Montpellier, Béziers, Capestang… : Les centres de santé prennent leurs quartiers

Les locaux envisagés par l'association Quartier Santé dans le quartier prioritaire Lemasson à Montpellier pour y installer un centre de santé au cours du premier semestre 2021. DR.

Face au renoncement de soins dans les quartiers prioritaires, il existe des structures généralistes, non lucratives, ouvertes à tous, sans frais, et qui se multiplient. À Montpellier ou Capestang et peut-être demain à Béziers, Olargues, etc. Autre originalité, les médecins y sont salariés. Rencontre avec le porteur du projet Lemasson, Jérémie Malek.

Même dans une grande ville, se soigner ne va pas de soi. C’est même dans les quartiers prioritaires et les populations les plus pauvres que le renoncement aux soins est le plus important. De nombreux médecins partent à la retraite qui ne seront pas forcément remplacés. C’est pour cela que se créent de plus en plus des centres de santé. « Les centres de santé commencent à émerger. Ils sont très spécifiques. Ce ne sont pas des maisons de santé qui, elles, associent médecins et non médecins dans une structure libérale, définit un fin connaisseur dans une ARS, l’Agence régionale de santé.

« De plus en plus de jeunes médecins trouvent du sens à exercer leur métier dans ces centres, sans objet lucratif, où l’on accepte tout le monde sans distinction »

Qui ajoute : « Les médecins attachés à un centre de santé, eux, sont salariés de la structure qui les emploie. De plus en plus de jeunes médecins, qui n’aiment plus travailler isolés, trouvent en outre davantage de sens à exercer leur métier dans ce genre de centre qui n’a pas d’objet lucratif et où l’on accepte tout le monde sans distinction… Et même si ce n’est pas une obligation, il permet souvent de ne faire l’avance d’aucun frais, grâce au tiers-payant intégral. La fragilité de cette structure est qu’il faut arriver à payer les médecins. C’est là que ce trouve le challenge. Sinon, c’est assez plébiscité, surtout dans les quartiers de la politique de la ville. » Les fameux QPV, ces quartiers en difficulté dont Dis-Leur vous a déjà parlé.

Panser le présent, penser les futurs : c’est la mission que se donne le Conseil national des villes (CNV) dans son avis du 30 juin 2020 sur les mesures à prendre pour accompagner les habitants des quartiers prioritaires frappés par la crise du covid-19, notamment, et ses conséquences sociales et économiques. « La crise a agi comme un révélateur des grandes fragilités et de l’urgence d’agir dans les quartiers », selon Fabienne Keller, vice-présidente du CNV, instance de la politique de la ville rattachée au Premier ministre.

Pris en compte dans le Ségur de la santé

Parmi les enjeux, justement, l’accès aux soins mais aussi le renforcement de la prévention et la mise en avant de l’éducation sanitaire. Lutter contre l’obésité, à cause des mauvaises habitudes alimentaires, par exemple, qui devient un fléau. Toutes ces questions doivent être prises en compte dans le Ségur de la santé. Le CNV proposait, cet été, que 3 % des budgets des structures de santé soient consacrés à la prévention afin d’amplifier le déploiement des maisons et centres de santé, développer un programme d’éducation à la santé en primaire, entre autres.

« Nous avons choisi Lemasson parce qu’il y a toute une dynamique possible avec la présence d’une pharmacie, un arrêt de tramway, un centre de soins dentaires… » 

Jérémie Malek. DR.

C’est justement les missions que se donnent les promoteurs d’un futur centre de santé, à Montpellier. Placé sous l’égide d’une association, Quartier santé Lemasson, qu’ils ont créée pour l’occasion, Jérémie Malek, conseiller en économie sociale familiale (et ancien journaliste) et conseiller départemental de l’Hérault, Martine Desquerre, sage-femme, et Julien Lamy-Malek, infirmier, tous trois espèrent que leur projet verra le jour lors de ce premier semestre 2021. Claude Jeandel (1), leur parrain, professeur de médecine au CHU et qui préside l’association, devrait permettre d’accélérer sa mise en route pour répondre aux besoins de 20 000 habitants du quartier Lemasson, à l’appui d’une étude de terrain complète (2). « Nous avons choisi Lemasson parce qu’il y a toute une dynamique possible avec la présence d’une pharmacie, un arrêt de tramway, un centre de soins dentaires… » 

Même la Ligue contre l’obésité va créer un centre

Martine Desquerre et Julien Lamy-Malek, les deux autres porteurs du projet. DR.

« C’est une tendance très récente dans la région mais elle est bien là », abonde une source à l’ARS. Rien que dans l’Hérault, un petit centre de santé a ouvert à Montpellier dans le quartier Figuerolles en août 2019, Human Santé. Un centre médical municipal existe à Capestang. Un autre est dans les cartons du côté des Hauts-Cantons de l’Hérault, sans doute à Olargues, avec l’aide de la MSA. La Ligue contre l’obésité prévoit d’ouvrir un centre de santé, certainement en 2021 à la Mosson (La Paillade) qui ne devrait pas proposer seulement des consultations sur l’obésité.

Nous envisageons un second centre à Montpellier et Béziers nous intéresse aussi »

A ce jour, la région comptabilise moins de 20 centres de santé médicaux ou pluri-professionnels en QPV ou quartier vécu (zone en proximité du QPV et assimilé au QPV) et une trentaine de maisons de santé pluri-professionnelles. En Occitanie, on compte 105 quartiers politique de la ville, répartis sur 49 communes sur 12 départements (sans aucun QPV en Lozère). Dans le cadre du programme régional de santé 2018-2022 Occitanie, afin de réduire les inégalités de santé pour la population régionale, l’objectif pour l’ARS est de promouvoir l’installation de structures d’exercice coordonné (maisons de santé pluri-professionnelles et centres de santé pluri-professionnels) en QPV pour favoriser l’accès aux soins primaires dans les zones fragiles en offre de soins, par un soutien à l’installation et à l’activité ; inciter aux stages des étudiants en médecine dans les  zones sous denses et accompagner l’évolution des pratiques et de la démarche préventive ».

« Nous espérons pour notre part que ce centre à Lemasson sera le premier d’une série, complète Jérémie Malek. Nous en envisageons ensuite un second, toujours à Montpellier : nous regardons cela avec la ville de Montpellier qui dispose d’un contrat local de santé. Béziers nous intéresse aussi », confie-t-il encore. La mairie de Montpellier vient de nous octroyer une aide de 5 000 €. Ce n’est qu’un début, apparemment. « Le maire, Michaël Delafosse, est favorable à ce genre de projet. C’est un concept qui porte des valeurs. D’abord, il mutualise les moyens. Ensuite, il permet à tous d’accéder à une consultation sans payer un centime, grâce au tiers payant intégral. » Certes, le budget n’est pas roupie de sansonnet : 200 000 € juste pour l’installation et 100 000 € supplémentaire pour chaque année de fonctionnement, salaires compris.

Recherche d’argent tous azimuts

Concernant le tour de table pour boucler le budget, Jérémie Malek explique : « Nous sommes déjà pas mal aidés. La Région Occitanie prendra en charge 30 % des travaux ; l’ARS nous octroie 50 000 € à l’ouverture ; la mairie nous a octroyé pour commencer 5 000 € ; nous avons demandé une subvention de 20 000 € à la Métropole de Montpellier ; le conseil départemental nous aidera aussi. Et nous avons fait appel au financement privé. A ce titre, nous sommes en discussion avec AG2R La mondiale. » Une recherche tous azimuts : « Nous avons aussi reçu des dons et nous ferons un emprunt bancaire à une banque qui nous le fera à taux zéro. Nous avons aussi répondu à un appel à projets de la Fondation des usagers du système de santé doté d’une belle somme que nous espérons remporter… » Le projet a même été retenu ce 6 janvier par la Fabrique Aviva…!

Projet d’accompagnement à la parentalité

Conventionné avec un maximum de mutuelles, il emploiera deux médecins généralistes et une sage-femme. Mais ce ne sera pas seulement un centre de santé de proximité. « C’est un lieu qui privilégie l’écoute du patient. Nous voulons créer, à l’image de la maison des 1 000 jours, cette fameuse période où presque tout se joue pour un enfant, des rencontres PMI et surtout un accompagnement à la parentalité, grâce à la présence d’une sage-femme spécialisée. » Des psychologues devraient également proposer des rendez-vous. Comme d’autres intervenants. « Il y aura des vacations de spécialistes en fonction des besoins que nous pourrons déterminer les premiers mois d’exercice, précise Jérémie Malek. Une psychologue interviendra, nous l’espérons, dès l’ouverture, notamment en lien avec les conséquences de la crise sanitaire, ainsi que dans le cadre de l’accompagnement à la parentalité. Nous travaillons actuellement à la recherche de financement pour ce poste. »

Olivier SCHLAMA

  • (1) Il est responsable du pôle de gériatrie du CHU de Montpellier, président du Conseil national professionnel de gériatrie
  • (2) (…) L’offre de santé peut être considérée comme assez pauvre sur l’ensemble de ce quartier Lemasson, à Montpellier. On recense quatorze médecins généralistes, soit 7,17 médecins pour 100 000 habitants très loin derrière la moyenne régionale de 162 médecins généralistes pour 100 000 habitants et la moyenne nationale de 153 pour 100 000 ha. De plus leur implantation est inégale, on trouve ainsi 7 médecins généralistes à Tastavin, 4 à Mas Drevon, un seul à Saint-Martin et aucun à Tournezy. La responsable de la maison des rapatriés, installée sur le quartier Mas-Drevon, note un vieillissement des médecins installés et déplore l’absence de leur remplacement lors de leur départ en retraite. En outre, elle confirme la nécessité d’un médecin généraliste à orientation pédiatrique en raison de la présence de nombreuse de familles jeunes.

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