encombrent les polices municipales ou autres… Du coup, ça n’incite pas la police à enquêter pour démanteler les réseaux. Si les policiers y arrivent, ils vont rester avec des centaines de vélos sur les bras… » Il ajoute : « Selon l’Insee, 300 000 ménages ont subi un vol mais un ménage ça comprend qui ? Et a pu subir plusieurs vols… Selon nous, c’est entre 400 000 et 500 000 vols mais en 2020 c’est davantage comme il y a eu des tensions sur le marché du neuf, les voleurs savaient très bien qu’ils n’auraient aucune difficulté à revendre ces vélos volés. » Boucle bouclée.

« Créer collectivement le réflexe : j’achète un vélo, j’exige qu’il soit marqué, y compris pour ne pas être complice d’un possible vol »

En période de pandémie, c’est aussi vu comme une immunité collective… « À titre individuel, complète Olivier Schneider, si je marque mon vélo, mon but c’est la restitution. D’un point de vue systémique, l’essentiel c’est de créer collectivement le réflexe : j’achète un vélo, j’exige qu’il soit marqué, y compris pour ne pas être complice d’un possible vol. Si on y arrive, cela mettra quelques mois voire deux ans et ça coupera totalement l’herbe sous le pied des voleurs qui ne pourront plus comme avant les revendre facilement en France. Et les forces de police seront plus motivées pour démanteler les filières. Retrouver 200 téléphones portables, cela peut se stocker dans une armoire ; 200 vélos… En plus c’est embêtant : il y a des délais légaux de stockage, ils n’ont pas le droite de les détruire ou les donner. » Quant aux assurances spécialisées, elles ont peu nombreuses et, parfois, frileuses : « Certains peuvent déclarer un vélo volé alors qu’il a été vendu… Là, avec le marquage, c’est davantage crédible. »

Avant, nos concitoyens avaient peur de faire du vélo (faute de pistes dédiées, Ndlr). Ce n’est plus le cas grâce aux gros efforts des collectivités. Maintenant ils ont peur de se le faire voler »

Reste que ce marquage n’est pas l’alpha et l’oméga de la lutte contre les vols. « Il faut se munir d’un bon antivol, disposer d’un bon stationnement vélo et, enfin, faire oeuvre de pédagogie pour expliquer quel est un bon antivol et comment bien l’utiliser », rappelle Olivier Schneider. « Cette obligation est le bon moment pour sensibiliser les usagers pour acheter un bon antivol. La Fub publie chaque année un comparatif. Et ce ne sont pas forcément les plus chers qui sont les meilleurs. A partir de 30 €-40 €, vous avez quelque chose qui tient la route. Il est vrai que si vous achetez un vélo 50 € sur le Bon coin, il va falloir malheureusement mettre la valeur de ce vélo dans un antivol de qualité pour le garder plus longtemps… Il faut aussi que les promoteurs immobiliers et les gestionnaires d’immeubles jouent le jeu en créant des locaux sécurisés parce qu’il n’y en a pas assez. Avant, nos concitoyens avaient peur de faire du vélo (faute de pistes dédiées, Ndlr). Ce n’est plus le cas grâce aux gros efforts des collectivités. Maintenant ils ont peur de se le faire voler. »

Vendeur à la sauvette, trafics internationaux…

Cette peur freine-t-elle les achats ? « Deux choses freinent l’achat : le vol lui-même et la crainte du vol. Ce marquage, justement, rassure. Ceux qui subissent un vol, rachètent souvent un vélo d’occasion. Et de ce fait dopent le marché du recel… » Qui vole les vélos ? « C’est hétéroclite. Il y a le vendeur à la sauvette. Il y a aussi de grands trafics internationaux. Ils démontent les vélos en pièces détachées pour les envoyer en Roumanie ou en Afrique du Nord. Là, même marqué, l’acheteur  d’un vélo ne sera pas regardant, c’est vrai… »

Le président de la Fub insiste : « Il va falloir, ensuite, agir sur ces filières. Et rendre le marquage obligatoire dans d’autres pays. Le monde entier nous observe. Mes homologues des autres pays me disent : « Si ça marche chez vous, on le proposera chez nous… On a eu de l’audace. Nous avons lancé le système il y a 16 ans et que l’on essaie de sensibiliser nos collègues des autres pays européens. Ce n’est pas facile. Nous sommes en avance. Les Pays-Bas sont habitués aux vols. Ils rachètent… En Allemagne, chaque lander, indépendant des autres landers, a son propre système. Du coup, il n’y a pas de base de données comme chez nous. Si votre vélo est volé en Bavière vous pouvez le revendre dans un autre lander, facilement. »

C’est un peu comme le covid et l’immunité collective : le jour où la majorité des vélos seront marqués, les voleurs s’en détourneront. »

Actuellement, on compte plus de 500 000 vélos marqués. Il y en aura donc 2,5 millions de plus au minimum au 1er janvier 2021, autant qu’il s’en vend dans une année complète. L’obligation de marquage s’étend aux vélos d’occasion, vendus par les professionnels, à partir du 1er juillet. « Il n’y aura pas d’obligation de marquage entre particuliers. Ce que nous souhaitons, c’est que ceux qui s’en servent tous les jours aillent volontairement marquer leur vélo. C’est un peu comme le covid et l’immunité collective : le jour où la majorité des vélos seront marqués, les voleurs s’en détourneront. »

Pénurie de pièces, dépendance à la Chine, forte demande en France…

Quel est le marché du vélo aujourd’hui ? « On n’est pas en rupture. On est sous tension. Pour certains modèles, les délais sont importants. Mais parler de rupture c’est un peu exagéré : il y a toujours eu des délais d’attente pour certains modèles, notamment dans le haut de gamme où l’on peut choisir ses couleurs, ses options… Ce n’est pas particulier à l’année passée. Il n’y a pas de pénurie. Là où il y a de vrais problèmes, c’est sur certaines pièces, en effet. Comme les mêmes pièces sont souvent utilisées par pas mal de marques, s’il vous manque parfois qu’une seule pièce vous ne pouvez pas le mettre en vente comme les freins, les câbles, les patins de freins, les pédaliers… »

C’est dû à la pandémie du covid qui a ralenti les usines en Chine. Et le marché international a encaissé la forte demande en même temps de gens qui se sont mis au vélo. Les usines ne peuvent pas forcément accélérer la cadence. « Il y a besoin d’investir dans nos outils de production. Ce qui met du temps. Certains hésitent à le faire s’il s’avère que cet engouement est un effet de mode. C’est le moment aussi pour l’Europe de se rendre compte que nous ne savons plus faire certaines choses… Comme on ne sait faire de paracétamol depuis dix mois, on n’est plus capable de monter des vélos entièrement. On fabrique encore des cadres haut de gamme en France sauf que l’on ne fabrique plus de petites pièces essentielles et on est totalement dépendant de la Chine. » Il dit encore : « On aura sans doute vendu un nombre record de vélos en 2020 mais on en aurait vendu davantage si on avait plus. Certains magasins disent : « Tout ce que l’on reçoit on le vend. Certains viennent et repartent sans rien. »

Olivier SCHLAMA

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