Hôtels, centres sportifs, bien-être… : Font-Romeu entame « une renaissance »

Les installations sportives de Font-Romeu. Photo : Office du tourisme de Font-Romeu.

Jouissant d’une grande notoriété, Font-Romeu est un village-station symbolique. Son nouveau maire, Alain Luneau, lui fait amorcer une mue autour de plusieurs thèmes : hôtels haut de gamme, centres de bien être, centres sportifs… Pour rester la locomotive des Pyrénées-Catalanes.

Faire venir la station de ski dans le centre-ville, c’est abandonné ? Pourquoi ? C’était la grande oeuvre qui devait redonner vigueur à Font-Romeu ! (1)

Oui. Pas pour des raisons de chasse à la sorcière. Loin de là. Mon prédécesseur avait des projets louables et respectables. Mais ce projet de faire descendre une piste de ski depuis le haut de la station c’est le contraire de ce que l’on peut trouver dans une charte environnementale des exploitants de domaines skiables. Tout le monde a bien pris en cause que le réchauffement climatique nous touche. Il vaut mieux se concentrer sur son coeur de domaine.

Alain Luneau, maire de Font-Romeu. DR

À l’heure où les stations se « confinent » sur elles-mêmes, sur leur coeur de station, aménagent leurs pistes, les surfacent mieux pour qu’avec un minimum de neige de production on puisse skier ; à l’heure où l’on refait les sols en remettant du gazon, que l’on enlève les cailloux ; que l’on évite que des drains à l’air libre ne soient trop profonds pour qu’on ne doive pas les combler de neige ; nous à ce moment-là, on s’engagerait à faire une piste qui part de 1 950 mètres d’altitude pour arriver à 1 800 mètres, plein Sud ?

Le projet précédent est mort-né ; il était tellement vieux… »

On sait depuis des années que la neige ne peut y exister que peu de temps : au maximum cette piste n’aurait fonctionné qu’un mois et demi dans l’année ; et si vous voulez qu’elle fonctionne davantage il faut y ajouter une usine à neige ! De plus, cette liaison bas de station-centre-ville ne se ferait pas gravitairement en une seule fois ; il faudrait installer une remontée mécanique au milieu pour vaincre un petit dénivelé, à moins d’accepter de faire du ski sur le terrain de golf, ce qui n’est possible que s’il y a une bonne épaisseur de neige sinon les dameuses feraient des dégâts terribles sur le green. Ce projet était mort-né car il est tellement vieux… J’avais assisté, comme le directeur de la station que j’étais, à ses fondements et à l’époque j’étais fan ! mais c’était il y a quinze ans !

Vous portez un autre projet qui vise notamment une montée en gamme hôtelière ?

Fini, le projet de faire entrer le domaine skiable dans le village. Il aurait fallu en outre passer par le golf (photo) ou créer un remonte-pente. Photo : Olivier SCHLAMA

Tout est intimement mélangé au sport. Notre commune est fréquentée par des sportifs de tous poils, notamment de haut niveau qui, maintenant, ne se contentent pas de chambres universitaires. Nous avons à l’entrée de la commune le projet de quatre étoiles l’Ermitage. Un ancien hôtel est en train de se rénover : l’ancien Clair Soleil qui crée des appartements à la location avec un service d’hôtellerie de luxe ; il y a aussi un projet sur le bas de la station, ce sont les anciens bâtiments des services de l’Equipement. Les structures seraient conservées, ce sont des mono-pentes ; les toits sont couverts de gazon qui s’incluent dans le paysage. Le projet sera totalement intégré. Il y a d’autres projets d’hôtellerie de luxe : les élus y travaillent mais dans un contexte particulier. On a été élus le 15 mars 2020 ; on a été mis en place le 26 mai ; nous sommes tous des nouveaux élus qui avons subi une fin d’année 2020 plutôt qu’on ne l’a conduite. Aujourd’hui, nous travaillons autour d’aménagements cohérents. Font Romeu entame une renaissance

Il y aura de l’hôtellerie, un centre sportif, et des projets autour du bien-être. Nous avons un patrimoine dont personne n’a réellement apprécié la dimension… »

Quel est le coeur de votre stratégie ?

L’idée c’est de considérer que Font-Romeu est une véritable petite ville à la montagne. Ce 23 février, nous allons lancer ce projet officiellement. Il est centré sur le tourisme, le sport, le bien-être et le « climatisme ». Il y a un chapitre sur le tourisme sportif et du tourisme d’affaires. Nous allons faire du marketing territorial pour dire qu’il fait bon vivre à Font-Romeu. On peut y venir à travailler dans des tiers lieux pour que des professions s’y installent et travaillent à distance ; nous nous occupons d’en trouver pour organiser cela. Ce ne sera pas des bouibouis mais de beaux lieux attractifs. Il y aura par ailleurs une révision de la trame urbaine ; la rénovation du bâti ancien (on ne peut plus s’étendre c’est dommage, Font-Romeu, c’est 80 % de résidences secondaires, toutes pleines)…

Font Romeu. Ph. Office du tourisme.

Il y aura de l’hôtellerie, un centre sportif, et des projets autour du bien-être. Nous avons un patrimoine dont personne n’a réellement apprécié la dimension. Nous avons le centre sportif Colette-Besson, à côté du Grand Hôtel qui a servi longtemps et qui est devenue une grosse verrue couverte de tôles et quand il pleut c’est pire que le château du capitaine Haddock…

Construit il y a 40 ans, le sol commence à partir en ruine… L’objectif c’est de réaliser un nouveau centre sportif au niveau des terrains de tennis, du Grand Hôtel, du départ du golf et du départ du Grand chalet. C’est indispensable parce qu’il recueille le débordement du Creps. Ce nouveau centre serait fréquenté par les clubs ; par monsieur Tout-le-Monde parce que l’on est dans le bassin de vie le plus important de Cerdagne Capcir mais aussi les équipes nationales étrangères qui viennent déjà malgré la vétusté… Il y a les équipes nationales biathlon, de Suède, par exemple, qui viennent y faire du sport.

« Quatre investisseurs vont nous proposer des projets »

On envisage de détruire le centre Colette-Besson. À côté, nous avons donc un grand bâtiment, baptisé le Grand Chalet, qui fait partie des « hauts de Font Romeu ». De là, partiraient des espaces sportifs et des hébergements de luxe. Nous avons quatre investisseurs qui vont nous proposer des projets. Nous en avons un cinquième, même, Xavier Feuillée, qui dirige une entreprise 3,2,1 Perform. C’est le numéro 1 mondial pour le coaching, la condition physique et mentale des pilotes de Formule 1. Il nous emmène Fernando Alonso et tous les grands pilotes. Pour l’instant, il fait atterrir ses pilotes à Barcelone d’autres viennent en hélicoptère ; il met au point des stratégies dont il est le seul maître. Lui a un investisseur avec qui il créerait un centre et une hôtellerie de grand luxe.

Et en coeur de village…?

Quand la station fonctionne… Ph Olivier SCHLAMA

On n’a plus le droit d’étendre les limites urbaines. On travaille à occuper la réserve foncière. Notre but c’est d’y remettre de la « santé ». Les home d’enfants et les asthmatiques, ça c’est fini. Mais on veut renouer avec le passé santé de Font-Romeu. On peut mettre cela dans un grand chapitre bien-être et climatisme. J’ai des relations avec des cardiologues de haut niveau de Toulouse, qui ont un chalet secondaire à Font-Romeu, et qui verraient bien un centre de remise en forme ici.

Jeux, parcours ludiques…

Et le tourisme à proprement parler ?

Oui, bien sûr. Été comme hiver. On est extrêmement fréquentés l’été mais avec un panier moyen faible. La délégation de service public pour la gestion de la station se termine en avril 2022. Il faut voir comment il sera géré dans l’avenir, toujours avec un organisme privé, c’est plus sûr pour la commune. Les futurs aménagements ne seront pas liés au ski mais au tourisme. On ne parlera pas de tourisme de quatre saison, c’est de la bêtise ; venez un 25 octobre ou un 4 novembre et vous allez avoir froid, avec des nuages au ras de la maison, un vent qui vous plie en deux, il y a peu de chance que vous preniez votre vélo avec vos enfants…

Alain Luneau, maire de Font-Romeu. DR

En revanche étendre les ailes de saison très tôt au printemps et très tard en automne c’est un objectif de ces touristes qui chasseront des pistes les skieurs dans 20 ans peut-être. Il faut faire un investissement notamment sur le domaine skiable qu’il faut aménager pour des activités d’été de manière à utiliser la réversibilité de nos remontées mécaniques. Avec des jeux, des parcours ludiques, des parcours instructifs par exemple sur le thème de la géologie. Il est intéressant de savoir comment le Cadi est né et comment s’est écroulé dans un premier temps le plateau de Cerdagne avant de se surhausser ; ces jeux de failles ont permis à des sources chaudes de sortir… Les gens s’intéressent à ce genre de choses ; il n’y a pas que des gens qui regardent leurs chaussures en marchant. Il y aura aussi des activités liées à la montagne, pas trop chères.

Nous aurons aussi le Train jaune dont le nombre de rames va augmenter ; certains pourront un jour venir skier avec et repartir dans la même journée. Il y aura des chemins pour se promener autour de la gare de Via et, enfin, des gens qui vont « atterrir » à Via pourront monter jusqu’à Font-Romeu y consommer, y voir le panorama, etc.

Lesquelles ?

Il existe des quantités d’idées qui ne sont pas forcément du style luge d’été qui coûte 2,5 M€ ; on n’est pas obligés de faire poser des structures grandioses pour convenir à la clientèle. Nous travaillons avec deux grands cabinets privés proposant des activités quatre saisons dans l’étage forestier et semi-forestier qui sépare Font-Romeu du bas des pistes.

Vous avez donc un plan de développement sur « plusieurs chapitres » ?

Oui, tout à fait.

25 M€ pour ski et activités d’été

L’investissement global d’ici la fin du mandat sera de combien ?

Font Romeu. Ph. Office du tourisme.

Sur le domaine skiable, l’investissement, porté par Font-Romeu et Bolquère à raison de deux-tiers/un tiers, est de l’ordre de 25 M€ comprenant les activités d’été. Et dans le centre-ville, nous n’avons pas encore évalué. Le projet de territoire continue mais au moins quelques millions d’euros. Quant aux autres projets, ils sont privés comme l’Ermitage (6 M€) ; à chaque fois pour chaque projet c’est 4 M€ à 5 M€ par projet. Ce sera environ la même somme pour M. Feuillée. Il avait tenté de le faire à Bolquère mais cela n’avait pas abouti ; les investisseurs n’étaient pas encore là et comme le maire de Bolquère est décédé entre-temps, cela s’est perdu. Mais nous allons le récupérer. Il est convoité par Bordeaux, Annecy mais il leur manque l’altitude et M. Feuillée est attaché aux flancs de la Cerdagne.

Pensez-vous à une piscine ?

C’est un gros manque à Font-Romeu. Autant nous sommes tributaires dans le bon sens du terme de notre Creps, qui entraine les sportifs de haut niveau  et on connaît beaucoup Font Romeu à travers ça et la Région va y engager plus de 40 M€ dans les 15 ans à venir ; il va y avoir la création sur place d’un 3e bassin de natation, nordique, celui-là, mais il sera réservé au sportifs de haut niveau… C’est un problème avec un bassin de vie de 2 400 personnes, avec un équivalent de 24 000 habitants avec les touristes et les résidants secondaires. Ces gens qui veulent vraiment nager eh bien ils prennent la bagnole et vont à Puicerda, en Espagne…

On va mettre de l’argent pour aménager autour de Matemale alors que je sais pertinemment que les 25 000 personnes qui logent à Font-Romeu en hiver ne prendront pas leur voiture pour aller en Capcir »

Alors que la politique du territoire va faire en sorte on va aménager la piscine de Matemale où le bassin de vie n’est pas énorme ; je n’ai pas de jalousie mais on va mettre de l’argent pour aménager autour de Matemale alors que je sais pertinemment que les 25 000 personnes qui logent à Font-Romeu en hiver ne prendront pas leur voiture pour aller en Capcir. Ils iront à Puicerda avec l’exotisme espagnol ; profiteront des restos que l’on n’a pas et l’ambiance espagnole…

C’est un choix politique ; le choix d’un élu plus fort que l’autre… Ça me fait un peu braire. On pourra peut-être avoir des créneaux dans la nouvelle piscine du Creps mais si c’est de 20 heures à 22 heures, personne ne viendra. C’est excentré. À 20 heures, on dîne, on a les gamins à gérer, on fait autre chose. Nous sommes le bassin de vie le plus important et je me plains un peu parce qu’on dit : « Font-Romeu, ils ont tout ; on va faire ailleurs »... Or, on n’a pas tout.

Une vraie piscine, ça ne peut être qu’à long terme car c’est un équipement public qui doit obtenir des aides financières. L’urgent, c’est du bien être qui pourrait se faire avec le privé ou en partenariat public-privé. Pas tout à fait comme Angléo, aux Angles, mais pas loin.

Recueilli par Olivier SCHLAMA

(1) L’ancien maire Jean-Louis Demelin se confiait à Dis-Leur en ces termes : « Cela fait dix ans que j’ai ce projet. Et j’ai de bonnes raisons de penser que les choses vont s’accélérer et que l’État va se positionner favorablement« , confie le maire. De quoi s’agit-il ? Une vraie révolution ! Un hôtel quatre étoiles, à l’Ermitage, une piste de luge été-hiver qui entre dans le village, une piste de ski, un palais des congrès un espace aqua-ludique, un parking de 350 places déjà réalisé, une nouvelle télécabine à 13 millions d’euros pour emporter 3 000 voyageurs par heure… « Cela coûtera le moins possible aux Romeufontains. Des investisseurs potentiels sont sollicités pour boucler le budget de ce projet à quelque 30 millions d’euros. » Pharaonique pour un village de 1 800 habitants. Lire la suite ICI…

Font-Romeu, Pyrénées, Dis-Leur !